dimanche, 17 septembre 2006

Comment selectionner les membres du conseil constitutionnel?

L'annonce dans la presse de la nomination de Jean-Marc Sauvé comme vice-président du Conseil d'Etat en remplacement de Renaud Denoix de Saint-Marc a été accompagnée de celle, encore hypothétique (elle ne doit pas intervenir avant février 2007), de la désignation de ce dernier à la tête du Conseil constitutionnel en remplacement de Pierre Mazeaud. 

Certains esprits chagrins (telle la "spécialiste"  du droit administratif sur Agora Vox, site souvent interessant, mais sur lequel je  renonce à porter la contradiction) y voient le signe de la collusion qui préside à ces nominations, ce qui est l'occasion d'une forme particulière du troll en droit public: invoquer l'affaire d'Outreau pour parler de la justice administrative. 

Il faut pourtant bien voir de quoi il s'agit lorsque l'on parle de la désignation de membres du conseil constitutionnel, dont tous les trois ans 3 nouveaux membres sont désignés pour 9 ans par le Président de la République et les présidents de chaque assemblée:

1°) la fonction de membre du CC n'est pas un pur exercice de juridicité. Certes, les sages de la rue Montpensier doivent dire le droit, notamment le droit constitutionnel et le droit electoral. L'évolution de son office, voulue par le CC lui-même, a conduit à renforcer cette image de juridicité, de gardien des libertés constitutionnelles en particulier, à l'occasion de l'élargissement du bloc de constitutionnalité.

Mais cette fonction est également éminement politique: il s'agit de remplir une tache de régulation des pouvoirs constitutionnels, en censurant le législateur, en tapant sur les doigts du gouvernement qui bouscule les prérogatives du parlement, etc.. Mais aussi en étant le juge électoral des élections présidentielles et parlementaires. Dans l'ensemble de ses taches, il ne s'agit pas simplement pour les membres de connaitre leurs grands arrêts. Il faut un sens politique, qui allie finesse et tenacité pour faire prévaloir une certaine idée des institutions plutot qu'une autre.

Il ne s'agit jamais de choisir le meilleur constitutionnaliste de France, un pur technicien  du droit qui n'aurait pas de vision politique. (l'exemple de Georges Vedel est évidemment un contre-exemple lumineux.. qui confirme selon moi la règle!))

 

2°) Dans un tel contexte, il est évident que toute autorité dotée du pouvoir de nomination d'un membre du conseil a tout intérêt à choisir quelqu'un de proche sur le plan des idées. Et l'on constatera que cette recherche par l'autorité de nomination d'une proximité idéologique existe ailleurs. Aux Etats-Unis, un candidat à la Cour Suprême devra avoir un trackrecord sur la question de l'avortement, ou des relations entre les Etats et l'Union. 

Pour rebondir sur le dernier exemple, je ne suis pas sûr qu'une procédure d'audition devant le parlement, comme aux Etats-Unis, permettrait d'obtenir de meilleures nominations que le système actuel (qui est de mon point de vue tout à fait insatisfaisant, comme en général le trop grand pouvoir de nomination accordé au président de la République). Pour qu'une selection par auditions puisse fonctionner, il faudrait en effet que le parlement soit délivré du fait majoritaire. Sinon, en l'état actuel de nos institutions, je crains fort que le résultat ne soit franchement  calamiteux.

On reproche parfois à ces nominations de n'être assujetties à aucune condition de qualification juridique. Un critère de diplôme serait absurde s'agissant de personnes de plus de 60 ans: leur expérience professionnelle peut combler une absence d'agrégation en droit public (ou privé d'ailleurs). On constate aussi qu'en pratique, les membres ont une qualification juridique significative. 

 

3°) dans ce contexte, l'éventuel choix de l'ancien vice-président du Conseil d'Etat me paraitrait finalement une bonne nouvelle:

- ayant exercé les fonctions de de directeur des affaires civiles et du sceaux, de secrétaire général du gouvernement (SGG) et de vice -président du Conseil d'Etat, il a une grande connaissance du processus d'élaboration des textes normatifs et tout simplement du droit.

- il n'y a pas, à ma connaissance et contrairement à ce que laissait entendre le billet d'agoravox précité, de problème de "séparation de carrière entre le Conseil d'Etat et le conseil constitutionnel". Personne ne siège concuremment dans les deux juridictions. Il y a toujours la possibilité de se déporter. L'ancien vice-président n'est plus membre du CE.  

- au contraire, il me semble utile pour le "dialogue des juges" que ce type de passerelle existe. Après tout, le CE est aussi juge de la constitutionnalité des règlements. La compréhension mutuelle des deux institutions est utile à la cohérence globale de notre système juridique. Ceci plaide d'ailleurs pour que de hautes personnalités du monde judiciaire soient désignées à leur tour au sein du  CC.

- l'hypothèse de la nomination de Jean-Louis Debré est-elle dans ce contexte un habile contre-feux? D'une part, je n'en vois pas la nécessité, et d'autre part, sans évoquer les qualités personnelles du président de l'Assemblée nationale, il paraitrait bizarre qu'il soit nommé au CC, alors que lui même peut nommer un autre membre. Et s'agissant de la qualité politique et pas seulement juridique qui me parait nécessaire à un membre du CC, je crois que Denoix de Saint-Marc n'en manque pas (SGG sous cinq premiers ministres ...) 

Commentaires

La composition du conseil constitutionnel reflète souvent l'équilibre entre connaisseurs du droit (public ou privé, mais avec une prime pour le premier tout de même) et personnalités sans connaissance juridique mais à l'expérience politique aiguë, bien que souvent soit mélée et expérience du droit et vision politique (Pierre Joxe, Simone Weil, Pierre MAZEAUD) ; la seule exception étant me semble-t-il, Dominique SCHNAPPER dont les compétences universitaires et la connaissance du champ politique n'est néanmoins pas à contester.

Néanmoins dans votre argumentation, vous ne faites pas de sort à Jean-Marc SAUVE, dont le parcours ressemble étrangement à son précédesseur au Conseil d'Etat...Ni n'indiquez le remplaçant de Jean-Marc SAUVE...Quelques idées ???

Enfin les deux derniers secrétaires généraux du gouvernement ont passé beaucoup de temps dans leurs fonctions, apparemment les plus longues carrières à ces postes (9 ans pour M. DENOIX DE SAINT MARC et 11 pour M. SAUVE) : au delà de la fonction qui par nature se veut stable, peut-on penser que cette longévité vient confirmer la force du gouvernement (et du premier ministre, par essence) et finalement sa prééminence institutionnelle dans la cinquième république ?

Ecrit par : George | lundi, 18 septembre 2006

George: vous aez raison sur le profil juridique des membres actuels. J'ai été surpris de constater que la plupart sont magistrats (judiciaires ou financiers) ou membres du CE. (mais la plupart n'ont pas une carrière juridictionnelle).

J. Attali raconte dans Verbatim une joute entre J. Chirac et F. Mitterrand en 1986, J. Chirac voulant débarquer le SGG , J. Fournier qui n'était en poste que depuis que 4 ans , ce qui est très court à ce poste. Denoix de Saint-Marc sera finalement nommé.
La stabilité à ce poste est donc la règle. A mon sens elle temoigne surtout de la nécessité d'une continuité administrative, dans un contexte plutot marqué par l'instabilité ministérielle (et des cabinets) et normative.

Pour le remplaçant de M. Sauvé, le seul bruit dont je me ferai l'écho est que les choses sont ouvertes...

Ecrit par : sdl | lundi, 18 septembre 2006

Et puis, une passerelle supplémentaire entre Conseil d'Etat et Conseil constitutionnel est tout à fait opportune. Depuis quelques années, le CC évolue vers la forme d'une juridicition plus de forme administrative. Ce serait intéressant de voir ce que "RDDSM" peut y apporter...

Ecrit par : Erasoft | lundi, 18 septembre 2006

je vourdrais avoir chacun des noms des membres du conseil constitutionnel svp merci cela est pour une actualité de cours d'education civique merci de repondre

Ecrit par : lucio | jeudi, 30 octobre 2008

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