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jeudi, 14 septembre 2006
Faut-il sacrifier les politiques publiques sur l'autel de notre passion de l'égalité?
Waouh... le titre est un peu ambitieux...
J'écoutais ce soir "on refait le monde" sur RTL, qui évoquait en particulier la question du service civil obligatoire,du fait que Ségo et Sarko était pour, que Villepin était contre...
Vint ensuite le moment pour les "polémistes" d'exprimer leurs propres positions sur cette question. A peu près tout le monde était d'accord pour convenir de ce que ce service était une bonne chose, en gros pour resouder la nation, et puis parce qu'il n'y a pas de raison de traiter différemment les garçons et les filles. Certains contestaient son caractère civil (l'armée c'était quand même quelque chose), d'autre son caractère obligatoire.
Mais ce qui fit l'unanimité, c'est que le PIRE dévoiement d'un tel service serait de retrouver les passe-droits qui existèrent à l'époque du service militaire: surtout, pas de planqués.
Voila une belle illustration de notre passion française pour l'égalité: à la limite, que tout le monde soit obligé de faire un truc ininterressant, inutile et couteux pour les finances publiques, peu importe, à partir du moment où tout le monde, sans exception, y est obligé.
Cette passion de l'égalité permet d'excuser toutes les apories, les décisions absurdes et les renversements de priorités. Ici, c'est clairement une réflexion économique qui passe à l'as.
Comment oblige-t-on quelqu'un à faire quelque chose? Comment s'assurer que le jeune à qui l'on demande d' que l'on oblige à assurer une fonction sociale (dont l'utilité pour la collectivité est indiscutable), assurera effectivement, chaque jour, sa mission?
Un exemple: faire traverser les enfants sur les passages piéton. Quid, si notre jeune décide un matin de ne pas venir assurer son service? On laisse un enfant se faire écraser ? On paye quelqu'un pour vérifier chaque jour que la personne est bien là?
Pour le service militaire, les passe-droits me semblaient légitimes, s'ils permettaient d'assurer que de jeunes gens avec des compétences particulières voient leur compétence utilisée de façon plus efficace.
Un interne en médecine a certainement mieux à faire dans une caserne que d'en balayer la cour.
Un diplomé d'une grande école de commerce est-il mieux employé à assurer le développement d'une entreprise française à l'étranger pendant son temps dû à la nation? Mauvaise question, rétorquent les passionnés de l'égalité! Le recrutement des écoles de commerce sur-représente les "catégories socio-professionnelles supérieures" (les bourges): qu'ils épluchent des patates comme tout le monde.
Se poser la question de l'amélioration du recrutement des écoles de commerce, des causes de cette sous-représentation des classes populaires est forcement hors-sujet...
La passion de l'égalité semble donc énoncer que tout ce qui ressemble à l'égalité doit être preservé, sanctuarisé, surtout pas remis en question ou en perspective. Je pense bien-sur au débat actuel sur la remise en cause de la carte scolaire. La carte scolaire, c'est l'égalité, la mixité sociale, fermez les bans. Il ne faut surtout pas réfléchir à ce qui pousse des parents à la contourner. (l'argument des passe-droits est naturellement réversible dans mon argumentation).
J'ai bien conscience que mon propos glisse mollement mais surement d'un postulat tocquevillien convenu à une bonne vieille dialectique marxiste "égalité formelle, égalité réelle".
Mais je crois surtout que les débats publiques de la campagne présidentielle doivent s'efforcer d'éviter de réduire les questions de politique publique à des questions fermées, ou à l'énonciation d'absolus ("on ne peut pas expluser des enfants").
Rares sont les situations dans lesquelles un choix de vie publique ne necessite pas de mettre en balance plusieurs principes, plusieurs impératifs. L'égalité n'échappe pas à cette obligation. Le tamis de la démocratie d'opinion permet-il ce rafinement du débat?
C'est encore plus ambitieux que le titre de ce billet...
22:25 Publié dans politique , Politiques publiques | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : passion de l'égalité, service civil obligatoire, tocqueville, marx, passe-droits, carte scolaire
Commentaires
Des petits rappels économiques sur l'inégalité dans certains domaines et leurs conséquences :
http://stumblingandmumbling.typepad.com/stumbling_and_mumbling/2006/09/imperialism_sti.html
Ecrit par : Laurent GUERBY | jeudi, 14 septembre 2006
"Un diplomé d'une grande école de commerce est-il mieux employé à assurer le développement d'une entreprise française à l'étranger pendant son temps dû à la nation? Mauvaise question, rétorquent les passionnés de l'égalité! Le recrutement des écoles de commerce sur-représente les "catégories socio-professionnelles supérieures" (les bourges): qu'ils épluchent des patates comme tout le monde.
Se poser la question de l'amélioration du recrutement des écoles de commerce, des causes de cette sous-représentation des classes populaires est forcement hors-sujet..."
Je vous comprends dans votre refus de l'égalitarisme obtus. Ceci dit :
1- Un jeune artisan n'est-il pas mieux employé à assurer le développement de son entreprise sur le sol national qu' à éplucher des patates ? Un jeune ouvrier n'est-il pas plus utile...Et l'on peut décliner sans fin. Au bout de cette réflexion : quelles sont les personnes qui sont plus utiles à leur pays en épluchant des patates militaires que dans leur activité civile ?
2- Une précision sur le service militaire. La conscription reposait sur le fait que chacun contribuait à la défense du pays ou à des missions de paix à l'étranger (renforts envoyés en ex-yougoslavie par exemple). On est assez loin du simple épluchage de patates. Il existait aussi des postes de commandement (sous-officers, aspirants) pour les futurs managers.
3- Sur le recrutement social des Ecoles de commerce. Il existe très probabelement une première barrière due à la méconnaissance même de ces écoles par une catégorie non négligeable de la population.
Autre barrière : le manque d'argent des parents. (si la situation n'a pas évolué ces dernières années.)
Il ya quelques années j'ai connu, en IUT de Commerce international, des personnes brillantes dont les parents n'avaient pas les revenus suffisants pour leur permettre de continuer en Ecole de commerce. Leurs camarades de classe, plus fortunés mais moins brillants, ont continué dans ces Ecoles.
Quelques années plus tard, la discrimination dans les carrières est flagrante. Les recruteurs (souvent issus de ces Ecoles) favorisent outrageusement ce type de candidats ("réseaux" des anciens,...) Comme si l'intelligence et les capacités des candidats s'appréciaient selon le protefeuille des parents.
Ecrit par : Candide | vendredi, 15 septembre 2006
J'approuve totalement les propos de Candide.
Quant au service civil obligatoire, je suis partagée:
- d'un côté cela pourrait permettre aux "jeunes" d'apprécier les vertus de la solidarité, de relativiser leur sort, de se sentir vraiment utile, de permettre une mixité sociale ( oui cette fameuse mixité où un "bourge" et"un banlieusard" pourrait se trouver côte à côte dans l'accomplissement d'une oeuvre commune....oui je sais c'est beau l'utopie....), d'acquérir une expérience et de découvrir des métiers;
- d'un autre côté, cela ne risque t-il pas d'empêcher la création de postes dans le milieu associatif ou dans le très prometteur secteur de l'aide aux personnes? Cette politique est elle gérable ou affreusement couteuse?
Ecrit par : toupie | vendredi, 15 septembre 2006
"Pour le service militaire, les passe-droits me semblaient légitimes, s'ils permettaient d'assurer que de jeunes gens avec des compétences particulières voient leur compétence utilisée de façon plus efficace."
Curieuse conception de l'égalité républicaine., qui me semble surtout ressembler à cette hypocrisie paternaliste au nom de laquelle une minorité de la population impose au reste de la population des charges dont elle s'exonère préventivement, ventrebleu !
Pour votre information, les passe-droits ne sont, par définition, pas accessibles à tous, y compris les personnes qualifiées dans leur ensemble. Il est vrai qu'il existait des dispositifs spéciaux pour les élèves des grandes écoles : mais, après tout, il ne s'agit que des 7% de la classe d'âge bénéficiant déjà du montant le plus élevé de moyens d'état pour leur scolarité (et n'ayant pas de salaire à perdre à faire leur service national, tout en étant bien plus rémunérés que les militaires du contingent).
Alors nommons un chat un chat : Nous savons que la population des grandes écoles n'est en rien représentative de la population, ni même de la population "qualifiée". Ce ne sont, pour l'essentiel, que les descendants des familles aux plus hauts revenus et des commis de l'état. Le service national était donc une corvée, et rien d'autre, de laquelle s'exonérait une élite de bons citoyens de bonne famille, respectueux de l'ordre, de la propriété et de la gendarmerie par intérêt personnel. Une de ces hypocrisies héritées du second empire qui sont le ferment de tous les extrémismes. Dès lors, qu'y-a-t-il d'illogique à voir les deux candidats à la présidentielle courant après l'électorat populiste faire du rétablissement du servage un thème de campagne ?
Je me demande d'ailleurs dans quelle mesure quelque version que ce soit de cette corvée parviendrait à rester conforme au droit international du travail. Un bel exercice en perspective pour les jeunes "qualifiés" désirant échapper à la corvée !
Ecrit par : Flex | vendredi, 15 septembre 2006
je suis pour l'essentiel d'accord avec les précedents commentaires, et celui de candide en particulier:
- il y a un pb de recrutement des écoles de commerce (et d'autres formations qui mettent leur diplomé dans une situation favorable sur le marché du travail). Il n'est pas normal qu'à talent égal, l'origine sociale des parents permettent à certain de réussir et pas à d'autres.
- faire éplucher des patates à toute une génération n'est pas une bonne chose: c'est bien le sens de mon propos .
- le critère n'est pas le diplome mais bien la compétence: il est certain que c'est du gachis que d'obliger un plombier, un électricien ou un boulanger à faire quelque chose d'inutile et sans lien avec son savoir faire. Il ne faut surtout pas faire perdre leur temps aux jeunes ET gaspiller de l'argent public en même temps.
- l'idée d'un service civil doit permettre d'acquérir une expérience utile et/ou une formation pour ceux qui n'en ont pas.
Ecrit par : sdl | vendredi, 15 septembre 2006
Flex, en tant que diplomé d'une école d'ingénieur j'ai fait comme beaucoup dans mon cas (incluant les diplomés en science de facultés) scientifique du contingent. C'est a dire payé comme les autres (< 100 euros par mois si je me souviens bien) et par contre j'ai fait 12 mois au lieu de 10, un vrai privilège :).
J'ai fait le même travail en pratique que celui que je fait pour mes employeurs privés qui me payent bien plus et j'ai plus de congés.
Ceci dit, je n'ai pas d'avis fixé sur ces sujets de service obligatoire.
Ecrit par : Laurent GUERBY | vendredi, 15 septembre 2006
Juste comme ça... et si on "recommandait chaudement" aux jeunes d'avoir été bénévoles dans des assoces avant de postuler à des postes hauts-placés...
A.
Ecrit par : Adrienhb | lundi, 02 octobre 2006
adrienhb: l'idée me parait bonne dans son principe, comme celle d'exiger une courte expérience professionnelle.
Ecrit par : sdl | lundi, 02 octobre 2006
Aussi en effet...
On pourrait aussi ajouter un séjour à l'étranger, mais là ça commencerait à faire beaucoup... quoiqu'on puisse cumuler...
Tiens à propos d'expérience... un truc qui serait pas mal aussi: envoyer nos (grands) administrateurs faire un passage à Bruxelles... leur ferait pas de mal, ne serait-ce que pour voir que la Commission est composée d'hommes et de femmes normaux!
A.
Ecrit par : Adrienhb | mardi, 03 octobre 2006



