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vendredi, 11 avril 2008

Davantages d'avantages avantagent davantage

Au delà de l'exemple nouveau de cacophonie gouvernementale, plusieurs éléments me paraissent devoir être soulignés s'agissant de la "remise en question" (appelons cela ainsi à ce stade, cf le point 3. de ce billet) de la carte famille nombreuse, qui permet à ses bénéficiaires de voyager à tarif réduit en train, RER et RATP.

1) On évoque la possibilité de subordonner l'obtention de cette carte à une condition de ressources. Ceci me parait tout à fait dans l'esprit brouillon de la RGPP.  La seule réforme possible c'est d'abaisser le seuil, ce qui permet de reduire la dépense publique en se drapant dans la justice sociale et sans prendre la peine de réformer les processus. Je pense en particulier à ce qui a été présenté comme la mesure phare de la 2ème vague: l'abaissement des seuils pour l'éligibilité aux logements sociaux, quelle belle réforme de l'Etat - et quelle mesure de réduction de son train de vie!. Allez voir le billet de T. Piketty sur l'incroyable congresutileetserein.com.

2) Supprimer la carte famille nombreuse pour les riches ne fera pleurer que quelques centaines de députés UMP. Pourtant, il ne me parait pas absurde de favoriser (un peu) les ménages riches qui ont des enfants par rapport aux ménages riches qui n'en ont pas. De la même façon, on aimerait lire une ébauche de réflexion sur l'effet que cette carte peu avoir sur l'arbitrage entre train et voiture. Ce dont je parle ici à traits grossiers, c'est d'externalités positives pour la société: faire des enfants, utiliser des transports collectifs...

2bis) Dans un esprit "revue générale des politiques publiques" qui s'attacherait à l'efficatité des processus, on s'interrogerait sur les coûts de gestions supplémentaires qu'entrainera la mise en place d'une condition de ressource: combien de personnes vont être employés, combien de temps perdu par les usagers pour justifier qu'ils ne dépassent pas le plafond?

3) A vrai dire on semble se diriger vers un financement par la SNCF (et la RATP j'imagine) du coût lié à cet avantage, qui était précedemment financé par l'Etat. Et si finalement cette cacophonie n'était pas en partie orchestrée pour forcer la main à la SNCF pour l'obliger à renoncer à cette somme de 70 millions d'euros versés par l'Etat sans abandonner la carte famille nombreuses? Personne semble-t-il n'a souligné que cette belle décision se fait quelques semaines après l'annonce que, pour la première fois de son histoire, la SNCf va verser à l'Etat actionnaire un dividende d'environ 130 millions d'euros... autrement dit: la SNCF va bien, elle peut bien faire du social...

4) Enfin, et même si ce billet participe du mouvement, on va parler pendant 3 jours d'un sujet qui ne vaut que 70 millions d'euros. Et l'on va en rester pour l'essentiel au tour du point 2 de ce billet: les riches n'ont-ils pas le droit d'avoir des enfants et de prendre le train, et la pollution dans tout ça. Aucune pédagogie, aucun discours de la méthode.

Avec ça la réforme est bien partie.

10:15 Publié dans Politiques publiques | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : RGPP, carte famille nombreuse

Commentaires

Pour une rare fois, je ne suis pas trop d'accord avec le billet (même avec le titre : Ne serait-ce pas "Davantage d'avantages avantagent davantage"? ("Lui dis-je quand elle revint, avec ses seins angevins, deux fois dix"))

La comparaison avec Piketty ne tient pas : quand on abaisse les seuils d'accès au logement social sans augmenter le nombre de logements disponibles, la seule conséquence est distributionnelle : les "classes moyennes" en sont désormais exclues, il y aura plus de "pauvres" qui y accèderont. Le coût budgétaire pour le financeur est inchangé. Pour la carte, il y a un gain direct du financeur du nombre de billets payés plein tarifs (selon l'élasticité de la demande, bien sûr).

Sur le centre de contrôle de la carte, cela ne me semble pas absurde que la SNCF ait le contrôle de la discrimination tarifaire qu'elle impose : si l'élasticité des familles nombreuses est plus élevée parce qu'elles ont aussi des Espace pour partir à Nice, il doit y avoir un moyen pour leur donner un billet moins cher, et c'est plus simple à décider quand on a les informations pertinentes.

En revanche, au niveau de la forme, le cafouillage est en effet représentatif des réformes assez peu significatives économiquement et dont le coût politique et médiatique est important.

Ecrit par : Markss | vendredi, 11 avril 2008

oups! j'ai corrigé le titre (de l'inconvénient du working title adopté faute de mieux... j'ai hésité avec familles nombreuses, familles heureuses, mais le titre était pris par Intermarché http://www.famillenombreusefamilleheureuse.com, pour faire écho au site de SR)

La tonalité générale de ce billet est bien de déplorer l'esprit de réformette au demeurant mal pensées et mal présentées.
sur le fond, vos remarques sont très pertinentes et je m'en tire comme souvent en faisant valoir un discours de la méthode, c'est à dire que l'échange que nous avons semble précisement ce qui fait défaut à l'annonce publique, qui en reste à "qui va payer les 70 millions".

Ecrit par : silas | vendredi, 11 avril 2008