mardi, 31 octobre 2006

La révolution sera-t-elle télévisée?

1. La question du rôle de la télévision dans la vie publique, ou dans une élection comme celle de 2007 n'est franchement pas sexy, pas du tout politique 2.0. L'actualité me semble foisonner pourtant autour de cette question de l'image, face à laquelle je manque sans doute de bagage théorique pour fournir un billet bien articulé. Voici donc en vrac quelques exemples, au risque d'une liste à la Prevert.

2. L'impact d'une vidéo publiée sur youtube peut-il être vraiment aussi grand que celui d'un document diffusé à la TV? Il faut sans doute s'interroger sur la qualité du document: le témoignage post-mortem de Bourdieu sur le droitisme de Ségolène Royal était tellement affligeant qu'il ne pouvait être qu'un pétard mouillé, images ou pas images à l'appuie.

2. bis. De même pour la "vidéo qui crucifie Sarko", comme l'indique un peu vite Libération.

2. ter. Tout n'est-il pas affaire de spin? La cassette Mery me semble assez largement associée dans l'esprit de nos concitoyens à DSK, alors que ce témoignage post-mortem concernait des accusations dirigées contre J. Chirac en matière de financement illégal des partis politiques. La cassette a été youtubisée (ici). Si elle l'avait été à l'époque,  le tour de passe-passe consistant à mettre en avant la légereté de DSK aurait-il était possible? Je le crois. Machiavel plus fort que le web 2.0. Le concept "d'affaire dans l'affaire" nous rappelle bien-sur Clearstream, dont il faudra reparler.

3. Le besoin d'image comme substitut de la confiance... De l'enregistrement des gardes à vue et des auditions devant le magistrat instructeur jusqu'au conseil des ministres. L'outil qui prépare le crime, l'utilisateur de téléphone portable-caméra qui le commet.

4. Le besoin d'image pour se faire une opinion. Curieux épisode du meeting socialiste du Zénith et des sifflets contre S. Royal... Pas d'images, mais du son. Et si pour se faire une idée, le mieux n'était pas l'écrit? Le point de vue de Cardamome  est publié chez Phersu, sur un blog, mais on est à l'essentiel du média écrit, presque dans sa tradition.

5.J'ai évoqué mon agacement à voir des politiques publiques décidées par film interposé, ou un processus juridictionnel subir l'influence d'un téléfilm (c'était l'affaire Seznec, mais il en aurait été de même avec le "petit Grégory"). Le Monde publie un article interressant pour montrer comme l'art influence la politique, depuis "Notre Dame de Paris" à l'origine de la protection des monuments historiques. "Surmédiatisation, accélération du temps, culte de l'effet d'annonce : Indigènes et son succès renvoient une image peu reluisante de notre grand cirque cathodique., écrit l'auteur de l'article, Nathaniel Herzberg.

6. Joe Trippi, reprennant Gil Scott Heron, annonçait que la révolution ne serait pas télévisée. Je crois que pour sa part, l'élection présidentielle de 2007 le sera.

Commentaires

Très bon billet. Je prolonge :

- "2. L'impact d'une vidéo publiée sur youtube peut-il être vraiment aussi grand que celui d'un document diffusé à la TV?". Oui, si le web joue le rôle de révélateur, d'initiateur, ou de contre-argumentateur de choses non dites ou non vues à la télé. c'est ce rôle de l'émergence qui peut lui être assigné, pas celui de la modificaiton de l'opinion en général. Les media sont tellement obsédés par le fait de ne pas rater ce qu ise fait sur internet qu'ils en deviennent des sur-relais de micro-phénomènes.

- 2bis : Libé est allé bien vite en effet.? Je note toutefois la persistance de cette vidéo.

- L'outil vidéo sera utile dans deux utilisations : la mobilisations de militants "anti" (Sarko, bien entendu, principalement), et la satyre. Pour le reste, c'est souvent du gadget.

- "Je crois que pour sa part, l'élection présidentielle de 2007 le sera." Donc, ce ne sera pas la révolution. Attention quand même : la télé et les media dominants tentent de se recoller à l'opinion, et d'éviter le phénomène de 2005. Il n'est pas dit qu'elles y arrivent. On pourrait assister à une autonomisation de toute une partie de la populaiton, qui se concentre sur internet comme media dominant. Bien entendu, ce ne sera pas la masse, mais ça peut faire bouger quelques lignes.

Ecrit par : versac | mercredi, 01 novembre 2006

Ecrire un commentaire