lundi, 21 août 2006

Les elections présidentielles se joueront-elles sur la question des sans-papiers?

Interessante sortie d'Arno Klarsfeld contre la démarche de RESF: 

 Et l'avocat de citer l'exemple d'une mère célibataire sans-papiers avec un enfant de six mois réclamant des papiers. "Je lui ai dit: vous n'avez aucune chance, faites-vous la plus petite possible".
Le médiateur a expliqué que "les associations ont poussé une mère comme celle-là à déposer des dossiers pour faire gonfler les chiffres" et après RESF scande "vous voyez Nicolas Sarkozy comme il est méchant, il y a 30.000" demandes et il n'en accepte "que 6.000".

Si vous ne regardiez pas France 2 à 7h30 ce matin vous pouvez visionner la séquence ici.

Dans sa réaction à cet entretien,  Armelle Gardien, représentante de RESF y va franco dans le n'importe quoi et l'amalgame sordide:

" En se salissant les mains dans cette chasse à l'enfant, Arno Klarsfeld adopte un comportement tout à fait dommageable pour ses parents. Le nom de Klarsfeld faisant davantage référence à la protection qu'à la répression."

La classe.

 

Klarsfled fait aussi référence à la situation de "Jeff", le jeune majeur nigérian qui avait ému les médias, et presque la blogosphère.

Le médiateur nous dit que son cas n'est pas réglé. Son affirmation selon laquelle sa mère aurait été tuée en raison de ses activités politiques est vérifiée par l'ambassade de France à Lagos. Il faut savoir que l'OFPRA avait estimé que Jeff n'était pas éligible au statut de réfugié.

Que peut donner ce type d'enquête? Si elle est réalisée sérieusement, beaucoup plus que les documents que pourrait fournir la personne qui cherche à démontrer les persécutions dont elle prétend faire l'objet. Les faux sont légion, comme le montre un billet déjà mentionné qui apporte le témoignage d'un juge administratif. Mais la preuve est si difficile à établir... Et on peut difficilement imaginer ce type d'enquête sur place pour les quelques 50000 demandes d'asiles déposées en France chaque année.

Logiquement, RESF devrait réagir à cette enquête en protestant du doute mis sur le malheur de Jeff ("c'est le monde à l'envers"). Et il est vrai que questionner la souffrance, la remettre en cause, en douter,  est un processus  désagréable. Songez aux accusations de viol, de pédophilie. Les victimes se sentent forcément salies de voir leur parole mise en doute. 

Je me demande quel serait l'effet sur l'opinion publique de la preuve du mensonge de Jeff, si elle était apportée. Bien que l'angélisme qui prévaut chez les amis de RESF me parait d'une démagogie qui oscille entre courte-vue et abjection, je ne souhaite pas qu'il y ait mensonge ici. Non pas pour éviter le discrédit de RESF, dont je n'ai cure, mais pour éviter celui des réfugiés, et de ceux qui peuvent légitimement prétendre à ce statut. 

Alors, cette question va-t-elle être un "déterminant" de la présidentielle?

Ségolène Royal a signé la pétition de RESF, comme le montre la sélection people proposée par l'association (ou l'on trouve Johnny Halliday).

Sarkozy interpelle Royal avec la question à 1000 euros:

 "Si madame Royal veut qu'on accepte en France tous les clandestins, qu'on leur trouve un logement, un travail, et que l'on adresse au monde entier le message que tout me monde peut venir n'importe comment et dans n'importe quelle condition en France, qu'elle le dise aux Français"

Trouver la réponse juste, pas seulement en terme de politique publique, mais aussi sur le plan humain serait peut-être la clé d'un succès de S. Royal. Il lui sera difficile d'y répondre  sérieusement avant le résultat des primaires. Qu'en sera-t-il après?

  Ce qui est sur est que Sarkozy a pour sa part perdu la bataille de l'opinion sur cette question. (entendons nous bien: l'opinion de ceux, indécis au centre, qui pourraient faire basculer la victoire à droite ou à gauche).

Commentaires

Intéressante sortie de Klarsfeld, non expressément démentie par la réaction de RESF. A voir...
J'aimerais autant que la présidentielle ne se fasse pas sur cette question. Non qu'elle n'ait pas d'intérêt, mais il y a, je pense, d'autres priorités, comme le redressement économique de la France, dont on peut même espérer à terme qu'il rejaillisse sur notre perception des immigrés, qui sont toujours mieux acceptés quand la situation est florissante.

Ecrit par : koz | mardi, 22 août 2006

Vu la qualité actuelle du débat sur l'immigration, j'aimerais aussi que les électeurs se déterminent sur d'autres questions ...

Ecrit par : sdl | mardi, 22 août 2006

Le cas de Jeff Babatundé Shittu est édifiant. Les arguments soutenus par le RESF relatifs à son histoire auraient opportunément servi une réflexion sur le droit d'asile ; ce qui n'a pas été fait dans la presse, pour autant qu'il m'en semble.

C'est donc la confusion des genres que j'avais pointé dans mon billet.

Cela dit, je trouve la situation plutôt croquignole.

Je ne vois pas ce que fait l'ambassade de France aujourd'hui. Soit l'instruction du dossier de Jeff Babatundé Shittu a été convenablement faite, et il n'y a pas lieu d'y revenir aujourd'hui - si ce n'est l'hypothèse d'un recours. Soit elle n'a pas été faite, et on doit se pencher sur le droit d'asile.

En tout état de cause, ce cas échappe à Arnaud Klarsfeld et à l'actualité du contingentement de l'immigration. A ma connaissance, du reste, le droit d'asile ne ressort pas exactement des mêmes fondements que l'immigration.

Ecrit par : jules (de diner's room) | mardi, 22 août 2006

Jules: vous avez tout à fait raison sur l'absence d'utilisation des situations individuelles que la presse relate pour une réflexion plus globale sur le droit d'asile, ou d'autres questions liées à la politique d'immigration.

sur le plan politique je suis persuadé que cette enquete vise surtout à décredibiliser RESF.

Sur le plan juridique, la situation n'est pas si absurde. En effet le préfet quand il fixe le pays de destination de l'APRF doit vérifier si cette destination n'expose pas l'étranger à une menace de traitement dégradant au sens de l'article 3 CEDH (art L. 513-2 du CESEDA). Et pour cela, il n'est pas lié par l'appréciation de l'OFPRA.
L'arrêt suivant le dit très clairement:
http://www.legifrance.gouv.fr/WAspad/UnDocument?base=JADE&nod=JGXAX1996X11X0000059531

Mais en pratique, il est difficilement imaginable que le préfet ait une appréciation plus favorable que l'OFPRA (ou la CRR), qui n'est pas, c'est le moins que l'on puisse dire, une passoire..

Ecrit par : sdl | mardi, 22 août 2006

Je suis votre bon lecteur.

Mais je dois avouer que la situation décrite laisse planer quelques interrogations sur les critères de l'OFPRA.

Ecrit par : jules (de diner's room) | mardi, 22 août 2006

Suis-je votre mauvais lecteur? (superbe expression)
Vous avez dû lire le billet que j'ai linké chez Verel sur les difficultés d'établir la vérité dans ces matières (difficulté pour le demandeur, mais aussi pour le juge).
J'imagine que l'OFPRA a estimé que les assertions quant à la mère de JBS n'étaient pas avérées, ou que le lien entre celles-ci et les menaces qu'evoquent JBS n'est pas établi...

Ecrit par : sdl | mardi, 22 août 2006

Oh ohoh!!! c'est marrant, la gauche est démagogue, et sarko prend les problèmes à bras le corps.
C'est bien. Alors pourquoi affabule-t-il en disant que les flux migratoires changent selon les politiques d'immigration??? c'es ttotalement faux. Y'a pas plus de personnes à immigrer en France depuis 97!!! Donc, laxisme ou sévérité n'ont rien à voir. Par contre, ce refus de regarder la situation en face, Sarko l'a! Car en croyant définitivement régler le problème en régularisant 6000 personnes et en en laissant environ 80.000 à100.000 autres courir les rues, il fonce dans le mur!

Bien sûr, l'opinion croit en lui, a l'impression qu'il sait régler les problèmes, bien qu'il agisse comme un pompier pyromane et sache mieux manier les médias que la politique! regardez les émeutes: par lui provoquées, mal réglées, mais politisées de manière à ce que ce soit sa médaille qui vaille une place de chef tout là-haut! (Mucchielli et Le Gloaziou "retour sur les émeutes de novembre", concentré de rigueur et d'intelligence, on peut pas en dire autant de "témoignage")

Quant à Klarsfeld, il dit tout et son contraire en une seule journée! ("dans la même journée (début juillet 2006), M. Klarsfeld avait annoncé, d'une part, qu'aucune famille ne serait expulsée pendant l'été, et, d'autre part, que si des familles ne remplissaient pas les critères de la circulaire, elles pourraient être expulsées, même avant la rentrée scolaire. Bien évidemment, c'est la deuxième affirmation qui était vraie.")

Ecrit par : Loustc | jeudi, 24 août 2006

Et puisqu'on refuse le mélange des genres : La citation de Sarko qui clôt ce bilelt fait référence à Cachan. Or la très grande majorité des anciens squatteurs de Cachan sont parfaitement en règle, dont notamment un (petit) nombre de Français. Parler de clandestins à propos des sans-logis est une abjection.

Ecrit par : Cobab | jeudi, 24 août 2006

Loustc: vous avez raison de pointer les limites de la méthode Sarkozy s'agissant des émeutes dans les banlieues. C'est sans doute son échec le plus indiscutable. Mais ce n'est le sujet de mon billet, qui met plutot dos à dos gauche et droite, ce qui est le confort du commentateur.

Cobab: effectivement, Sarkozy faisait référence à Cachan, mais il réagissait à une sortie de S. Royal sur Cachan. L'un et l'autre ont fait l'erreur et l'amalgame entre sans-papiers et mal-logés, et se sont répondus sur la question des sans-papiers.
Ils "débatent" des sans-papiers et je reprends leurs propos. vous remarquerez que je ne fais pas référence à Cachan dans mon billet.

Ecrit par : sdl | jeudi, 24 août 2006

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