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dimanche, 26 novembre 2006
fonction publique et politique: vous n'avez pas un problème plus important? (4)
En définitive, la proposition de l'UMP que j'ai relayée ici qui obligerait les fonctionnaires candidats à un mandat politique à démissionner de la fonction publique permet de se poser beaucoup de bonnes questions, mais ne répond à aucun besoin.
voici un billet de synthèse pour emballer le poisson, sauf commentaires me conduisant à approfondir le débat.
1.1) en interdisant le cumul de la qualité d'élu et de fonctionnaire, on ramènera par définition le nombre d'élus fonctionnaires à zéro...
1.2) pourquoi une telle attention sur les énarques, qui transparait dans les débats de BFM que j'évoquais ici? sans doute parce que plusieurs ont fait une longue carrière politique et sont donc emblématiques d'un trop-plein de fonctionnaires en politique. Mais pour de tels personnages, la mesure proposée par l'UMP me parait sans effet: ils trouveront toujours à se recaser, au Parlement européen, au Sénat, ou comme conseiller spécial de je ne sais qui.
Une raison de cette fixation peut certainement être analysée sous l'angle passionnant du statut-maître, concept sociologique développé par Everett Hughes auquel le billet de François m'a initié. "Schématiquement, chez une personne, certains attributs sociaux comme le fait d’être noir ou d’être une femme seront prédominants (master status), au détriment des attributs auxiliaires (auxiliary statuses) de la personne."
1.3) A cet égard, la proposition (qui émane je crois de Guy Carcassonne) de nommer dans des grands corps de l'Etat les parlementaires rejetés par le suffrage universel me parait très déplacée. Ce serait un peu un système à l'américaine inversée: là-bas on élit les juges et les sheriffs, ici, on nommerait ceux que le peuple a rejeté...
Au delà de l'inquiétante inemployabilité de personnes qui ont exercé de sérieuses responsabilités, une solution à ce problème pourrait être une sorte d'assurance chômage élargie pour les anciens élus.
2.) Mais les débats radiophoniques que j'ai mentionné révèlent si besoin en était, que les attentes en terme de représentativité sociologique des élus ne portent pas réellement sur le clivage fonctionnaire - pas fonctionnaire.
2.1) en effet dans la catégorie "non-fonctionnaire" on trouve les professions libérales (médecins et avocats notamment), les patrons, les salariés et ...les chômeurs. Ces deux dernières catégories sont très sous-représentés, tant au niveau national que local.
2.2) de la même façon, ce pose la question de la représentation des femmes, et des Français "issus de l'immigration".
2.3) enfin, vous trouverez des observateurs pour vous dire qu'il n'y a pas assez de communistes, de trotskistes, d'écologistes, de centristes, de frontistes, de souverainistes, etc... au sein de la représentation nationale. Ici encore, cet état de fait est assez indifférent au critère de l'appartenance à la fonction publique.
3.1) Pour toutes ces catégories de la population sous-représentées (à l'exception des petits partis politiques, pour lesquels l'introduction de la proportionnelle permettrait un plus grand accès au Parlement), on ne peut pas simplement décréter qu'ils doivent avoir plus de place dans nos enceintes délibératives. La difficulté à recruter des femmes, malgré l'instauration de la parité est révélatrice de cela.
3.2) une solution rigolote mais absurde serait, pour le Parlement de s'inspirer du système de collèges, qui existe par exemple au conseil économique et social: collège des chômeurs, collège des descendants d'immigrés, collège des syndicalistes, collège des artisans, des ouvriers... Ce système en plus d'être multi-culturel devrait bien-sur être multi-matriciel, pour s'assurer que les femmes mères célibataires travaillant en tant que salarié dans la plomberie soient bien représentées.
Ce type de propos et la proposition de l'UMP nous montre, encore une fois si c'était nécessaire, que, plus profondément, nous vivons une véritable crise de la représentation, dont le corolaire est l'aspiration de plus en plus marquée à la démocratie directe.
3.3) une solution plus intéressante que de décréter la diversité est l'approche de l'outreach, dont je subodorais l'existence, mais que l'emission "le bien commun" de ce matin m'a permis de mieux appréhender. Le thème de l'émission: La question de la représentativité sociale de l’administration (mp3). Tiens, tiens...
L'idée d'outreach est la suivante: dans un système où, par exemple, les hommes blancs de 50 ans issus des catégories sociales favorisés sont sur-représentés, il ne suffit pas de dire: "les femmes, les jeunes, les noirs, les chômeurs, les handicapés sont bienvenus". Il faut aller les chercher. Il faut s'interroger sur les causes de non-implication. Et en politique, la réponse est évidente: ce n'est pas la peur de ne pas retrouver un boulot en cas de défaite. Le problème est bien en amont: pour faire de la politique, il faut avoir accès à un parti, il faut passer du temps dans les réunions, sur les marchés, etc... Beaucoup de gens n'ont pas le temps pour ce genre d'activité, qui sont aujourd'hui un des principaux modes de recrutement et d"émergence de talents politiques.... (accessoirement, c'est la même raison qui explique certaines caractéristiques sociologiques de la blogosphère..).
22:20 Publié dans droit public , politique , Politiques publiques | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ump, énarques, guy carcassonne, parlement, statut-maitre, outreach
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Commentaires
"accessoirement, c'est la même raison qui explique certaines caractéristiques sociologiques de la blogosphère..". Votre femme est en train de faire la vaisselle pendant vous écrivez votre billet et vous culpabilisez, c'est ça ? ;-)
Ecrit par : Paxatagore | lundi, 27 novembre 2006
C'est bizarre... On en arrive à remarquer que l'origine sociologique des élus est la même que celle des cadres des partis... Ce ne serait pas plutôt aux partis politiques de se poser des questions sur leur représentativité (ce qui est tout de même leur raison d'être, non ?), au lieu - manie bien française - de mettre en place une usine à gaz législative de plus ?
D'une manière plus générale, la "démocratie directe" est bien à mon sens une volonté des citoyens d'exprimer leurs opinions politiques en s'abstenant de passer par la tambouille interne des partis (voir par exemple le fonctionnement de la fédération PS de l'Hérault, ou le choix des candidats au sein de l'UMP...). VIème République ?
Ecrit par : LaurentC | lundi, 27 novembre 2006
A propos des élections, j'ai trouvé une analyse assez pertinente qui compare point par point ce que l'on sait déjà des programmes de Nicolas Sarkozy et de Ségolène Royal.
On peut y voir ce qui les rapproche et ce qui les différencie radicalement. C'est plutôt intéressant, ça se passe là :
http://ulfablabla.free.fr/
Ecrit par : John | mardi, 28 novembre 2006



