mardi, 24 avril 2007
Sarkozy à Rouen: comique de répétition?
Je viens de regarder le discours de Sarkozy à Rouen. (visible ici)
Et très honnêtement, à part quelques facilités de langage, on se marre bien, cet homme est un acteur né. Je partage le point de vue de Philippe Candeloro (une référence): les discours de Sarko c'est super, ça dure une heure et on s'emmerde pas. (et corolairement, il est difficile de s'accrocher à un discours de Ségolène Royal...)
Ses discours sont construits un peu comme la Cité de la Peur, la trame générale étant prétexte à une série de sketchs.
On retrouve plusieurs gimmicks déjà entendu dans d'autres discours, ce qui n'est pas en soi choquant: quand on a une bonne histoire, on la répète, c'est même en soi une source de comique.
En voici quelques uns qui m'ont marqué:
1°) l'énarque bête devenu savant. Le discours de Rouen reprend la parabole qu'il avait esquissé à Issy les Moulinaux le 18 avril quasiment mot pour mot.
C'est l'histoire de la crise d'Alstom (un sujet de poilade un peu facile, mais, bon..): (46'56)
"Un de mes collaborateurs avait fait une note parfaite, deux jours après mon arrivée au ministère des Finances. Cette note était impeccable, rien ne dépassait, tout était logique et implacable, c’était fini, fichu, foutu.
Et évidemment, le brillant énarque (ou polytechnicien, l'histoire ne le dit pas) réécrit la note, et Sarkozy sauve Alstom. Je m'étonne qu'une telle expérience n'est pas suscité un projet de réforme de l'enseignement à l'ENA: il suffit d'imaginer que son père est concerné par le cas d'étude pour pondre une super note...
Notons que l'histoire perd de sa saveur à l'écrit. Il faut vraiment voir Sarko, quand il fait sa petite incidente qui ne sert à rien pour le débat d'idée, consacrée à la peine de coeur de crane d'oeuf. [que veut-il vraiment nous dire par ce détour? que s'il a été lui-même deuxième c'est parce que, etc...?].
2°) le malade qui emprunte. C'est une histoire entendue souvent, qui a fait l'objet d'un billet ici. Dans le discours de Saint-Quentin, prononcé le 25 janvier 2007, l'histoire avait une tonalité grave:
« On n’est pas libre quand on n’a pas le droit d’emprunter lorsqu’on a été malade. (…) Je souhaite que le malade bénéficie d’une caution publique pour qu’il soit libre, comme tout le monde, d’emprunter pour acheter sa maison. »
A Rouen, le thème est le même, mais encore une fois, il faut voir le sketch auquel se livre Sarko, ces intonations, ses mimiques, ses effets. (54'20)
Il nous décrit le pauvre malade : "c'est quand même curieux que quand on va chez le banquier, il faille passer chez le médecin! (rires) on vous examine sous toutes les coutures, on va finir par croire qu'on vous aime... (rires)". "Alors si vous êtes jeune, en bonne santé et avec un emploi, vous pouvez emprunter. (pause) Mais on vous trouve une maladie... (imitant le banquier chafoin) et en plus vous demandez un emprunt!". "vous êtes convoqué dans le petit bureau et on vous dit 'ça va s'arranger". "juste un détail (pause). Ca va être plus cher pour vous! (redevenant Sarkozy) Eh bien ça, je ne l'accepterai jamais!! (ovation dans la salle)".
Ce qui est le plus inouï, comme je le relevais dans le billet précité, un tel dispositif a déjà été mis en oeuvre par la loi n° 2007-131 du 31 janvier 2007 relative à l'accès au crédit des personnes présentant un risque aggravé de santé. Mais bon, l'histoire est belle, et elle est bien racontée.
3°) dernière blague: vous reprendrez bien des 35 heures? (59'20)
"Vous avez aimé les 35 heures de M. Jospin? (sifflets dans la salle)
Alors vous allez adorer les 35 heures de Mme Royal! (sifflets encore plus fort) Non, ne sifflez pas, c'est une idée merveilleuse les 35 heures. (stupeur amusée dans la salle) C'est la seule idée qu'on a pas besoin de breveter pour la protéger: personne ne vous la pique! (rires)".
Mais Nicolas a peut-être raté son effet comique: le plus drôle c'est qu'avec sa proposition d'heures supplémentaires exonérées au delà des 35 heures, le budget de l'Etat paiera deux fois: pour les allègements de charges liées aux 35 heures et pour les exonérations de charges liées au retour tortueux aux 39 heures!
Et redevenons sérieux juste quelques instants autour de cette question des charges, en rappelant 2 principes trop souvent oubliés: certes, il est pertinent de baisser les charges sur les bas salaires, afin de baisser le coût du travail des moins qualifiés et de leur permettre de trouver un emploi. Mais, a) les charges sociales ne sont pas là que pour faire suer les patrons et les salariés: elles servent à financer la sécurité sociale; b) il existe un principe inscrit dans la loi organique (article LO 111-4 du code de la sécurité sociale) de compensation intégrale des allègements de charge: autrement dit, en principe toute baisse de charge doit être financé par un transfert du budget de l'Etat à la sécu. Seule la loi de financement de la sécu peut y déroger, mais alors on retombe dans le a).
En disant cela, j'ai bien conscience de retomber dans le sketch de l'énarque bête. Mais je n'arrive pas à trouver une meilleur solution en imaginer que c'est mon père qui est chargé de boucher le trou de la sécu.
22:25 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, baisse des charges, énarque, 35 heures, alstom




Commentaires
Seriez-vous énarque ? :-)
Ecrit par : GroM | mercredi, 25 avril 2007
Au sujet de la première anecdote, un prof qui bossait à la Direction de la prévision nous a raconté en gros la même histoire à l'époque des délocalisations qui ont fait beaucoup de bruit. Les experts de la DP avaient montré que les délocalisations étaient souhaitable pour la compétitivité etc.
Sarko avait poussé une gueulante : "Je veux des remèdes pour lutter contre les délocalisations"!
Mais pourquoi lui reprocher? On lui reproche si souvent de négliger l'humain. Là, il veut qu'on dépasse les beaux schémas théoriques pour ne pas négliger les vies qui sont en jeu.
Cette anecdote me semble parlante. J'y vois du pragmatisme qui, s'il ne colle pas à mes a priori, est nécessaire quand on est aux commandes d'un pays et qu'on peut influer sur le sort de ses compatriotes. D'autre y verront de la démagogie...
Quoi qu'il en soit, il n'est nulle question ici d'idéologie, et c'est tant mieux. Notre pays a trop souffert des oeillères idéologiques. Alors bravo Sarko!
Et même si ça passe par une caricature (si infondée) de la figure de l'énarque...
Ecrit par : carolus | mercredi, 25 avril 2007
Carolus: d'accord avec vous sur le fond.
Je crois que les responsables politiques doivent incarner la volonté. Les techno sont là pour les aider à mettre en oeuvre les politiques, le cas échéant en indiquant les limites juridiques et économiques de l'action. Et si ils voient des limites là où il n'y en a pas, il faut les secouer.
Je voulais juste pointer le coté démago du propos, qui donne à croire que le techno ne se défonçait pas parce que l'avenir de sa famille n'était pas en jeu: curieuse conception de l'action politique et de l'intérêt général!
Ecrit par : Silas | jeudi, 26 avril 2007
Je n'ai pas du tout compris le propos de Sarko comme faisant croire que le techno ne se défonçait pas quand il n'avait pas d'intérêt personnel ou familial en jeu. Je l'ai entendu comme un propos anti-idéologie (on a suffisamment caricaturé Sarko en néo-libéral : il veut surtout montrer que pour lui, l'humain est la fin vers laquelle toute action politique doit tendre...), pro-pragmatisme. Qui verse peut-être, à la limite, dans une sorte d''anti-intellectualisme que vous avez dénoncé en d'autres pages, mais vraiment pas essentiellement.
Ecrit par : carolus | jeudi, 26 avril 2007
pour moi il y a les 2. Et Sarko fait le coup de l'intérêt familial à chaque fois: quand un juge libère un détenu qui tue votre soeur, quand la question de l'euthanasie se pose non pas sur le plan des principes, mais pour un parent (sur France 2 le 26 avril 2007 à 22h05)...
Ecrit par : Silas | jeudi, 26 avril 2007
c'est vrai, rien n'et joué, mais alors si la gauche revient, adieu liberté d'expression, interdiction de contrdire
Ecrit par : rollmops | samedi, 05 mai 2007
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