« Indépendance des juges: tous les juges? | Page d'accueil | Faut-il une bonne raison pour voter pour un candidat? (si oui, laquelle?) »
mardi, 06 mars 2007
Me battre pour que Le Pen (et Besancenot) puissent exprimer leurs idées dans la présidentielle? et quoi encore?
Nicolas Sarkozy, le nouveau Voltaire: “Moi, je combat les idées de M. Le Pen. Mais je me battrai pour que M. Besancenot comme M. Le Pen puissent les défendre. La démocratie ne doit pas être confisquée par un petit nombre de gens.”
Notons au passage le mépris pour les élus, pour la médiation dans la démocratie, un propos que d'aucun qualifieraient "d'outrancièrement populiste".
Après m'être beaucoup interrogé sur cette question des parrainages, la sortie de NS m'a clarifié les idées: le système des parrainages est là pour éviter les candidatures fantaisistes à la présidentielle. Point barre et tant mieux. (écoutez Schivardi du parti des travailleurs sur BFM)
Si le système doit être réformé, ce n'est pas par ce bout là. Peut-être faut-il plus de proportionnelle au parlement, peut-être faut-il supprimer l'élection présidentielle.
On peut certes déplorer que les gros partis jouent, au gré de leur stratégies politiques, à favoriser des petits candidats pour dégommer le candidat de l'autre gros parti, ou à tarir leurs parrainages de crainte de vivre un nouveau 21 avril. Mais c'est d'abord parce que ces petits candidats n'ont pas d'élus. Et qui Sarkozy est-il pour décréter que Besancenot et Le Pen sont les seuls candidats sans assise locale qui méritent de se présenter à la présidentielle?
Tout à fait d'accord avec Tansaalft sur les parrainages:
"L’élection présidentielle aujourd’hui a trop tendance à ressembler à la Star Academy avec des personnalités politiques que l’on trouve sympathiques et dont l’image plait et pour qui l’on exprime des intentions de votes, mais le fondement d’un régime politique ce sont les corps intermédiaires constitués par les partis politiques dont la fonction est essentielle dans la démocratie. Le modèle politique français est déjà de façon assez caricaturale la rencontre entre un « homme et un pays » (une dérive gaulliste) pour chercher à en accentuer les défauts en se permettant d’avoir des candidats « personnalités ». Il est indispensable d’avoir une base politique, c’est-à-dire des élus, pour incarner une politique. Et dans la balance, les 17% de vote sur le nom de Jean-Marie Le Pen ne doivent pas masquer que le Front National est un parti avec très peu d’élus, pas parce qu’il serait l’objet d’un complot de « l’establishment » mais plus simplement parce que ses élus ont été assez minables au plan local ou régional ou victimes des guerres intestines du Front National. Il y a certainement un coup de bluff dans le discours de Le Pen aujourd’hui qui prétend ne pas avoir ses signatures, mais si c’était vraiment le cas ce ne serait ni étonnant, ni injuste. Il y a plus de 47 000 élus en France et il n’y en aurait pas 500 prêts à parrainer Jean-Marie Le Pen. C’est la logique démocratique même qui l’exclurait de la course. Le Front National n’a pas beaucoup d’élus et il y a de bonnes raisons pour cela.
Certains avancent qu’il faut représenter « tous les courants de pensée » lors d’une élection et que des candidats comme Le Pen ou Besancenot ont ainsi leur place. C’est à nouveau faire injure à la démocratie. Les grandes démocraties de la planète ont soit un bipartisme qui leur épargne les partis extrémistes (le cas du Royaume-Uni ou des Etats-Unis), soit des extrêmes faibles. C’est une spécificité française d’avoir un tiers de l’électorat votant pour des partis aux inspirations anti-démocratiques, anti-républicaines et/ou anti-libérales (souvent les trois à la fois). Cela est la conséquence d’une décrépitude de la démocratie qui ne peut qu’être encouragée par la respectabilité que l’on donne à des gens qui n’ont tout simplement pas leur place dans un régime politique moderne. Les idées d’un Olivier Besancenot ou d’une Arlette Laguillier sont non seulement l’antithèse des valeurs qui sont celles de la France et qui fondent son régime politique depuis trois siècles et même au-delà. Mais ce sont aussi des insultes aux victimes des régimes totalitaires socialistes. Il en va de même à l’extrême-droite avec le Front national et son leader qui est toujours prompt à minimiser les crimes nazis et à exprimer sa sympathie pour le régime de Vichy, ou bien de façon plus contemporaine sa sympathie à l’égard de Saddam Hussein et quelques autres dictateurs"
Paxatagore disait cela en des termes choisis il y a quelques mois, auxquels je souscris :
"C'est beaucoup plus difficile pour les candidats des extrêmes, dont c'est la politique de conchier les compromis et qui, par conséquent, n'ont pas ou peu d'élus locaux. On sait mon opinion à ce sujet : c'est le prix à payer de leur stratégie contraire à la règle de la démocratie : le compromis. Tant pis pour eux, qu'ils périssent dans la fange des oubliés des médias. Mais tout le monde ne pense pas ainsi, puisque certains estiment que Jean-Marie Le Pen ou Arlette Laguillier ont le droit de s'exprimer. Moi aussi, mais peut-être au cirque d'hiver ou depuis une camisole de force, pas forcément sur TF1 ou France 2 (ok, sur une chaine confidentielle comme LCP, ça passe). En gros, le débat présidentiel est un débat sérieux, autant le laisser aux gens qui ont sérieusement envie d'être président et pas à ceux qui sont là pour faire avancer leurs idées. Si Le Pen veut faire passer ses "idées", qu'il ouvre un blog."
22:49 Publié dans droit public , politique , Politiques publiques | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : parrainages, conseil constitutionnel
Trackbacks
Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://lesilencedeslois.blogspirit.com/trackback/1212044
Commentaires
"Certains avancent qu’il faut représenter « tous les courants de pensée » lors d’une élection". Ce qui, poussé à son paroxysme, a encouragé quelques uns de nos charmants voisins néerlandais à créer en mai dernier un parti pédophile, le NVD, afin de représenter le "courant de pensée" selon lequel un mineur de 12 ans peut tout à fait consentir à des relations sexuelles avec un adulte... Faut-il réellement représenter tous les courants de pensée ?
http://www.lefigaro.fr/international/20060717.WWW000000622_horreur_politique_un_parti_pedophile.html
Ecrit par : Mademoiselle Coco | mercredi, 07 mars 2007
Depuis quand une candidature à l'élection présidentielle est-elle le seul moyen d'exprimer ses idées ? J'irai un peu plus loin que vous, considérant que si une réforme du système des parrainages s'impose, c'est plutôt dans le sens de la fermeté.
http://focus.blog.lemonde.fr/2007/02/28/jeu-de-dupes/
Ecrit par : Rubin Sfadj | mercredi, 07 mars 2007
D'accord avec vous sur ce point : le système des parrainages est là pour favoriser les partis en place, qui ont une assise locale. Que la LCR, Bové ou Le Pen placent des élus dans les communes, départements et régions et ils n'auront pas de problème pour avoir leurs parrainages.
Alors bien sûr ces partis se plaindront de ne pas avoir accès aux postes, selon un refrain connu de victimisation.
Mais la réalité, c'est que quand le FN a été aux manettes localement, çà ne s'est pas bien passé pour ces communes (cf. Marignane et Vitrolles, et à un degré moindre Orange, toujours aux mains d'un ancien frontiste aujourd'hui Villiériste). en se frottant à la pratique du pouvoir, le FN perd de son pouvoir de nuisance. C'est le rôle que se donnent les partis anti-système : ils payent donc à l'élection préseidentielle leur positionnement stratégique.
Ecrit par : YR | jeudi, 08 mars 2007



