lundi, 02 octobre 2006

Paris Paris Paris, titi pas là-bas ?

Un titre plus sérieux aurait été: "peut-on être jacobin depuis Strasbourg?". Plus sobrement que moi, le Figaro s’interroge sur les préparatifs logistiques de campagne des candidats  à la présidentielle et note :

« Il n'est de bon siège de campagne qu'à Paris. Après vingt-cinq ans de décentralisation, aucun candidat à la magistrature suprême n'envisage d'ouvrir son quartier général ailleurs que dans la capitale ou en proche banlieue. »
Bien vu.

Le symbole serait fort pourtant, non ? Il n’y a pas que Paris en France, et plus stratégique encore, il n’y a pas des électeurs qu’à Paris. Mais au delà des symboles, forts, respectables, il y a la réalité, que les symboles seuls n’arrivent pas à bousculer: tant sur le plan des infrastructures, des médias que des institutions, centraliser sa campagne hors de Paris serait suicidaire électoralement. Et ce, malgré le développement des TIC qui invitent à revoir les routines de production politique.

Je songe parallèlement à l’ENA (ça m'arrive), qui après presque 10 ans de régime mixte entre Strasbourg et Paris, est définitivement et entièrement installée à Strasbourg (la premier promotion entièrement « strasbourgeoise » est sortie en 2006). Mais les oraux du concours se déroulent toujours à Paris, ce qui est incongru, dans la mesure où n’importe quelle école ou université en province reçoit ses candidats admissibles chez elle.

Indéniablement, il y a un parisiano-centrisme de nos institutions (ce n’est pas le scoop du jour). Mais le cas de l’ENA est topique à double titre :
-          délocaliser l’institution (à ne confondre ni avec décentraliser ni avec déconcentrer) qui forme la partie visible des hauts-fonctionnaires de l’Etat est un symbole au carré.
-          Mais 75% des anciens élèves travailleront à Paris, principalement dans les administrations centrales de l’Etat, qui sont à Paris. Un haut-fonctionnaire anonyme mais inspiré avait ainsi dit : « mettre l’ENA à Strasbourg, c’est comme mettre l’école navale à Clermont-Ferrand ».

Très peu d’administrations centrales de l’Etat ont été délocalisées en province (le seul exemple qui me vient à l’esprit est le service central de l’Etat-civil du ministère des affaires étrangères à Nantes), alors que le fait d’être une administration dont la compétence est nationale (à la différence d’un service déconcentré ou d’une collectivité territoriale) n’entraîne en rien l’exigence d’être à Paris. 

A quand une délocalisation de Bercy ou de la Place Beauvau ? Je vous parie que le symbole aurait une autre portée pratique… 

NB : le titre de ce billet s’inspire librement du scat de John Scatman, dans la chanson éponyme. Je ne peux pas citer Clausewitz ou la jurisprudence administrative tous les jours.

Commentaires

>>A quand une délocalisation de Bercy ou de la Place Beauvau ? Je vous parie que le symbole aurait une autre portée pratique…

L'express nous apprends que Sarkozy cherchait un batiment où rassembler tout son hypothètique gouvernement, avant d'abandonner.

Ecrit par : toto | lundi, 02 octobre 2006

Il faut quand même se rendre compte que l'idée de délocaliser l'ENA à Strarsbourg remonte à vingt bonnes années, époque durant laquelle on pensait faire de l'ENA une école à recrutement européen destinées à fournir quelques bataillons de fonctionnaires européens d'élite.

Le seul fait que le débat ait duré vingt ans aura probablement suffi cette ambition aussi risible aux yeux de toute l'europe qu'elle l'était pobablement aux yeux de la plupart des français dès le milieu des années 1980. Sans même tenir compte de la montée en puissance internationale des autres grandes universités et écoles et l'incapacité avérée du modèle des grandes écoles à la française à se mettre à l'échelle au rythme de l'expansion des territoires de faits gouvernés.

Ecrit par : Passant | mardi, 03 octobre 2006

Pour être allé récemment à Strasbourg, signalons que la principale incongruité est que cette capitale régionale et européenne reste incroyablement mal desservie par les transports. Le TGV la boude, la circulation routière y est cauchemardesque, et elle semble être à quatre heure de route de tout lieu civilisé, quel qu'il soit. Avant d'y envoyer l'ENA, il faudrait peut être lui donner des liaisons, notamment ferroviaires à grande vitesse dignes de ce nom avec les principales capitales européennes. Pas étonnant du coup que les députés européens veuillent partir : il y en aurait autant à dire sur cette étrange transhumance bruxello-strasbourgeoise.

Ecrit par : Eolas | mardi, 03 octobre 2006

Pour la desserte en infrastructures de Strasbourg, c'est un peu le pb de l'oeuf et de la poule:
une capitale européenne doit-elle être choisie parce qu'elle dispose d'infrastructures satisfaisantes ou le statut de capitale européenne justifie-t-il des investissements pour lui donner de bonnes infrastructures?
Nous avons visiblement choisi la seconde option, avec un TGV à Strasbourg en 2007, alors même semble-t-il que le plus logique et le moins couteux (en nombre d'usagers potentiel et de contrainte géographique) aurait été de faire une ligne Metz - luxembourg- Francfort.

Notons que l'accessibilité de Strabourg n'est pas si grave pour les énarques (quoique: tous leurs enseignants sont aussi à Paris..) que pour permettre aux députés européens maltais, portugais ou finlandais (et français...) de se rendre au parlement .

Ecrit par : sdl | mardi, 03 octobre 2006

Et surtout, on voit mal le secteur concurrentiel envisager de desservir une ville au seul motif de desservir un parlement européen désert presque 300 jours par an. L'économie des transports emploie des modèles de rentabilité prenant notamment en compte non seulement les flux de personnes clairement identifiés, mais aussi, le nombre de nuitées des voyageurs, excellente approximation de l'activité économique génératrice de demandes de transport.

Ecrit par : Passant | mardi, 03 octobre 2006

"Mais les oraux du concours se déroulent toujours à Paris, ce qui est incongru, dans la mesure où n’importe quelle école ou université en province reçoit ses candidats admissibles chez elle."

Hum... les oraux du concours d'entrée à l'Ecole Nationale de la Magistrature, dont le siège est à Bordeaux, France, ont aussi lieu à Paris.
A moins que vous aussi ne suiviez la mode parisienne actuelle d'attaquer, de railler et mépriser la justice française, vous admettrez que ce n'est pas tout à fait n'importe quelle école.
La raison en revient à notre bon vieux jacobinisme, celui de l'organisation des transports cette fois. Il serait inéquitable d'obliger les candidats de Strasbourg (tiens !), de Grenoble ou de Nice, à d'invraisemblables contorsions pour aller à Bordeaux, quand il est aisé d'aller à Paris de n'importe quel point de France métropolitaine ou d'Outre-mer.

Ecrit par : Jean René | mardi, 03 octobre 2006

Jean René:
d'accord pour l'ENM, grande école s'il en est (ça va mieux en le disant!) , dont j'ignorais qu'elle organisait ses oraux à Paris. C'est peut-être aussi la différence entre les écoles de service public et les écoles d'ingénieur et de commerce, par définition moins jacobines (et donc moins parisiennes?) ?

Pour les avantages respectifs du Strasbourg-Paris et du Strasbourg- Bordeaux, la capitale alsacienne est tellement enclavée que je ne suis pas sur que la différence soit si grande (ni sur le plan financier ni en perte de temps) si vous prenez l'avion... Mais le TGV fera indéniablement la difference à l'avenir.

Ecrit par : sdl | mercredi, 04 octobre 2006

Jean-René : une remarque : les concours, certes infiniment plus subalternes, de recrutement des ingénieurs et techniciens de l'éducation nationale sont organisés un peu partout en France, généralement, dans les locaux de l'université "volontaire" pour la spécialité concernée. Cette année par exemple, Nancy Clermont-Ferrand, Nantes et Toulouse ont organisé différents concours dans différentes spécialités.

La très forte déconcentration de l'éducation nationale a sans doute été nécessaire pour que l'argument du jacobinisme ancien ne suffise à justifie sa prolongation aujourd'hui.

Ecrit par : Passant | mercredi, 04 octobre 2006

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