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mardi, 11 septembre 2007

un régime spécial de réforme des retraites?

1.) Qu'est-ce qui a été fait?

1993 : Le gouvernement Balladur réforme « en douce » les retraites du secteur privé. 3 séries de mesures :

-        passage de 150 à 160 trimestres de cotisation pour avoir une retraite à taux plein (il faut travailler 40 ans au lieu de 37,5, mais on peut toujours prendre sa retraite à 60 ans)

-        le calcul de la retraite se fait en fonction des 25 meilleures années de la carrière au lieu de 10 (à moins d’avoir toute sa vie le même salaire, la base de calcul est donc plus faible)

-        les retraites servies sont désormais indexées sur les prix et non sur les salaires (comme les prix augmentent moins vite que les salaires, les retraites augmentent moins vite).

 

1995, Juppé, droit dans ses bottes se plante dans la réforme des régimes spéciaux.

1997-2002, Jospin ne fait pas de réforme, mais crée le conseil d’orientation des retraites (COR).

2003, Raffarin - Fillon fait une réforme:

-        pour tous (sauf régimes spéciaux) en faisant passer l’age de départ effectif à la retraite de 60 ans à 61 en 2012 et 62 ans en 2020.  

-        Pour les fonctionnaires (toujours sauf régimes spéciaux) en alignant pour l’essentiel le régime applicable à celui mis en place par la réforme Balladur.

 

2.) quel a été l’effet de ces réformes ?

Depla et Wyplosz en se fondant sur des données du COR, estiment qu’en l’absence des réformes Balladur-Raffarin, la dette implicite correspondant au service des retraites pour la période 2007-2057 serait de 4 550 milliards d’euros, soit 245% du PIB.

La réforme Balladur a permis de réduire cette dette de 2500 milliards (plus de la moitié)

La réforme Raffarin a permis de réduire encore cette dette de 550 milliards.

La dette restante est de 1500 milliards, soit 80% du PIB.

 

3.) quelle leçon ?

la méthode Balladur a été la plus efficace : il n’y a pas eu de protestation, de grèves, de débat et bing ! la collectivité réduit le poids des retraites de 2500 milliards.

Mais cette méthode est un one shot : elle a réveillé les syndicats et l’opinion publique qui ont subi la réforme. Elle explique l’échec de Juppé et l’inertie de Jospin, ou plutôt son obligation de relancer le dialogue par la création du conseil d’orientation des retraites.

La méthode Raffarin  Fillon a combiné dialogue dans la fonction publique et fermeté face à la rue. Elle a bien réussi, parce qu'il y avait de la volonté, un vrai effort de pédagogie, notamment grâce au travail préparatoire du COR.

 

A l’occasion de cette réforme de 2003, l’attitude du PS a été indigne d’un parti de gouvernement, en appelant à son abrogation. J’imagine que beaucoup de gens comme moi ont été désorientés par cette attitude irresponsable qui s'est poursuivi jusqu'au trop fameux "projet socialiste". Et je suis convaincu qu’elle a favorisé l’émergence de S. Royal comme alternative à un socialisme dinosauresque. (et Royal proposait simplement la "remise à plat des lois Fillon", plutot que leur abrogation: quelle révolution!)

Le PS a mis trop de temps pour ce rendre compte que sa posture démago était à coté de la plaque. DSK (comme beaucoup d’autres) n’a exprimé clairement sa posture réformiste sur la question des retraites qu’en septembre 2006, juste avant les primaires socialistes. Grosse erreur, qui a contribué à la désignation de Ségo par les adhérents PS.

 

La présidentielle 2007 semble avoir permis au PS et au pays de comprendre l’importance du problème des retraites. Les réactions mesurées des membres du PS à la perspective d’une réforme Fillon sont de bonne augure.

 

Toujours est-il que les régimes spéciaux ne sont qu’un élément de la réforme encore devant nous (la vrai réforme implique, pour tous, d’augmenter progressivement l’age du départ à la retraite à 65 ans). Une clause de rendez-vous avait été prise en 2003 pour 2008. A hâter les choses aujourd’hui, sur la question secondaire des régimes spéciaux, Fillon ne fait-il pas une erreur de méthode ?

09:10 Publié dans Politiques publiques | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : réforme des retraites, conseil d'orientation des retraites, fillon, PS

Commentaires

"La vrai (sic) réforme implique, pour tous, d'augmenter progressivement l'âge du départ à la retraite à 65 ans". Malheureusement, les choses ne me semble pas si simples. On pourrait longtemps discuter de la question de savoir si la "réforme" une et unique qui nous est proposée est la bonne. Après tout d'autres solutions existent que d'allonger la durée de cotisation. Mais admettons.
Reste que vraiE réforme, avec un grand E, serait non pas d'aller POUR TOUS vers un départ à 65 ans mais d'avoir la sagesse de distinguer selon la difficulté des métiers. Maçon, professeur ou serrurier ne sont pas des métiers identiques, et le résultat est d'ailleurs une espérance de vie qui n'est pas identique.
Les professions difficiles et usantes devraient ouvrir droit à une retraite aux alentours de 55 ans quand les professions (comme la mienne) qui n'impliquent aucun effort physique (et souvent un début de carrière tardif) devraient imposer un départ à 62-65 ans. Puis l'on négocie profession par profession entre les deux extrêmes. C'est ce que l'on nomme le courage : ne pas appliquer de solutions dogmatiques et injustes à tous.

Ecrit par : eraz | mardi, 11 septembre 2007

@eraz :
La difficulté d'un métier n'est pas seulement liée à la force physiqye nécessaire, mais également aux conditions d'exercices de ce métier. Effectuant un travail de bureau, je peux dire qu'il est parfois aussi usant, voire plus, qu'un travail manuel. Et cette fatigue psychique est parfois plus importante que la fatigue physique, dont on peut se remettre en quelques jours, alors qu'il faut parfois des années pour se défaire d'une dépression.

Cela dit, comment distinguer la difficulté d'un travail physique et d'un travail manuel, là est la question. La distinguer par métier est trop réducteur pour être exacte, mais nous n'avons pas vraiment d'autres critères à disposition.

Ecrit par : PatLeNain | mardi, 11 septembre 2007

Entièrement d'accord. Mais la chose n'est pas insurmontable, au moins pour quelques grands types de métiers. Bien sûr, le diable est dans les détails. Mais il faut bien essayer.

Ecrit par : Eraz | mardi, 11 septembre 2007

Pour moi, le débat est biaisé :

1) Augmenter l'âge de la retraite :

Pourquoi pas. Encore faut-il que les seniors aient la possibilité de travailler longtemps (et c'est pas gagné). Sinon, la mesure correspond tout simplement à diminuer le montant des retraites.

2) Le vrai débat :

A mon sens, le débat est faussé. Je pense qu'il devrait plutôt se présenter en ces termes : quel est le niveau de retraite que nous souhaitons, et quel est le niveau de cotisation qui en découlerait.

Ecrit par : Totoche | mercredi, 12 septembre 2007

Ces estimations tiennent-elles compte des réevaluation des prévisions sur l'évolution de la population active ? (publiée ... apres ces réformes).

Ecrit par : Laurent GUERBY | samedi, 22 septembre 2007

@ Laurent G: le livre indique seulement se fonder sur des travaux du COR de 2006. Ils sont sans doutent discutables, mais me paraissent intéressants pour donner un ordre de grandeur de l'impact des différentes réformes.

Ecrit par : Silas | dimanche, 23 septembre 2007

@Silas, les revisions datent de novembre 2006 et sont d'une ampleur qui a surpris pas mal de monde.

Sur le site du COR je vois un rapport mars 2006 (3 eme rapport) et un janvier 2007 (4eme rapport).

Celui de 2007 a un chapitre entier sur les revisions statistiques INSEE ou la conclusion est qu'on a vraiment une grosse fourchette pour 2050 d'ou une conclusion qui mentionne les limites d'une approche "par les soldes uniquement" (de ce billet donc :) et la nécessité d'autres outils.

2020 parait une échéance plus raisonnablement anticipée d'après le COR.

L'emploi des ratios retraités / actifs dans ces rapports produit aussi des chiffres plus élevés que l'effet réel ressenti par les ménages qui va être mesuré par le ratio personne a charge / actif, les personnes a charge des ménages incluant les jeunes (surtout si l'éducation devient plus directement payante), j'avais fait un billet la dessus :

http://guerby.org/blog/index.php/2006/07/25/99-l-insee-et-les-divisions

Un autre facteur pertinent et peu mentionnée est le différentiel entre la productivité des services aux personnes agées et la productivité du reste de l'économie, ce qui peut expliquer les efforts pour la robotique domestique au Japon.

Ecrit par : Laurent GUERBY | dimanche, 23 septembre 2007