« 2007: Qui fera la proposition electorale la plus nulle? | Page d'accueil | Tous SDF? (doit-on croire pour une fois un sondage?) »

mardi, 05 décembre 2006

Un huron peut-il sauver le Parlement?

1.) je suis convaincu que l'amélioration de nos institutions viendra de la qualité (détermination, intégrité, sens de l'intérêt général) des gens que nous désignerons et pas de la qualité des institutions que nous pourrions mettre en place. (je sais, c'est pas très VIème République tout çà..)

2.) En prenant le débat de la poule et de l'oeuf comme je le fais, surgit immédiatement la question: dans le jeu politique actuel, les électeurs peuvent-ils vraiment désigner des représentants qui n'usent pas, à des degrés diverses, de coups bas, d'assauts de démagogie, etc.?

Comme disait Woody Allen, "il y a deux types de personnes dans le monde: les gentils et les méchants. Les gentils dorment mieux la nuit, mais les méchants semblent plus profiter de leurs heures éveillées. ". Je suis tenté d'ajouter: les gentils sont plus qualifiés pour nous représenter, mais les méchants ont plus de chance d'être élus...

3.) De temps en temps surgissent de nouveaux personnages dans la vie publique, qui souhaitent incarner le renouveau. Laurent Wauquiez est de ceux-là, auréolé de son statut (précaire) de plus jeune député. On peut lire son portrait, assez complaisant dans le Monde ou un peu plus nuancé chez Koz. Paxatagore l'a lu aussi ce week-end. Tout le monde attend quelqu'un de bien. Notamment lorsqu'il est porteur d'un "discours générationnel"?

medium_huron.jpg Je n'ai pas retrouvé dans ce livre le coté "cash" qu'il y avait par exemple dans "le rendez-vous des politiques" du 18 mai 2006 (transcription partielle ici). Dans cette emission, je garde le souvenir qu'il considérait que le premier ministre, dans la tourmente Clearstream aurait dû démissionner. Avant d'ajouter: « je ne suis pas assez prudent avec vous, je devrais manier plus la langue de bois ». On ne retrouve pas ce type de propos dans son livre, qui note, plus Candide que huron, que cette affaire aura le mérite d'être un scandale non-lié à la corruption! 

Il arrive en particulier de façon magistrale à mettre de coté son cursus de bête à concours (normalien, major de l'ENA) pour se donner une image de terrain parfois proche de la farce. Comme lorsque sur le marché du Puy en Velay, sa connaissance de l'arabe lui permet de négocier avec le vendeur arabophone le retrait de livres pronnant la haine de l'Occident... (je vous rappelle que le monsieur est député.).

Par bien des aspects, cette lecture m'a rappelé celle de (bons) rapports de stage de l'ENA.

Pour être juste, on trouve dans le livre de bons moments sincères (même si à me relire, la sincérité que je prône semble être proportionnée au caractère vachard contre son propre camp du propos...), comme cette description de la réaction tardive des députés à la découverte de la directive Bolkestein: un groupe de travail de députés français et allemands est constitué à la hate. Les députés allemands arrivent au palais Bourbon avec un ordre du jour structuré et un programme de travail. Les députés français sont là (sont-ils là?)les mains dans les poches: ils voulaient seulement avoiir leur effet d'annonce. "Heureusement", L. Wauquiez accompagnera quelques valeureux députés français dans un effort plus discret (mais plus efficace) de coopération franco-allemande pour vider Bolkestein de son venin. Nous n'en saurons pas plus.

Faut-il croire aux hommes providentiels? En tous cas le huron en question ne m'a pas encore convaincu qu'il pouvait l'être... Mais peut-on transformer le système sans y entrer? Et peut-on y entrer sans s'y conformer?

 

18:09 Publié dans droit public , politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : wauquiez, huron, woody allen, ena, enarque, normalien, parlement

Trackbacks

Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://lesilencedeslois.blogspirit.com/trackback/1096798

Commentaires

Et non, on ne croit plus aux hommes providentiels, et l'on trouve plein de bonne raisons de s'en méfier. Mais, s'il reste un peu d'espoir, on peut le placer dans un type comme lui, quitte à ce que la chute soit plus rude. Et, comme je l'avais dit chez moi, je préfère un type comme lui, qui affirme vouloir revivifier, moderniser et dynamiser le Parlement, plutôt que d'autres qui prendraient volontiers acte de son état actuel pour créer de nouvelles instances (prétendument) représentatives.

Ecrit par : koz | mardi, 05 décembre 2006

A noter que ce monsieur est tout de même parvenu à influer au moins sur une chose : il est le 'monsieur Sac En Plastique' de l'Assemblée. Je m'étais souvent demandé quel était le lobby qui est arrivé à faire que malgré de nombreux exemples tels que l'Irlande (ou même la Corse), on distribue toujours gratuitement des tombereaux de sacs en plastiques aux supermarchée. C'est grâce à lui (et aux '5000 emplois' - dans sa circronscription bien entendu- qui dépendraient d'après lui - moi j'y regarderais de plus près si j'avais la fibre écolo- de cette générosité des supermarchés).. C'est dans son livre, ne me demandez pas la page, j'ai trouvé ça en ouvrant son livre au hasard dans une librairie.

Ecrit par : Gerard | mercredi, 06 décembre 2006

Totalement ok avec toi : le renouveau démocratique passera par la qualité et l'intégrité des hommes qui le porteront avant de reposer sur des règles institutionnelles.

Tout le malheur de Bayrou est là, d'ailleurs.

C'est le sens du commentaire que je viens de déposer chez Fillon, à propos de la "bataille de la crédibilité" (http://www.blog-fillon.com/article-4872043-6.html). Car tout est là. Si certaines règles peuvent renforcer celle-ci, c'est avant tout une question de "réputation".

La question est d'ailleurs traitée (étonnant lien d'actualité) par les économistes à propos de l'indépendance des banques centrales. 2 élements principaux asseoient la crédibilité d'une banque centrale (par rapport aux marchés : ceux-ci croiront-ils ses annonces concernant sa politique monétaire future?) :

- les règles forçant la vertue (the rule of virtue, the virtue of rules) : l'indépendance statutaire est un indice fort de la poursuite d'une politique monétaire annoncée, quel que soit le contexte politique.

- mais aussi, et surtout, le "capital réputationnel" : les engagements ont-ils été tenus par le passé?

Par ce petit détour monétaire, je veux dire que le renouveau démocratique prendra du temps : seront crédibles ceux qui auront fait ce qu'ils ont annoncé, annoncé ce qu'ils pouvaient faire...

C'est bien normal que les politiques soient discrédités : extrèmement rares sont ceux qui ont avoué qu'ils ne pouvaient agir sur certains points et n'ont pas promis monts et merveilles.

C'est pour cela, d'ailleurs, que Christian Blanc est crédible : il propose d'agir sur les leviers que nous avons à notre disposition. Pas plus. Mais pas moins ; et c'est déjà beaucoup.

Ecrit par : carolus | mardi, 12 décembre 2006

Ecrire un commentaire