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samedi, 02 décembre 2006

2007: Qui fera la proposition electorale la plus nulle?

Cette nouvelle rubrique est à mon avis promise à un grand avenir. L'idée est de couronner la proposition qui saura combiner avec la plus grande intensité les trois critères suivants:

- coût pour les finances publiques  et inefficacité économique 

- caractère démagogique 

- manque d'originalité

 

 Nicolas Sarkozy commence avec du très lourd: 

 Nicolas Sarkozy a promis vendredi à Marseille la réduction de la TVA à 5,5% dans le secteur de la restauration s'il était élu président de la République en 2007, tout comme Jacques Chirac l'avait fait en 2002.

 

Cette proposition remplit haut la main le critère du manque d'originalité, puisqu'elle occupe mollement le débat public depuis 5 ans.

Elle est éminemment démagogique, puiqu'elle permet de taper allègrement sur l'Europe (c'est de sa faute si la France ne peut baisser la TVA à 5,5%; c'est aussi de sa faute si la France est le SEUL pays sur 25 à souhaiter une telle mesure). Un bel exemple d'externalisation de la contrainte.  Elle permet aussi de satisfaire, au mépris de l'intérêt général, une catégorie électorale plus influente et tonitruante que d'autres.

Enfin son coût pour les finances publiques, en comparaison avec son impact économique est tout simplement hallucinant. 

La cellule de chiffrage de Débat2007 (dont il faut saluer au passage la rigueur et la réactivité) estime le coût de cette mesure à 2,5 mds d'euros.  L'impact économique de cette mesure dépend des hypothèses retenues: a priori la baisse de TVA va dans la poche du restaurateur. Quelle part sera affectée à la revalorisation des salaires des employés et donc à l'attractivité de cette profession qui a du mal à recruter? quelle part à la diminution de l'addition pour le client? Quel est l'effet de cette baisse sur l'afflux de clients dans les restaurants? (personnellement, ce qui me ferait aller plus dans les restaurants n'est pas une baisse de 10% de l'addition, mais un pool de baby-sitters de confiance plus important à un prix raisonnable).

En mixant de façon favorable tous ces paramètres on arrive à 50 000 créations d'emploi, ce qui n'est pas négligeable: cela correspond à la louche à une baisse du chômage de 0,2 point (par exemple, on passe d'un taux de 9,8% à 9,6%).

Mais l'optique est très différente si l'on regarde le coût de la mesure par emploi créé: 2,5 mds/50 000 =  50 000 euros par an et  par emploi créé. Ce coût de base doit être pondéré: les personnes concernées ne touchent pas le chômage, consomment plus, etc... mais s'il s'agit de bas salaires, il faut ajouter le coût pour le budget de l'Etat des exo de charges...

Avis aux amateurs pour affiner l'estimation. Mais si je compare le salaire annuel (environ 12 000 euros) de l'employé concerné et le coût de base pour la collectivité (50 000 euros) je me dis qu'il y a mieux à faire avec 2,5 mds d'euros.

 

La proposition de baisse de la TVA du président de l'UMP gagne donc au la main le premier round de la proposition électorale la plus nulle.

Mais le concours est ouvert et j'examinerai avec bienveillance toutes les propositions nulles !  

12:20 Publié dans Europe , Politiques publiques | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (1) | Envoyer cette note | Tags : TVA sur la restauration, proposition la plus nulle

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C'est du lourd!

Belle trouvaille sur le blog Le silence des lois2007: Qui fera la proposition électorale la plus nulle?Cette nouvelle rubrique est à mon avis promise à un grand avenir. L'idée est de couronner la proposition qui saura combiner avec la plus grande inte...

Trackback par : Arcadi, un EPCC | vendredi, 08 décembre 2006

Commentaires

C'est une excellente démonstration, félicitations!

J'ai beau être à l'UMP, ce genre de promesse me donne de l'urticaire...

Ecrit par : Pierre Catalan | samedi, 02 décembre 2006

Tout à fait d'accord avec vous !
D'autant que le Gouvernement Raffarin, a mis en oeuvre en août 2004 des mesures d'aides exceptionnelles afin de répondre au souhait de la profession d'alléger ses charges pour créer des emplois, compte tenu de l'opposition des autres Etats membres à la minoration de son taux de TVA dans le secteur hôtelier-restauration. Il s'agit en l'occurence d'une aide financière au prorata du nombre de salariés équivalent temps plein dans les entreprises.
Depuis l'octroi des ces aides publiques, l'information diffusée par le Gouvernement et la profession sur ses conséquences sur l'emploi sectoriel a été pour le moins limitée et assez peu convaincante.
L'ancien ministre du budget Michel Charasse lors d'une séance de question au gouvernement particulièrement agitée avait indiqué que ces mesures pouvaient n'avoir eu d'effet que "simplement [permettre] d'améliorer le niveau de vie des restaurateurs".
Pourquoi persévérer dans une mesure dont les effets sont tout aussi peu assurés et qui plus est , mis à part ce que vous soulignez, n'est pas sans poser des problèmes de distorsion de la concurrence dans les services locaux dans le marché intérieur ?

Ecrit par : George | samedi, 02 décembre 2006

Vous trouverez un billet dans le même sens chez Telos. Leur estimation optimiste de création d'emploi est plus sévère que celle que j'ai retenue: 33 000. Et l'on reste dans des estimations optimistes...
http://www.telos-eu.com/2005/12/dire_non_aux_restaurateurs_pou.php

Ecrit par : Silas Day-Lewa | dimanche, 03 décembre 2006

Il reste le problème de l'inégalité de traitement avec la restauration rapide.

La solution, à mon sens, viendrait d'une majoration de la TVA de la restauration rapide, passant de 5.5% à 19.6%.

Si une étude pouvait chiffrer ce que cela rapporterait à l'Etat, ca serait intéressant.

Ecrit par : Campari | jeudi, 07 décembre 2006

Bien vu! Dans un registre comparatiste, cette propostion pourrait se mesurer à l'ambition affichée par le nouveau gouvernement suédois, de droite, de faire baisser l'impôt sur le patrimoine immobilier en vue de... créer des emplois! Je ne suis pas économiste, mais je peine à voir le lien de causalité éventuel...

Ecrit par : Ibn Kafka | vendredi, 08 décembre 2006

une reflexion pour pimenter cette histoire de TVA

j'ai vingt ans d'expérience en restauration et vû le cout salarial et celui des denrées périssables de qualité, je constate que pour gagner de l'argent il faut en restauration comme en politique pratiquer le moins disant, le nivellement par le bas et ne pas hésiter à tricher pour gagner

ouvrir une pizzeria : succes assuré par rapport à de la cuisine italienne plus rafinée mais surtout faire de la vente à emporter ce qui permet d'empocher le différentiel de TVA sans risques ( on déclare la majorité des ventes en TVA réduite en facturant à 19.6 = 14.1% net d'impôts )

Ecrit par : Pierre TERRAS | samedi, 05 mai 2007

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