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mercredi, 06 juin 2007
mission impossible?
1.) "la production officielle de croyance distinguera, parmi les relais de crédibilité à disposition, les notabilités intellectuelles et les leaders d'opinion. (...) D'où des gratifications appropriées à chaque catégorie.
Aux membres de la première, sera confiée 'une mission de réflexion et de proposition' sur 'un grand problème de l'heure' (la drogue, l'enseignement, les relations culturelles, la radiotélévision, la sécurité publique, la modernisation de l'Etat, la révision de la Constitution, etc.). Il s'en suivra (...) la remise solennelle d'un rapport un ou deux ans après. Ce dernier sera neuf fois sur dix enfoui dans un tiroir et sans effet aucun sur le problème envisagé, mais le but de l'opération était l'opération elle-même, ses vibrations dans le milieu intellectuel et ses reprises à l'extérieur, dans la presse ('l'évennement" de la désignation, celui ensuite du grand colloque et enfin de "la remise du rapport").
Les leaders d'opinion méritent un autre traitement, plus personnel et plus suivi, à la mesure de leur capacité de nuisance et de 'projection d'image': petits-dejeuners, tête à tête à la campagne, invitations spéciales aux voyages officiels, confidences "off the record", facilités d'accès aux réunions réservées, (...). Il n'y a pas corruption ou domestication mais cooptation et connivence, avec toutes les ambigüités propres à une relation qui mêle de part et d'autre l'intérêt à l'amitié. Car la séduction personnelle n'est pas plus désintéressée que ne l'était jadis l'éducation collective et civique. Elle instrumentalise ceux et celles qu'elle flatte." (R. Debray, L'Etat séducteur)
2.) J. Attali est une notabilité intellectuelle.
Il ne dément pas sur son qu'il pourrait accepter une mission du président de la République, et confirmait cette absence de démenti ce matin 6 juin sur France inter, en indiquant qu'il se donnait le temps de la réflexion. Il y a une forme d'habileté à jouer la montre dans notre culture de l'immédiateté. (Tiens, Big bang blog parle de l'effet jogging, théorisé par Debray. Je n'en parlerai donc pas).
3.) Jack Lang est un leader d'opinion (et oui).
"L'entourage de Jack Lang dément catégoriquement l'information publiée par Le Parisien, lundi 4 juin, selon laquelle l'ancien ministre socialiste serait prêt à accepter une mission culturelle confiée par Nicolas Sarkozy." (Le Monde)
Quelle idée de le traiter comme une notabilité intellectuelle...
Mais j'aime surtout la mise en perspective suivante, qui montre que le cynisme de l'analyse de Debray ("le but de l'opération est l'opération elle-même") peut être transcendé d'un cynisme au carré, qui est sans doute l'explication de l'étonnante longévité politique de Lang:
"Interrogé par Le Monde.fr, le député strauss-kahnien Jean-Christophe Cambadélis propose une piste de lecture : "Jack Lang peut utiliser une ambiguïté dans le cadre de sa campagne législative, à Boulogne-sur-Mer. La rumeur d'une mission donnée par Nicolas Sarkozy ne fait qu'une brève dans Le Parisien mais sera beaucoup relayée dans sa circonscription. Cela montre qu'il a du poids, qu'il peut être aussi utile à la région de Boulogne-sur-Mer que son adversaire UMP. C'est un peu comme quand il est allé voir Nicolas Sarkozy au moment de la composition du gouvernement [le 17 mai]"."
09:50 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Jack Lang, Debray, Jacques Attali
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