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dimanche, 04 février 2007

Maison-Alfort: Sarko lit-il mon blog?

Petit peignage vagabond et subjectif  du discours de Nicolas Sarkozy à Maison-Alfort le 2 février 2007.

 

- Commençons par un résumé à la hache du discours: il faut en finir avec la conception soixante-huitardo-rousseauiste de l'école, qui au nom de l'égalité,  entraine un nivellement vers le bas, qui fait prévaloir la spontanéité sur la transmission des valeurs. Les auditeurs attentifs de l'émission d'Alain Finkelkraut du samedi matin sur France Culture connaissent ce topos.

- Pourquoi un tel discours? Il faut vraiment être journaliste pour laisser entendre que tous les profs sont de gauche ET qu'ils sont susceptibles d'être charmés par le discours sarkozyste (cf infra mon point 4) . En réalité, il me semble que le but de  la manoeuvre est double:

a) s'assurer que les profs de droite ne se laissent pas séduire par l'ordre juste que S. Royal entend le cas échéant instaurer à l'école (quel qu'en soit le contenu, ce n'est pas le sujet de ce billet) ou d'ailleurs par le charme centriste et la poule au pot bayrouiste.

b) surtout séduire les parents: vos enfants, on va leur apprendre des trucs, les profs baba-cool c'est fini.  Voir aussi infra mon point 1°).

 

- Voici 4 extraits de ce discours qui me font plus particulièrement réagir, parce qu'ils font écho à des choses que j'ai déjà écrites: 

 

1°) ce premier extrait m'a donné l'idée du billet:

 Je souhaite qu'une allocation familiale soit versée dès le premier enfant parce que le premier enfant représente une charge très lourde pour les jeunes couples qui sont au début de leur carrière professionnelle, qui souvent enchaînent les petits boulots et sont confrontés à la précarité.

 

Mes lecteurs attentifs se souviendront que c'est une proposition  que j'ai formulé la semaine dernière.

 

2°)  le deuxième extrait pourrait simplement relever de la langue de papier: l'affirmation de valeurs que tout le monde partage (je suis contre le génocide au Darfour, contre les violences conjugales...)

La démocratisation de la culture c’est se donner les moyens de faire comprendre et aimer Sophocle, Shakespeare ou Racine au plus grand nombre. Ce n’est pas les supprimer des programmes pour qu’un plus grand nombre d’élèves puisse suivre plus facilement.

 

 Mais en réalité je crois que N. Sarkozy a changé: on est en effet assez loin du discours de Lyon (23 février 2006) que j'évoquais dans un billet précédent

L’autre jour, je m’amusais, on s’amuse comme on peut, à regarder le programme du concours d’attaché d’administration. Un sadique ou un imbécile, choisissez, avait mis dans le programme d’interroger les concurrents sur la Princesse de Clèves. Je ne sais pas si cela vous est souvent arrivé de demander à la guichetière ce qu’elle pensait de la Princesse de Clèves… Imaginez un peu le spectacle.

 

 3°) Nico séduira-t-il les professeurs d'économie avec ses propositions de revalorisation de traitement des enseignants? Optimum ne le pense pas, notamment à cause de cette déclaration: 

On peut toujours essayer de se rassurer avec quelques statistiques montrant que le niveau monte. Elles valent à peu près la même chose que les statistiques de prix qui prétendent démontrer que l’euro n’a pas fait monter les prix.

 

Toujours est-il que ce coup de menton correspond à la stratégie que je préconise à longueur de billets.

 

 4°) La dernière citation est à double tranchant venant d'un homme politique qui a eu de nombreuses responsabilités ministérielles et a donc nécessairement signé une foultitude de circulaires:

Certains d’entre vous connaissent sans doute la magnifique lettre de Jules Ferry aux instituteurs sur l’enseignement de la morale, écrite en un temps où les circulaires bureaucratiques qui étouffent notre vie administrative n’existaient pas encore

 

Quand on n'est pas capable de maitriser le nombre de textes normatifs produits chaque année, les circulaires sont bien utiles pour fixer des priorités, dès lors que la création de nouvelles missions n'a jamais vocation à s'accompagner de la suppression de missions désuètes ou de la création de postes supplémentaires.  

En outre, cette référence aux circulaires est à ma connaissance la seule (et elle est subliminale) à un point qui a beaucoup intéressé nombre d'enseignants en 2006.

En effet la circulaire que l'on retiendra de la législature qui s'achève, c'est quand même la circulaire du 13 juin 2006 relative aux "mesures à prendre à l'endroit des ressortissants étrangers dont le séjour en France est irrégulier et dont au moins un enfant est scolarisé en France depuis septembre 2005", plus connue sous le nom d'expulsion des enfants scolarisés sans papiers

On sait que la mobilisation sur ce sujet est d'abord venue des enseignants et des parents d'élèves. Mais Sarkozy a changé, et afin de ne pas confondre ses casquettes de ministre de l'intérieur et de candidat à la présidentielle, son discours sur l'école ne se réfère pas à ce problème.

Mes lecteurs attentifs savent que j'ai conscience de la complexité du problème des enfants sans papiers. N. Sarkozy en reparlera-t-il pendant cette campagne? 

 

5°) enfin, je souhaite du courage au président putatif pour tenir cette proposition:

Si je suis élu je m’engage à ce que l’on débatte de nouveau des programmes scolaires et du projet éducatif devant le Parlement et devant le pays.

 

 "de nouveau" est l'expression appropriée: la loi d'orientation et de programme pour l'avenir de l'école de 2005 a été partiellement invalidée par le Conseil constitutionnel pour son défaut de portée normative:

16. Considérant qu'aux termes du II de l'article 7 de la loi déférée : " L'objectif de l'école est la réussite de tous les élèves. - Compte tenu de la diversité des élèves, l'école doit reconnaître et promouvoir toutes les formes d'intelligence pour leur permettre de valoriser leurs talents. - La formation scolaire, sous l'autorité des enseignants et avec l'appui des parents, permet à chaque élève de réaliser le travail et les efforts nécessaires à la mise en valeur et au développement de ses aptitudes, aussi bien intellectuelles que manuelles, artistiques et sportives. Elle contribue à la préparation de son parcours personnel et professionnel " ;

17. Considérant que ces dispositions sont manifestement dépourvues de toute portée normative ; que, dès lors, le II de l'article 7 de la loi déférée est contraire à la Constitution ;

 

Et dans l'hypothèse où l'équipe de N. Sarkozy lit mon blog, je lui rappelle le mode d'emploi préconisé par le Conseil constitutionnel pour permettre ce type de discussion au parlement:

13. Considérant, néanmoins, que, s'il était loisible au Gouvernement d'associer le Parlement à la politique qu'il entend mettre en oeuvre dans le domaine de l'éducation par une loi de programme plutôt qu'en faisant usage des prérogatives qui lui sont reconnues par les premier et dernier alinéas de l'article 49 de la Constitution [il s'agit de la déclaration de politique générale], il devait, dès lors, respecter la procédure prévue à cet effet ;

14. Considérant, en l'espèce, que, dès le dépôt du projet dont est issue la loi déférée sur le bureau de la première assemblée saisie, le rapport annexé à celle-ci se rattachait à la catégorie des lois de programme ; qu'en effet, bien qu'ayant fait l'objet de nombreux amendements parlementaires au cours de son examen, il a toujours eu pour objet de faire approuver par le Parlement des dispositions dénuées d'effet juridique, mais fixant des objectifs qualitatifs et quantitatifs à l'action de l'Etat en matière éducative ; que, dès lors, en vertu de l'article 70 de la Constitution, il aurait dû être soumis pour avis au Conseil économique et social ; que l'omission de cette formalité substantielle a entaché la régularité de la procédure mise en oeuvre pour son approbation ;

 

 

10:30 Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, discours de maison-alfort, circulaire, école

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Commentaires

"" 2°) le deuxième extrait pourrait simplement relever de la langue de papier: l'affirmation de valeurs que tout le monde partage (je suis contre le génocide au Darfour, contre les violences conjugales...)

La démocratisation de la culture c’est se donner les moyens de faire comprendre et aimer Sophocle, Shakespeare ou Racine au plus grand nombre. Ce n’est pas les supprimer des programmes pour qu’un plus grand nombre d’élèves puisse suivre plus facilement. ""

""Des valeurs que tout le monde partage "" ? Vous connaissez mal les gauchistes de l'Education Nationale. François Bégaudeau, par exemple, professeur de français dans un collège de ZEP et auteur d'un roman-témoignage remarqué l'année dernière ("Entre les murs", ne partage pas du tout ces valeurs. Pour lui, enseigner la langue française classique (celle que nous utilisons ici, pas celle du XVIIème siècle) aux enfants de banlieue est un abus de pouvoir.

Etant donné que les méthodes dites modernes ne permettent pas d'enseigner des savoirs solides à des élèves non-issus de la bourgeoisie, pour faire simple, les gauchistes en sont arrivé à disqualifier les savoirs eux-même.

Ecrit par : tibo | dimanche, 04 février 2007

tibo: j'ai bien écrit "pourrait relever de l'affirmation de valeurs que tout le monde partage".
J'ai bien conscience qu'il existe dans la société et chez certains enseignants une conception "anti-classiques" de l'éducation. Le propos de NS sur la princesse de Clèves n'est-il pas saisissant de ce point de vue?

Ecrit par : Silas Day-Lewa | dimanche, 04 février 2007

Votre analyse du discours de Maison-Alfort est assez juste, en particulier sur l'objectif électorale de celui-ci. Ce sont ses conseillers, ex-ministres de l'Education qui vont apprécier son discours de rupture...

Ecrit par : Vincent Jarousseau | dimanche, 04 février 2007

Robien a adoré :)

Ecrit par : tobo | dimanche, 04 février 2007

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