dimanche, 08 octobre 2006

Indigènes, Seznec, GDF: tout faux?

La question de savoir comment faire des bonnes lois, comment prendre de bonnes décisions politiques me parait décidemment une grande question de la démocratie, beaucoup plus puissante que celle de savoir si c'est la gauche ou la droite qui a raison.

 

Sur ce blog comme ailleurs, a été dénoncée la décision de decristalliser les pensions des anciens combattants des ex-colonies si cette décision a pour origine le visionage du film "indigènes". Je disais en substance que l'on ne peut pas, au plus haut niveau de l'Etat, se fonder sur un film pour prendre une décision.

 

J'étais naïf (et c'était la semaine dernière).

A bien y réflechir, beaucoup de décisions publiques ne sont-elles pas prises en considération de l'air du temps, et plus spécifiquement de la pression médiatique? Posée comme cela, la question a une réponse évidente. La pression médiatique est une donnée incontournable du débat public et du processus de décision publique.

Réouvrir l'affaire Seznec 80 ans après par exemple n'a guère de sens pour la "bonne administration de la justice": les juges d'aujourd'hui peuvent-ils avoir une appréciation des faits plus fine que les juges de l'époque? ( ce qui n'exclut évidemment pas qu'ils se soient planté à l'époque...).  La justice de 2006 sera-t-elle rendue plus vite et mieux si l'on rouvre toutes les affaires définitivement jugées des 80 dernières années?
Mais l'affaire Seznec parle à nos concitoyens: un téléfilm a été moult fois diffusé à la télé, et les données de l'affaire sont suffisament  romanesques pour interesser le public. Que Seznec soit innocent ou couplable, (il est malheureusement trop tard pour changer les choses), le procès de 2006 ne peut être que de la justice spectacle.

 

Comment, alors, prendre de bonnes décisions? S'extraire totalement de la pression publique est irréaliste et peut priver le décideur d'un "whistleblower" efficace. Après tout, la situation des anciens combattants d'outre-mer était scandaleuse (selon moi seulement jusqu'au décret de 2003, mais ce n'est pas le débat du jour). C'est sans doute regrettable qu'un film soit nécessaire pour que l'opinion publique et le président de la république s'en rendent compte, mais c'est ainsi.

J'en viens à mon dernier malaise de la semaine. La privatisation de GDF.

Après avoir dénoncé longuement la faible qualité des débats à l'assemblée nationale, j'aimerais parler un peu du fond.  Et c'est là que le bât blesse.
Tout le monde a conscience qu'il s'agit d'une question importante, mais nécessairement complexe, plus complexe que la décision de dépenser 110 millions d'euros par an pour les "indigènes", ou d'offrir un procès en révision au petit-fils de Seznec.
D'autres grandes questions complexes ont fait l'objet de décisions ces dernières années, par exemple les 35 heures ou la réforme des retraites. A chaque fois, face à des clivages violents, j'ai pu me faire une idée, comprendre (au moins dans ses grandes lignes) ce qui motivait la mesure gouvernementale (et l'opposition de tel ou tel acteur), pour la soutenir ou la dénoncer (quitte à changer d'opinion quelques semaines ou années plus tard).

Pour la privatisation de GDF il n'en est rien. Je ne sais absolument pas quoi penser de cette privatisation. La pédagogie du gouvernment a été nulle sur ce point, obsédé qu'il était à éviter, d'une part, l'enlisement promis par l'opposition grâce à une obstruction systématique et d'autre part, le risque d'une fronde de la majorité sarkozyste au Parlement.

Pour prendre un exemple, j'ai entendu T. Breton, notre ministre de l'économie, il y a quelques semaines sur France Inter, expliquer que si on libéralisait le secteur de l'énergie, c'était parce que l'Europe en avait décidé ainsi au sommet de Barcelone en 2002, où la France était représentée par L. Jospin qui n'avait pas bronché.  Evidemment, si c'est la seule faiblesse de Jospin qui explique la libéralisation du secteur de l'énergie et la privatisation de GDF, je comprends que nos concitoyens ne soient pas fan de l'UE...

Avec l'affaire GDF, la qualité du débat m'a donc semblé connaitre un nouveau record historique de nullité, dont toute la classe politique est responsable et pas seulement les médias. La conclusion est peut-être expéditive, mais je n'en vois pas d'autre. 

Trackbacks

Divers avis et sentiments...

Merci Jamel, pas pour le splendide site en flash (accessibilité), mais pour avoir fait que la France puisse retrouver un peu de cette grandeur dont elle est si fière et qu'elle s'active à rendre ridicule à travers le monde. Merci aux fils de la...

Trackback par : le barrablog ... avec de vrais morceaux de Barrabé dedans | lundi, 09 octobre 2006

Commentaires

Las, las... Heureusement, il reste les blogs, et sur la politique énergétique, ce billet très éclairant (humour) d'Econoclaste :
http://econoclaste.org.free.fr/dotclear/index.php/?2006/10/04/625-electricite-le-grand-malentendu

Ecrit par : Eolas | dimanche, 08 octobre 2006

"S'extraire totalement de la pression publique est irréaliste et peut priver le décideur d'un "whistleblower" efficace."

Ce qui est d'autant plus vrai au vu du dangereux flou recouvert par la notion de devoir de réserve, illustré par la récente menace de sanctions à l'encontre d'un inspecteur de l'éducation nationale représentant syndical ayant exprimé par voie de presse une critique de la position de son ministre.

Ecrit par : Passant | dimanche, 08 octobre 2006

Eolas: j'avais lu avec intérêt le billet d'éconoclaste, qui permet de réflechir à la pertinence de la démarche engagée au niveau européen, dont on peut douter sur cette question de l'énergie, et plus précisement de l'électricité comme vous le notez. Le propos est assurément plus argumenté que celui que je cite de T. Breton.
Ceci étant, si je comprends que les premices de la privatisations sont eux-mêmes discutables, je ne comprends toujours pas pourquoi on privatise GDF....

Ecrit par : Silas Day-Lewa | dimanche, 08 octobre 2006

Quelques pièces supplémentaires à verser au dossier :

http://www.jeandionis.com/intervention-art.asp?pid=246

"Ce projet de loi a mis en lumière la pauvreté du travail en commun entre la Commission Européenne et le Parlement Français : transmettre aux parlementaires une lettre de griefs complètement caviardée est une réelle humiliation pour nous, d’autant plus qu’il s’agit ici de l’avenir d’une entreprise publique. Nous exigeons qu’à l’avenir, lorsqu’il s’agit d’une entreprise nationale, l’ensemble des documents échangés par l’Union Européenne et par les sociétés nationales concernées puisse être consultable in extenso par la représentation nationale. Messieurs les Ministres, Monsieur le Président de la délégation de l’Assemblée Nationale auprès de l’Union Européenne, vous devez porter et faire aboutir cette revendication minimum à Bruxelles ! "

Je trouve dans ce contexte assez logiquement que le gouvernement ait pris le temps de recevoir en tête à tête 210 députés en particulier, même si l'électeur regrettera toujours qu'on ne puisse savoir si son député était parmi ceux-là

Ecrit par : Passant | lundi, 09 octobre 2006

Concernant l'affaire Seznec, il va tout de même de l'honneur d'un homme. D'un mort, certes, néanmoins le droit est fait pour les hommes, pas pour la beauté du geste.
Je ne connais pas bien l'affaire (je sais ce que probablement tout le monde en sait). Je note qu'il a tout de même des différences entre ce que savait la Justice au moment de la condamnation et maintenant. C'est peut-être un détail, mais savoir quel sera le devenir pendant la guerre du policier Bonny, membre éminent du tandem Bonny-Laffont qui au sein de la "carlingue" organisa une forme de "gestapo française" (terme discutable si on veut entrer dans le détail, acceptable en gros), grosse machine mafieuse collaborationniste (animée par des flics ripoux et des mafieux), n'es pas tout à fait rien.
Si la cassation a accepté d'ouvrir la procédure de révision, on peut espérer qu'elle l'a fait selon les prescriptions du droit, et non pas selon celles d'un téléfilm. Et si le droit y invitait, alors c'était opportun.


Quand à "la pédagogie du gouvernement", je trouve l'expression insultante au plus haut point pour la démocratie. Si le pouvoir est à la Nation, alors ceux qui sont censé incarner la Nation n'ont pas à la prendre pour un enfant à leur charge et à décider de son intérêt mais à agir en conformité avec ses voeux. Si on ne sait pas pourquoi on vend EDF et qu'on le vend quand même, tout comme on ne sait pas pourquoi on a vendu les rentables compagnies d'autoroute, alors la Nation est purement et simplement trahie par des élus qui agissent en leur nom propre, méconnaissant le fait que seule la Nation est souveraine, pas eux.

Ecrit par : Marcel Patoulatchi | samedi, 21 octobre 2006

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Ecrit par : rinkostfx | samedi, 11 octobre 2008

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