samedi, 03 juin 2006
Les moutons sont-ils des loups (ou des ours) pour l'herbe?
Çà faisait un moment que je me posais des questions sur la place des ours et des loups en France :
- pourquoi en parle-t-on autant, et si peu de questions environnementales importantes, comme la nouvelle loi sur l’eau ? (la réponse est évidemment que les ours et les loups sont plus sexy que les nitrates)
- pourquoi introduit-on ces divers prédateurs, quel est l’intérêt environnemental de la mesure ?
- nous avons 15 ours dans les Pyrénées (françaises) et 50 loups dans les Alpes (françaises), alors que nos voisins ont des populations beaucoup plus conséquentes et ne semblent pas au bord de la guerre civile : comment font-ils ?
La lecture de l’ordonnance de référé du CE du 9 mai 2006 sur la demande de suspension de l’introduction des ours slovènes m’a renforcé dans ce questionnement, qui touche plus une politique publique et un miroitement des médias qu’une question de droit.
Sans paraphraser l’analyse intéressante de Somni, je note que l’ordonnance vise « la Constitution modifiée notamment par la loi constitutionnelle n° 2005-205 du 1er mars 2005 », c’est à dire la Charte de l’environnement. Mais les motifs de la décision n’y reviennent pas. Je me demande donc quelle était l’intention du juge ici …
Plus spécifiquement pour ce billet, je note ce considérant :
Considérant que la population d'ours pyrénéens, qui était de l'ordre de cent cinquante ours au début du 20ème siècle puis estimée à environ soixante-dix ours en 1954 a connu une forte chute de telle sorte qu'elle était évaluée à la fin des années 1980 à sept à huit bêtes regroupées dans le noyau central du massif pyrénéen ; que des mesures de réintroduction ont été réalisées en 1996 et 1997 portant sur deux femelles et un mâles capturés en Slovénie ; qu'à la fin de l'année 2005, étaient dénombrés quatorze à dix-huit ours bruns pour l'ensemble des Pyrénées répartis, non seulement sur la partie centrale où sont présents huit à onze animaux mais également sur la partie occidentale où sont recensés trois mâles adultes et un jeune mâle et sur la partie orientale qui compte deux animaux ; que l'introduction de cinq ours en provenance de Slovénie, dont quatre femelles, s'inscrit dans un plan d'ensemble de renforcement de la population d'ours bruns échelonné sur plusieurs années ;
Un considérant à faible densité juridique, qui vient plutôt éclairer le contexte de politique publique. Et c’est là que resurgissent les questions posées en introduction : comment faisait-on autrefois ?
Je gardais cette question depuis près d’un mois, jusqu’à l’annonce quasi-simultanée de l’introduction d’un 4eme ours slovène (prénommé Balou en hommage à Depradieu et Fanny Ardant, si j'ai bien suivi) et des vainqueurs du blog citoyen d'Alençon, et en particulier du site « la buvette des alpages », animé par un « pro-ours, pro-loup » Romuald.
Un site passionnant, qui compile les informations sur ce sujet.
Quelques conclusions hâtives que je tire de la lecture de documents de la Buvette des Alpages:
- La mise en avant des grands prédateurs comme « objet anti-environnemental » et « lubie » exclusive des écologistes urbains peut être analysé comme un paravent des difficultés de l’évolution de l’élevage ovin dans les montagnes françaises. Le document en question met en avant les effets environnementaux de cet élevage tel qu'il est pratiqué de nos jours (d'où le titre de mon billet)
- Les morts de brebis ne sont imputables aux loups qu'à hauteur de 1% (1472 brebis indemnisées en 2000 pour l’ensemble des départements alpins français, environ 200 brebis tuées par les ours dans les Pyrénées) d’autres problèmes fragilisent la profession:
- le chien domestique inflige des dégâts bien supérieurs à ceux du loup au sein d’un troupeau ovin. Selon les diverses estimations, les chiens divagants, le plus souvent les chiens du village ou du voisin, sont responsables de la mort de 80 000 à 500 000 brebis chaque année. (la lecture "pro-brebis" de ce billet du blog "droit des brebis" incite plutot à retenir la fourchette basse, voire à descendre très en dessous de 25000, ce qui doit être rapporté au nombre de chiens par rapport au nombre de loups... Au demeurant, son auteur note que les chiens ne sont pas protégé, et que les bergers faisant face à un tel problème pour leur troupeau trouvent une solution facile).
- Les troupeaux ovins sont également touchés lourdement par la brucellose ovine. En 1996, ce sont près de 20 000 animaux qui ont été abattu.
- la forte concurrence de la filière ovine et des coûts de production très faibles, comme en Nouvelle Zélande et en Angleterre, affaiblit l’activité agricole ovine.
- L'Italie, l'Autriche et l'Espagne renforcent également leurs populations d'ours. De 25 à 30 descendants de trois ours relâchés entre 1989 et 1993 crapahutent dans les Alpes autrichiennes, tandis que l'Italie en a réintroduit une dizaine entre 1999 et 2002 dans le Trentin. Par ailleurs, les Abruzzes en comptent une soixantaine, d'un modèle plus petit. Quant à l'Espagne, outre les Pyrénées, elle en héberge de 105 à 130 dans les Cantabriques. Mais se sont des régions où l’élevage ovin est beaucoup limité que dans les pyrénées. (un ours hésite à attaquer une vache…)
- en Italie, le nombre de loups est passé de 100 à plus de 500 en 30 ans. En Espagne, il y a de 2000 à 3000 loups (à comparer avec les 50 loups en France). Cà se passe mieux qu’en France, avec quand même des tensions…
- la buvette des alpages recense aussi les initiatives de bénévoles pour aider les bergers à mieux garder leurs troupeaux, afin de permettre la cohabitation entre prédateurs et troupeaux.
Les chiffres cités sont ceux que l'on trouve en général. L'analyse est évidemment "pro-cohabitation", mais elle me parait interessante quant aux champs de réflexion offerts... (le site de Romuald mérite plusieurs visites)
En guise de conclusion, nécessairement provisoire, « JE m’en vais » de Jean Echenoz :
"Enfin, si l'affrontement paraît inévitable, se souvenir en désespoir de cause que tous les ours blancs sont gauchers : quitte à croire pouvoir se défendre, autant aborder la bête par son côté le moins vif. C'est assez illusoire, mais c'est toujours ça"
00:00 Publié dans droit public, Europe, miroir des médias, politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : loups, ours, nitrates, référé, cohabitation, balou, slovénie




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