mercredi, 02 août 2006
Les articles du Monde sont-ils juridiquement modifiés?
Droit administratif dénonce le titre inexact du Monde qui annonçait que la loi Dadvsi était en partie cassée, alors que le concept de cassation est étranger à la pratique du contrôle de constitutionnalité. S'en est suivie une discussion en commentaires, assez classique entre puristes et pragmatiques de la diffusion du droit, entre laxistes et rigides de la langue française (avec toutes les nuances intermédiaires).
Les choses me paraissent plus graves lorsqu'elles conduisent à donner une information biaisée voire fausse.
1°) C'était le cas dans le Monde du 27 juillet 2006, qui titrait : "La justice sanctionne le gouvernement sur les OGM".
Il s'agissait d'évoquer une ordonnance du tribunal administratif de Strasbourg, suspendant une autorisation du ministère de l’agriculture pour des essais d’OGM.
Dans cette instance, le gouvernement n'est pas "sanctionné", contrairement à ce qu'indique le titre. Il s'agit d'une suspension dans le cadre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. L’arrêté ministériel est simplement suspendu, dans l’attente du jugement au fond. En ce sens, l’ordonnance n’a pas autorité de chose jugée. L’ordonnance de référé relève qu’un moyen soulevé par les requérants est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée. L’étude plus approfondie du dossier au fond validera ou ne validera pas ce doute. En effet, toute demande de référé suspension requiert, pour être recevable, qu’une requête au fond soit aussi introduite.
L'article continue a entretenir la confusion, en citant diverses décisions de TA et du Conseil d'Etat, sans préciser si il s'agit de décisions de référé ou de fond.
Plus encore, si il y a annulation ou suspension d'une autorisation d'essai d'OGM, les choses n'ont pas la même portée selon que le moyen porte sur la forme ou sur le fond de l'arrêté attaqué: si comme devant le TA de Strasbourg le moyen sérieux porte sur le défaut de consultation du public (et si ce moyen est retenu au fond pour annuler l'autorisation) le principe des essais d'OGM n'est pas remis en cause: il suffira de respecter la procédure d'information. Toute autre serait la situation si les essais d'OGM étaient par nature contraires à une norme supérieure.
Il est vrai que les procédures de référé, entendues libéralement par le juge, ont parfois des effets voisins d'une annulation au fond, ce qui entretien la confusion: quelle est la différence pratique entre la suspension d'une autorisation d'essais et son annulation, lorsque le champ de maïs génétiquement modifié est déjà planté?
2°)Sur un autre terrain, le Monde titrait le 1er aout : "Pascal Clément a présenté le premier bracelet électronique". Dans ce cas, il y a une absence de mise en perspective qui tue l'information.
J'avais évoqué il y a quelques semaines le fait que le garde des sceaux avait assisté à la pose du 10 000ème bracelet.
Qui croire? L'article du Monde n'etait pas éclairant.
J'ai finalement compris en lisant le seul titre de l'article des Echos à ce sujet (sans avoir accès à son contenu!) : "Le bracelet électronique mobile entre en service"
09:25 Publié dans droit public, miroir des médias | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : OGM, référé, suspension, bracelet electronique




Commentaires
J'imagine assez bien les professeurs de droit (et surtout leurs chargés de TD) qui bataillent tout au cours de l'année pour que l'on comprenne bien une notion, pour la voir, pour le coup, véritablement cassée par Le Monde.
A noter que le journaliste qui a réalisé l'article "La justice sanctionne le gouvernement sur les OGM" est Hervé Kempf, dont une brève recherche sur le moteur de recherche du monde.fr signale qu'il est en fait plus fan d'environnement.
Mais bon, c'est un journaliste... A-t-il seulement lu la décision de justice ? (c'est un sentiment maladif de suspicion envers ceux qui nous informent..)
Ecrit par : Erasoft | jeudi, 03 août 2006
je lisais recemment cette citation au sujet du métier de journaliste: "parfois être impartial c'est être militant".
Le pb est que trop souvent les journalistes ne se rendent même pas compte eux-même de la partialité de l'information et de l'analyse qu'ils font.
La possibilité de réagir à chaud sur les sites internet des journaux permettra peut-être de corriger un peu les choses...
Ecrit par : sdl | jeudi, 03 août 2006
Toute à fait d'accord avec vos remarques ; elles m'inspirent quatre remarques :
1° Il ne reste pas grand chose des années Sciences Po à ces quelques journalistes mondains !
2° c'est plus fondamentalement tout le problème de la transdisciplinarité de la formation qu'impose le dévoilement de la technique face à l'existence "d'intellectuels" spécifiques ;
3° s'agissant de la possibilité de réagir à chaud sur Internet, c'est tout à fait juste pour le contenu modifiable sur les sites mais cela n'enlèvera jamais la sentence de l'écrit édité ; tout au plus cela viendra-t-il augmenter, si la bonne foi sévit, la liste des errata !
4° Il conviendrait de donner toute sa place aux relecteurs ; ce sont eux qui en définitive sont les derniers remparts de l'exactitude .
Ecrit par : George | jeudi, 03 août 2006
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