dimanche, 07 janvier 2007
Y-t-il un pilote dans la barque vide? (la bravitude et le concept)
La gardienne de Roselyne Bachelot - Madame Ruiz, je crois - aime parler politique avec l’ancienne ministre. "Vous avez vu la Royal, qui n’a pas serré la main de la Panafieu en Israël?", a-t-elle dit à sa locataire. "Ce n’est pas très élégant, non?", a interrogé Roselyne Bachelot. "Vous êtes tous les mêmes, vous les politiques, a répliqué la gardienne. Vous vous engueulez en public et vous vous tapez dans le dos quand vous êtes entre vous. Au moins, Madame Royal, quand elle déteste quelqu’un, elle le montre."
L’anecdote est éloquente : par ses comportements comme par ses propos, elle choque la partie "experte" de l’opinion (analystes, politiques, bobos, intellos, élites) mais plaît à la partie "instinctive" (ceux qu’elle appelle "les gens"). Les "sensibles" approuvent Ségolène, les "intelligibles" critiquent Royal. Dans la tête de chaque électeur, de chacun d'entre nous, il y a aussi cette frontière et ce partage entre le cœur et le cerveau.
Il y a quelques deux mille trois cents ans, Zhuang Zi, ayant à conseiller un souverain, lui fit observer que, lorsqu'une petite barque dérive sur le chemin d'un lourd bateau, l'équipage de celui-ci lancera immédiatement forces insultes à l'adresse de l'intrus; mais,s'il s'avère ensuite que la barque est vide, la colère des matelots tombera aussitôt, et, simplement, ils s'emploieront silencieusement à manoeuvrer pour éviter l'abordage. Et Zhuang Zi concluait que, pour un souverain qui doit naviguer sur les eaux turbulentes de la politique, l'essentiel serait d'apprendre tout d'abord à devenir une barque vide.
3.) Dans notre affaire de bravitude, comme dans celle des voeux internet ou d'ailleurs du nucléaire iranien, les deux niveaux de lecture se complètent:
- les "vrais gens" s'en foutent, et à la limite les cris d'orfraies bien-pensant et intellectualisant ne font que renforcer le sentiment que Ségo est plus sympa que les autres politiciens
- il n'y a pas de mal à laisser grogner les commentateurs comme les bateleurs du gros navire: à la fin ils se tairont.
Ségo: l'éloge du creux sincère ou la stratégie du vide ?
10:25 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : Ségolène, chine, simon leys, zhou enlai, barque vide, blog politique, bravitude




Commentaires
Excellente démonstration.
Je crois que vous avez raison. Les "vrais gens", les gens "d'en bas" s'en foutent. Cette légèreté feinte la rend plus proche et différente des grands technocrates.
Sauf que les "vrais gens" ne sont pas tous complètement débiles et peuvent se sentir aussi "agressés" par une personnalité qui prétend faire peuple, proche des gens, etc, alors qu'elle était à l'Elysée dès 81, qu'elle est énarque, etc. Une telle attitude peut tout simplement favoriser les votes extrêmes "tous pourris, nous prennent pour des cons".
Ecrit par : JUles | dimanche, 07 janvier 2007
La personnalisation de la politique, que consacrent les parcours de Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, (mais aussi José Bové et Nicolas Hulot) a une conséquence : on peut éprouver de la sympathie pour les personnes, être tenté de voter pour quelqu'un de "sympa".
à force de dire aux français qu'ils sont des égoïstes vis à vis de l'europe et du tiers-monde, des "insiders", des ignares en économie, voire en tout, des fraudeurs aux assedics, et surtout, à force de se l'entendre dire de la part d'une certaine catégorie d'urbains instruits aux mains blanches, il me semble logique que l'électeur éprouve plus de sympathie pour des gens qui ressemblent à l'image qu'ils semblent renvoyer auprès des intellos aux mains blanches que pour les idoles de ces derniers.
Qui plus est, après deux mandats chiraquiens, il est probablement évident aux yeux de l'ensemble de l'électorat qu'il n'est pas manifestement pas si nécessaire que cela d'être un grand technocrate pour être président. En effet, la France a plutôt bien survécu à dix ans de présidence chiraquienne.
Je suis peut-être un peu limité comme garçon, mais il est certain que je ne voterai *jamais* pour quelqu'un qui fait comme diagnostic que la France va mal parce que je suis un gros con.
Ecrit par : Passant | dimanche, 07 janvier 2007
En qualité revendiquée de béotien de la chose politique, je vais finir par croire que cette stratégie du vide - commune aux deux principaux candidats - est la bonne puisque l'une des infos de cette semaine était consacrée aux (ré)inscriptions massives sur les listes électorales, supposant une mobilisation des votants.
Sauf à ce que les pressentiments de Jules soient exacts…
Ecrit par : Calamo | dimanche, 07 janvier 2007
Pour apporter de l'eau au moulin, je vous invite à regarder la vidéo suivante où elle aborde les "droits humains":
www.youtube.com/watch?v=kUCBWW0dqzc
Je retranscrits: "Dans un monde multipolaire où il n'y a pas une hyper-puissance qui décide pour tout le monde, mais au contraire les différentes identités des différents continents sont préservées, dès lors qu'ils (sic) convergent tous vers l'intérêt commun de la défense des droits humains et de la défense aussi de la qualité au quotidien de la vie des habitants..."
La diplomatie est tout un métier, cela devient vite un charabia de périphrases pour qui ne maîtrise pas.
Ecrit par : gabriel | dimanche, 14 janvier 2007
?
Ecrit par : cer-oullins@wanadoo.fr | jeudi, 25 janvier 2007
!
Ecrit par : Silas Day-Lewa | jeudi, 25 janvier 2007
Ecrire un commentaire