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jeudi, 08 février 2007

Avez-vous lu Chérèque?

Un jour, peut-être, on lira une étude épaisse et documentée sur la façon dont Ségolène Royal est devenue pour les médias une sérial-gaffeuse un peu écervelée. Ce n'est certes pas une grande oratrice et elle a sans doute de nombreux défauts, mais il parait difficile de penser qu'elle est totalement décérébrée, sauf à valider l'hypothèse qu'étant énarque elle est forcément stupide. Ce genre d'assertion n'a pas sa place sur ce blog.

Il faudra bien-sur tenir compte de son attitude, de son absence d'art de l'esquive face aux questions difficiles, de sa propension à générer des "negative soundbites " que ses adversaires pourront répéter à volonté.

Et toute cette inexpérience, conjuguée à sa captation à la hussarde mais sans stratégie de l'appareil socialiste ( qui ne fournit pas ses troupes pour assurer la riposte), nourrit l'attitude des médias.

« Agir en primitif et prévoir en stratège » disait Char. 

Mais avez-vous lu Chérèque? Deux dépêches reprennent ses propos au micro d'Europe 1 à propos de l'émission qui plaçait le candidat de l'UMP à l'élection présidentielle "face aux questions de 100 Français".

"Il nous dit les classes moyennes ne peuvent plus s'acheter de maisons: je veux bien qu'il y ait un problème de logement et des classes moyennes qui vont de plus en plus loin dans les banlieues pour habiter, mais quand même ils achètent des maisons !",

Citant l'exemple de Nicolas Sarkozy sur les retraités "de plus en plus pauvres", François Chérèque a affirmé que "c'est faux: c'est la catégorie sociale dont le pouvoir d'achat s'est le plus amélioré depuis 20 ans". L'absence de politique familiale au premier enfant, "c'est faux, on est le seul pays en Europe avec un quotient familial qui réduit les impôts pour tous les Français dès le premier enfant".

 

Les deux premiers points me paraissent plutôt intéressants. Sur la politique familiale, l'argument est plus faible: le quotient familial pour un enfant a un effet minime au regard des couts engendrés par un enfant, y compris dans des foyers fortement imposés, et a fortiori chez les autres. 

"Il nous a dit 'le SMIC, c'est la moitié de Français': c'est pas vrai ! Il y a 17% des Français au SMIC",

 

 Sur ce point, on est plus proche de la bourde au sens où les médias exigeants l'entendent pour S. Royal. La citation de Sarkozy est "C’est le salaire de la moitié, ce n’est pas rien, c’est le salaire de la moitié.".

Alors évidement, j'entends Valérie Pecresse qui nous explique ce jeudi soir sur France Culture qu'il a voulu dire que la moitié des Français, avec le temps partiel et tout, avait un salaire mensuel inférieur au salaire d'un SMICard à temps plein. Elle aurait pu aussi dire que la moitié des Français gagnent moins que le salaire médian!

Et au fond, je suis tout disposé à laisser le bénéfice du doute à Sarkozy sur cette erreur grossière, comme sur la bourde qui consiste à confondre Mitterand et VGE à propos du "monopole du coeur".  

 

Mais face à des propos de même nature chez Royal, nulle bienveillance, seulement la cruchifixion. 

 

Pourquoi cette différence? J'ai du mal à y voir simplement "les puissances de l'argent" et les connivences entre Sarkozy et la presse. Savoir-faire et préparation au long cours de Sarko? Inexpérience, décidément de Ségo?  

 

23:30 Publié dans miroir des médias , politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Ségolène, Ségolène Royal, Sarkozy, bourde SMic, chérèque

Commentaires

plusieurs pistes :
a) Les bourdes de sarko ne sont pas du même niveau. pas assez identifiables par les médias, et justifiables par approximation
b) Sarkozy a l'ascendant psychologique, sa maîtrise des dossiers est une composante acquise, et est excellent orateur. Ségo est piètre oratrice, et tandis que Sarko arrive à noyer des approxbourdes dans un paragraphe, elle fait des réponses lapidaires et hésitantes. Elle tend la perche pour qu'on analyse ses mots.
c) La dynamique de Sarko est une dynamique de winner (pour l'instant), celle de Ségo d'une loser (pour l'instant). Donc inconsciement on cherche tous a vérifier le trou d'air, l'incompétence.
d) la campagne de sarko est pro, la moindre erreur est brillament rattrapée par son équipe. Le camp de ségo est désunis, les rôles non distribué, et dès que Lang ouvre la bouche, c'est pour dire des aneries pires (la bravitude, excellent. Sans lui ça restait un barbarisme, lui en fait un concept. Là aussi il tend la perche)
e) le ps adopte depuis le début une attitude d'attaque de l'adversaire, et à chaque fois les portes paroles en remettent une couche (la droite nous cherche des noise sur des détails) alors qu'en fasse, ils précisent simplement le propos sans crier au loup. Cf "Pierre et le Loup", personne n'écoute les rattrapages post-bourde.


Pas la peine d'inventer les complots médiatiques (et Ségo s'enfonce d'ailleurs dangereusement). Elle a mal négocié sa campagne, la presse fait caisse de raésonnance, mais c'est bien de sa faute à elle.

Tout se joue sur une dynamique, un basculement.
Elle foire sa campagne, elle ne peut s'en prendre qu'à elle

Ecrit par : toto | vendredi, 09 février 2007

Il est certain qu'avec des amis comme Jack Lang, on a pas besoin d'ennemis...

Ce que met en lumière votre commentaire, c'est que l'on ne peut pas être candidat sérieux à la présidentielle en s'y prenant seulement 1 an et demi avant (ce que j'appelle "la captation à la hussarde mais sans stratégie de l'appareil socialiste"): il faut conquérir le parti dont on se prévaut plusieurs années avant, comme l'a fait Sarko.

Ce type de barrière à l'entrée serait assez déprimant...

Ecrit par : Silas Day-Lewa | vendredi, 09 février 2007

Ségolène, mis à part les bourdes, n'offrait pas grand chose à se mettre sous la dent pour la presse. Sarkozy, au contraire, les nourrit jusqu'à la saturation. quand les médias ont suffisament à dire et à montrer, ils ne creusent pas des approximations et des erreurs qui autrement feraient leur bonheur.

On ne peut faire passer qu'un nombre limité de messages de ce niveau. Une fois qu'on a choisi le missile, il faut marteler et concentrer le tir. La droite a choisi de mettre en scène les ségobourdes, alors que la gauche préfère marteler Sarkozy = Bush.

Ecrit par : authueil | vendredi, 09 février 2007

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