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dimanche, 28 mai 2006

Alors, un candidat a-t-il besoin d'un programme?

A mon sens il ne faut pas juger le programme mais le système d'exploitation.

Pour commenter l’article de Diner’s Room sur le pré-programme du PS, j’avais cité le maire de San Francisco, qui demandait : « Mais de toute façon, qui lit le programme du parti démocrate, à part des chercheurs qui roulent pour le parti républicain et qui y cherchent des arguments pour nous démonter ? ».
Jules me répondait qu’il avait aussi lu le programme de Kerry, et qu’il était très bien. Je suis tenté de répondre que cela ne l’a pas empêché de perdre…

Et c’est précisément là que je veux en venir : Le programme du PS à la présidentielle ne suscite une déception légitime que si l’on se place sur le terrain du débat d’idées, de la définition d’options de politiques publiques.

On peut rétorquer que définir un programme est inutile, voire dangereux, comme le note P. Bilger, suivi par Koz et par Jules de What’s next : à supposer qu’une écurie présidentielle soit capable d’élaborer un bon programme, le monde peut changer entre l’élaboration de ce programme et le moment où les décisions sont prises. Le politique est alors confronté à une alternative : réaliser ses promesses en dépit du bon sens (par exemple si en 5 ans l’IR avait vraiment baissé de 30%) ou s’asseoir dessus. Dans les deux cas, c’est la déception pour l’électeur.

Je pense comme P. Bilger (qui précise le sens qu'il donne aux mots ici) que l’on attend d’un candidat une personnalité, une capacité à prendre des décisions pertinentes, selon des principes clairs mais adaptés à la situation. Pas une série de mesures pré-définies.
Pour reprendre la terminologie américaine, ce qui importe ce n’est pas le programme (party platform) mais le « message ». Et ce message n’est pas un slogan (la 'rupture', le ‘bon deal’), c’est une perception globale du candidat que se fait l’électeur, en fonction du passé du candidat (track-record), de son discours et de son idée générale du fonctionnement du monde, de l'economie, des institutions... Pour un exemple, voir le problème de "message" du new labour sur la sécurité et l'identité nationales ici.

Finalement, le ‘programme’ est-il plus qu’une publicité améliorée, un prospectus ?
Evidemment, on aimerait lire des « professions de foi » intelligentes, qui montrent que les choix de politique publique doivent être nuancés (le problème de la Sogerma ne se réduit pas à l’alternative nationalisation et laissez-faire, à faire payer EADS et/ou le contribuable ou les salariés de l'entreprise), mais un programme électoral peut-il, doit-il aller dans la nuance, sinon pour satisfaire des lecteurs qui ne font pas l’essentiel du corps électoral ? On en revient alors à la citation du maire de San Francisco.

Mais, me répondra-t-on, et les 110 propositions ?
Les 110 propositions de F. Mitterrand ont joué un rôle important en 1981, parce qu’au delà des promesses classiques d’un programme, elles incarnaient LE changement, que la prise de pouvoir par la Gauche pouvait faire espérer. Ce moment là ne peut être reproduit aujourd’hui.

Et le PS a une curieuse façon de faire: d'un coté le programme, de l'autre la désignation du candidat. A la fin: un programme unique, que le candidat désigné devra porter.

Et si finalement le critère pour juger un candidat ce n’était pas son « programme » mais son système d’exploitation, pour filer une métaphore informatique ?
Si le système tourne comme on le souhaite, on peut lui installer, en fonction des besoins du moment, les applications, (appelons-les ‘programmes’) adéquats…

Voici un tableau, comparant les 3 principaux systèmes d’exploitation et les candidats à la candidature du PS (le jeu est moins amusant à droite), selon des qualités ou défauts que la sagesse populaire leur prête :

medium_tableau_os.jpg


Ce n’est pas très scientifique, c'est améliorable, mais c’est une grille de lecture peut-être féconde au-delà de la farce.

23:25 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : programme, linux, mac OS, Windows, DSK, Fabius, Ségolène

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