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mardi, 22 mai 2007

un gouvernement de juristes?

En examinant les parcours universitaires et professionnels des 22 membres du gouvernement (lato sensu: du président de la République  aux secrétaires d'Etat), je suis frappé par les similitudes plus que par les dissemblances.  

On remarquera certes qu'il n'y a "que" 4 énarques (Juppé, Pecresse, Jouyet, Hirsch), alors que le précédent président et son premier ministre étaient issus de cette école ainsi que 7 (au moins) des ministres.

Mais en réalité, l'essentiel des membres est issu de la haute fonction publique (Horteufeux est administrateur territorial, Morin est administrateur de l'assemblée nationale) ou assimilée (Dati est passée par la magistrature, MAM, Darcos Karoutchi  et Albanel sont passés par l'enseignement). Fillon et Bussereau sont des politiques professionnels, passés par les fonctions parapolitiques classiques (conseiller technique, attaché parlementaire) depuis la fin de leurs études avant d'être élus.

Parmi les autres, Kouchner et Bachelot ont une formation médicale, mais ont rejoint le mode politique depuis longtemps. 

Les seuls à ne pas correspondre au schéma classique de recrutement du monde politique (fonctionnaire ou profession libérale) sont Dati (avant d'entrer dans la magistrature), Boutin, Bertrand, Woerth et Besson. Mais les quatre derniers ont également rejoint le monde politique assez rapidement et abandonné leur profession de journaliste, agent d'assurance, consultant...

La plupart des membres du gouvernement sont multidiplomés, avec plusieurs formations supérieures à bac +4, avec une propension au droit, et notamment au droit public, couplé à la science politique (Seuls Kouchner, Albanel et Bachelot n'ont pas une formation de droit et/ou de science politique). Nous avons 4 avocats (Sarkozy, MAM, Borloo, Lagarde), une magistrate (Dati) et 3 conseillers d'Etat (Pecresse, Albanel, Hirsch).  Tous les autres sont passé par science-po et/ou une maitrise de droit. Beaucoup ont un passé de parlementaire, c'est à dire (aussi) de législateur. Seuls Borloo et Lagarde ont fait une partie de leurs études à l'étranger. 2 normaliens, deux HEC. Il n'y a pas d'ingénieur ou de polytechnicien.

Sans dénier les spécificités, originalités et les mérites des uns et des autres (Dati, Lagarde, Boutin, Besson, Hirsch), les traits communs de ces formations initiales me semble témoigner de personnalités intéressées très jeunes par la chose publique et par la fonction publique. Et tous (sauf Lagarde) sont devenus depuis des professionnels de la vie publique, soit par une filière "suffrage universel" (typiquement: Fillon), soit par une filière administrative (typiquement: Albanel), parfois par une filière mixte  (typiquement: Pecresse, conseillère à la présidence de la République avant de devenir député).

Je ne sais pas si cette prédominance du droit et de la science politique se retrouve dans les gouvernements précédents (sans doute). On voit toutefois la cohérence dans la forte tendance des blogueurs politiques à avoir  une formation juridique.

08:35 Publié dans droit public , politique | Lien permanent | Commentaires (13) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : gouvernement fillon, fonction publique, ENA, énarque

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Commentaires

Oui, c'est vrai. votre billet appelle quelques commentaires:

1) Pour un gouvernement qui se veut représentatif de la société telle qu'elle est, et qui y parvient bien mieux que la plupart des précédents, force est de constater que la diversité d'origines, de milieu social ou de sexe n'est pas suivie d'une diversité des parcours professionnels.

2) Faut-il s'en plaindre ? Un bagage juridique fourni est sans aucun doute très utile pour diriger l'administration. Cependant, on peut regretter qu'il y ait une "caste" (sans connotation préjorative de ma part) de gens intéressés dès le plus jeune âge par la politique et qui n'ont, pour beaucoup, pas d'autre expérience du monde que l'action publique. Sans me faire le chantre du terrain - on sait que Fabrice à Waterloo ne voyait pas grand chose - disons plutôt qu'une vision de l'autre côté du mirroir peut être utile. Votre remarque sur l'absence d'ingénieur par exemple, est frappante: alors que le travail politique est aussi un travail technique, que les ingénieurs savent, en général, gérer des équipes, il n'y en a aucun au gouvernement. Un peu de mixité professionnelle ne ferait pas de mal sans doute.

3) En ce qui concerne la représentation des énarques, il faudrait voir la proportion d'entre eux par rapport à l'effectif du gvt. 4 pour 15 ministres, cela ne me semble pas traduire un baisse par rapport aux 7 du gouvernement Villepin (combien comptait-il de ministres déjà ? Ah que le temps passe vite ...)

Ecrit par : GroM | mardi, 22 mai 2007

en fait, il y a 2 énarques sur 15. Les 2 autres sont parmi les secrétaires et haut-commissaires.
Pour le reste, ce billet invite en effet à réflechir sur les ministres "issus de la société civile", dont les performances passées sont mitigées...

Ecrit par : silas | mardi, 22 mai 2007

Xavier Bertrand a le même parcours que Fillon. Il a commencé comme attaché parlementaire, à 22 ans avant de racheter un cabinet d'assurance au moment où il devenait adjoint au maire de Saint Quentin. A mon avis, cette profession d'assureur n'est qu'un job alimentaire et une "couverture" pour faire société civile alors que c'est un "politique pur".

Ecrit par : authueil | mardi, 22 mai 2007

Par exemple, officiellement, François Bayou est éleveur de chevaux.

Ecrit par : Passant | mercredi, 23 mai 2007

mais personne n'est dupe.

Ecrit par : Silas | mercredi, 23 mai 2007

Mais on oublie un détail capital : avec deux HEC et une ISA, le Groupe HEC place trois anciens élèves à des postes ministériels ! L'ESSEC est dans les choux ! Versac président !

Ecrit par : Denys | mercredi, 23 mai 2007

Et la même étude réalisée dans les staffs montre une sur-représentation des journalistes... (on a le droit d'être de mauvaise foi ?)

Ecrit par : Aramis | mercredi, 23 mai 2007

Je me battrai, en tant que blogueur politique, pour rester non-juriste :-)

Quant à François Bayrou, qui a été à la fois agriculteur et prof de lettres, militant du Centre à 22 ans, candidat (battu) aux législatives à 27, il est "entré en politique" vers 29 ans et a assez vite abandonné l'enseignement.

Il est effectivement devenu, depuis quelques années, éleveur de chevaux (autour de 50 000 E de revenus à ce titre l'an dernier, si j'en crois le Canard) et y consacre, selon toutes les sources, non seulement son week-end mais aussi une bonne partie de ses semaines :-)

Je crois (et cela vaut aussi pour Xavier Bertrand cité dans le billet) que c'est une excellente chose si une personnalité politique, un élu à plein temps (comme un député) a aussi une autre activité professionnelle. Ce qui rend, il est vrai, difficile le cumul des mandats :-)

Ecrit par : FrédéricLN | jeudi, 24 mai 2007

La véritable analyse serait à faire sur les cabinets, remplies d'énarques et surtout d'inspecteurs des finances...

Ecrit par : Toréador | jeudi, 24 mai 2007

Pas trop mal je trouve ce gouvernemant! A peu prés toutes les branches politiques sont représentées! du moins les plus représentatives de la population française!
On a respécté la parité homme/femme! alors mesdames soyez heureuses lol
Maintenant il ne reste plus qu'à voir ce que tout ça va donné dans les actions...

Ecrit par : igor | jeudi, 24 mai 2007

Exactement, la véritablke analyse concernerait les cabinets et les directeurs de cabinets. Le ministre est souvent un porte-parole, les techniciens derrière font une très large part du boulot (le patron vient arbitrer).

Ecrit par : Aramis | jeudi, 24 mai 2007

La représentation géographique de ce gouvernement est également digne d'intérêt, surtout comparé aux régions qui ont voté Sarko.

Ecrit par : Hubert Guillaud | jeudi, 24 mai 2007

Toréador, Aramis:
L'analyse doit à mon avis être différente s'agissant des cabinets:
1°) qu'une structure techno soit occupée par des technos ne me choque pas en soit: avoir des conseillers d'Etat pour mettre en musique des projets de décret, des inspecteurs des finances ou des administrateurs civils pour négocier un budget, etc....
2°) le problème qui se pose de façon générale est l'emprise des cabinets sur les structures de l'administration active. Le ministre a un cabinet pléthorique qui doublonne l'administration et il n'a jamais l'occasion de travailler avec les fonctionnaires "en charge". C'est un problème récurrent, dont les politiques sont autant responsables que les technos.
3°) plus spécifiquement à l'occasion de la formation des cabinets actuels: il semble y avoir énormément de "jeunes loups", qui sortent pour la première fois de leur corps d'origine et sont bombardé directement dans les cab. Ceci ne me parait pas sain: ils vont avoir à faire des arbitrages avec les administrations centrales, alors qu'ils n'ont aucune expérience des administrations centrales et de l'interministérialité.

Ecrit par : Silas | vendredi, 25 mai 2007

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