Je me retrouve dans une position confortable: critiquant souvent de façon parfois trop facile N. Sarkozy et les médias, je vais pouvoir aujourd'hui les défendre (un peu).
1.) le 7 juin, N. Sarkozy fait une conférence de presse dans le cadre du G8. Elle est diffusée en direct sur 2 chaines de la TNT: BFM TV et I-Télé. J'écris un billet sur cette conf', et je note "On sent le président un peu fatigué, un (tout petit) peu largué par ces sujets bigger than life, bigger than France".
2.) pendant le week-end, est diffusée la vidéo suivante:
(la version sur
Youtube a été vue plus de 60 000 fois quand je publie ce billet)
3.) La machine peut partir:
- Sarkozy nous dit qu'il ne boit pas d'alcool et là, il est bourré.
- Il se retrouve face à Poutine, qui est russe, donc qui picole, et il ne peut pas refuser de se descendre avec lui une ou deux bouteilles de vodka (forcement de la vodka: on vous dit que le mec est russe!)
- les médias belges EUX, ont le courage de diffuser ces images, qui témoigne du fait que Sarkozy est un menteur (il disait qu'il ne buvait pas) et qu'il n'est pas sérieux (c'est quand même le G8, M. Sarkozy, un peu de tenue!).
(voir par exemple les commentaires du
billet de Rue 89)
4.) évidemment, regarder les quelques trente minutes que dure la conférence pour constater que Sarko est peut-être juste essoufflé, fatigué d'avoir entendu parlé japonais, russe, anglais, etc... pendant 2 jours, n'a plus aucun sens à ce stade. Les extraits du reste de la conférence de presse ne sont que des "ripostes" des sarkozystes:
5.) et finalement, théorie du complot pour
théorie du complot, un commentateur indique
ici "Le problème n'est pas effectivement de connaître le degré d'alcoolémie de N. Sarkozy, mais de voir combien d'unités de bruits médiatiques vont s'ajouter à son compteur. Les médias français oseront-ils passer cette vidéo?"
Ben non, le problème c'est que si Sarko n'était pas bourré, il n'y a pas de sens à passer ce morceau de video sorti de son contexte. (voir aussi "les médias français soupçonnés de complaisance"
ici)
6.) j'ai l'impression que les gens découvrent les tics et les
mimiques de Sarkozy, que j'avais "analysé" par exemple
ici, lors du discours de Rouen:
"Ses discours sont construits un peu comme la
Cité de la Peur, la trame générale étant prétexte à une série de sketchs. On retrouve plusieurs gimmicks déjà entendu dans d'autres discours, ce qui n'est pas en soi choquant: quand on a une bonne histoire, on la répète, c'est même en soi une source de
comique".
J'ai noté ailleurs qu'il y avait du Fernand Raynaud chez N. Sarkozy. Une nouvelle vidéo fait le parallèle avec Bourvil...
7.) Ma petite dénonciation personnelle des médias n'est pas fondée sur la théorie du complot, mais sur la
capacité fictionnelle de l'histoire racontée, et ses abus: "“Every news story should, without sacrifice of probity or responsibility, display the attributes of fiction, of drama. It should have structure and conflict, problem and denouement, rising and falling action, a beginning, a middle, and an end."
Et l'histoire de Sarko bourré a tous les attributs de la
bonne histoire, avec ce qu'il faut de contre-intuitif (plus c'est gros plus ça passe): l'abstinent ostentatoire qui tombe dans l'alcoolisme sous la pression d'un Russe (qui lui picole mais, forcement, tient l'alcool), les médias français qui nous cache la réalité, alors que de courageux journalistes belges font un véritable travail d'investigation en diffusant une séquence...
Mise à jour (13 juin): le journaliste belge par qui le scandale est arrivé s'
excuse et reconnait avoir été un peu léger: il a vu les images, les a repris comme cela sans aucune vérification.
Le Monde reproduit un article du Temps (de Genève), qui converge avec mon analyse, tant sur la forme que le fond:
"Sarko est arrivé en retard, pressé. Eméché ? Cela ne m'est pas venu à l'esprit. Il ne titubait pas. Il semblait plutôt étonné d'être propulsé là, au milieu des journalistes, tous leur carnet de notes en main. Je l'ai senti plutôt angoissé par un grand vide. Pris de vertige. Un peu comme un trapéziste qui voit soudain le sol défiler sous lui. Il n'était pas serein (mais lui arrive-t-il de l'être?). Plus grave : il ne semblait pas non plus très bien préparé par ses conseillers à son premier punching-ball diplomatico-médiatique. (...)
Je l'ai, pour tout dire, vraiment trouvé à côté de la plaque. Pas alcoolisé. Plutôt survitaminé. Comme dopé. Quelque chose sonnait faux dans ses mots. Il n'était pas ce soir là le chef de l'Etat français. Il était "Sarko" : cet énergique politicien qui vous veut du bien, vous sourit mécaniquement, est bourré de tics et ramène tout à lui : la victoire arrachée à Bush sur le climat, l'arrêt des souffrances au Darfour... Je l'ai suivi en campagne électorale, avec le correspondant du Temps à Paris Sylvain Besson. Il est comme ça. Il lui faut du pathos, de l'adhésion, une bonne dose de "Je", de "moi"."
Commentaires
Pour un mec qui est fatigué d'avoir entendu parler anglais, il est vraiment pas en forme. Enfin, l'essentiel est qu'il ne s'étouffe pas avec un bretzel !
Ecrit par : GroM | lundi, 11 juin 2007
Il y en a qui n'ont pas encore remarqué qu'on a changé de président... Scoop: ce n'est plus Jacques Chirac, 75 ans, "vieilli, usé, fatigué" (selon certains), mais Nicolas Sarkozy, à peine 52, dont les télés ont beaucoup admiré les petites foulées dans la période récente. Qu'on m'explique ce qu'il y a de si épuisant à un exercice protocalaire des plus banals (dont Chirac se sortait haut la main). Rester essouflé durant 30 minutes, pour un assidu du jogging, ne s'expliquerait que par de graves troubles cardiaques. Est-ce absolument qu'il faut souhaiter au président?
Ecrit par : André Gunthert | lundi, 11 juin 2007
Je n'ai pas la même lecture que vous: il n'est pas resté essoufflé pendant 30 minutes, seulement quelques minutes. La comparaison avec Chirac ne tient pas: Chirac aurait simplement annulé en cas de coup de barre.
Son propos, pendant 30 minutes, (et quel que soit le fond), était d'une certaine densité ( à la différence des oraux de Chirac dans de telles circonstances), articulé (malgré des approximations, que je me sur le compte du manque d'intérêt pour la matière et sur la fatigue, intellectuelle, qui à ma connaissance n'est pas corrélée avec la pratique du jogging!) et pas celui d'une personne ivre.
Il a des tics, mais se sont les mêmes que d'habitude.
Enfin, l'idée que Poutine ait pu le pousser à boire est tout simplement absurde quand on y pense un peu.
Ecrit par : Silas | lundi, 11 juin 2007
Si même le Figaro fait des titres vaseux:
http://www.lefigaro.fr/elections-legislatives-2007/20070611.WWW000021217_sarkozy_campagne_malte.html
Sarko finira par boire la tasse !
:-)
Ecrit par : GroM | lundi, 11 juin 2007
@ Silence : excellente analyse. et c'est quelqu'un qui n'a pas vu les images qui vous l'écrit :-)
Ecrit par : FrédéricLN | mardi, 12 juin 2007
A la vision de cette vidéo on peut s'interroger sur beaucoup de choses visuelles au moins, puis sur leur signification :
- l'augmentation des tics du président
comparez des vidéos à peine plus anciennes et les plus récentes, dont celle-ci est un beau cas d'espèce
- son regard, qui là ne pouvait laisser indifférent, tant il était "anormalement" ailleurs ... où ?
perdu, comme certains journalistes l'ont dit, rentré, dans la jubilation d'être là, errant, car on ne peut tout contoler, sa parole, son visage, ses gestes, sa posture, ses idées ...
L'arbre n'est-il pas à l'image de ses racines ?
Ce qui se voit n'est-il pas le reflet de l'invisible ?
Comment ce qui est en soi, sa structure psychique, son architecture de pensée, de vision du monde, comment tout cela se manifeste t-il à l'extérieur ?
J'ai vu là un homme qui ne cesse de s'agiter dans un bocal, comme un prisonnier qui a pris toute la prison en otage, laquelle, ceci dit, l'a bien laissé faire.
Tout cela est terriblement humain, le problème est que cela concerne celui qui est à la tête de la France.
Ecrit par : katia | dimanche, 17 juin 2007
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