jeudi, 01 mai 2008
Le Marchais-show: de la fulgurance médiatique au guignol
Ecouté ce matin "J'ai mes sources" sur France inter, consacré à un documentaire qui s'annonce passionnant et qui est diffusé ce soir 1er mai sur France 5: Georges le cathodique (Parts de Marchais), consacré aux rapports entre Marchais et les journalistes.
La discussion de ce matin montrait bien comment on passe imperceptiblement avec Georges Marchais d'une personnalité attachante par sa virtuosité médiatique (au delà de ce que l'on peut penser de ses idées politiques) à une caricature d'elle même, qui use ses figures de réthorique jusqu'à la corde, qui entretient avec les journalistes une relation faite tout à tour de connivence et de dénonciation outrancière.
Je ne sais pas vous, mais moi cela me rappelle quelqu'un...
11:28 Publié dans miroir des médias | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Georges Marchais, parts de marchais, georges le cathodique
mardi, 26 février 2008
pauv' con 2.0
André Gunthert met en avant un élement à mon avis important de la polémique "casse toi pauv' con", qui n'est pas de savoir si c'est "très bien que le président de la République s'exprime comme chaque Français" (Hortefeux) ou si "il ne faut pas se situer dans la réponse sur le même plan, sinon on s'abaisse" (Fabius), pour résumer les différentes "sensibilités" qui s'expriment.
Non, ce que A. Gunthert relève, c'est
"qu'un tel écart, lorsqu'il se produit, appartient au matériel qui n'aurait jamais dû être montré.
Or, l'identité du diffuseur ne doit rien au hasard. Le site du Parisien.fr s'est doté récemment d'une interface de présentation vidéo, hébergée par Kewego. (...). Nul doute que le dérapage du chef de l'Etat, (...) constitue une belle occasion de promouvoir la plate-forme du quotidien.
Mais l'absence d'auto-censure, de la part de rédactions qu'on a connu plus frileuses, est aussi un témoignage de la dégradation accélérée de la représentation présidentielle. Après avoir été longtemps corseté par la prudence et le ménagement, le traitement du personnage présidentiel s'inscrit désormais dans une logique du débondage,(...)".
Bien vu.
Que de telles scènes se produisent et même qu'elles soient filmés n'a rien d'extraordinaire. Mais qu'elles fassent l'objet d'une diffusion officielle (c'est à dire estampillée par un "vrai" média, comme le Parisien) voila la nouveauté.
Mais je garde quand même à l'esprit le traitement médiatique réservé aux uns et aux autres pendant la campagne présidentielle. "casse toi pauv' con" me semble être le pendant de la "bravitude" sur la grande muraille, diffusée au journal de France 2 et rediffusée partout.
J'y vois, hier s'agissant de Royal, la même absence d'auto-censure (auto-censure qui peut avoir un sens de la part des médias en démocratie, notamment pendant une campagne électorale) que celle à laquelle on assiste aujourd'hui. Certes, on peut estimer que Sarkozy a contribué à l'émergence de ce climat aujourd'hui, comme Royal auparavant avec son attitude crispée et arrogante vis à vis des médias.
Mais aujourd'hui aussi s'agissant de Sarkozy, j'ai quand même l'impression qu'il y a un climat de lynchage médiatique qui ne correspond pas à ma conception du débat démocratique (et dieu sait, comme on dit maintenant, que je suis porté à la critique de N. Sarkozy). Et cette absence d'auto-censure médiatique pousse les hommes politiques vers leur pente la plus facile:
"Il s'agit, comme souvent, des deux côtés, d'une fuite vers le verbe dans une situation du pays que les leaders de toutes tendances ont bien du mal à maîtriser. D'un mélodrame, pas d'un drame. Un vieux mélodrame où chacun connaît son rôle par cœur et le joue à merveille. Et où la diabolisation réciproque permet d'échapper au monde réel"
(billet de G. Grunberg sur Telos, qui vaut également le détour).
Bon , après ce plaidoyer pour une critique de fond, il va falloir que je me le farcisse mon billet de bilan de la loi TEPA...
07:05 Publié dans miroir des médias | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : salon de l'agriculture, pauvre con, parisien
dimanche, 20 janvier 2008
la politique à la radio le dimanche matin: mon passage du nord-ouest
D'après une enquête (dont j'ai dû entendre parler à la radio) que je ne retrouve pas, la principale raison pour laquelle les gens écoutent la radio c'est... pour savoir l'heure qu'il est. Une telle motivation est-elle la cause ou la conséquence de la fidélité de la plupart des auditeurs à une seule radio?
En se promenant un peu sur la bande fm, on peut facilement faire une jonction de programmes interessants. La trilogie du samedi matin sur France Culture est un grand classique, qui ne se duplique pas le dimanche.
J'ai eu une sorte d'illumination ce matin en réalisant pour la première fois la jonction de 8h à midi d'émissions de commentaire politique (au sens large) de qualité.
de 8h à 10: le good morning week-end de Fabrice Lundy sur BFM. De 8à9 l'international, de 9 à 10 le national (en fait c'est la rediffusion inversée des émissions du samedi à la même heure). C'est franchement excellent, dans la lignée des "experts du 9-10" que l'on peut entendre en semaine sur cette radio, et que je considère comme la meilleure émission consacrée à l'actualité politique (beaucoup sous un prisme économique) de la radio, tout simplement. Il fallait bien que je l'ecrive un jour.
de 10 à 11: médiapolis de Michel Field et Olivier Duhamel sur Europe 1. En fait j'ai découvert cette émission ce matin, qui m'a l'air de bonne facture.
de 11 à 12: le très classique "esprit public" de Philippe Meyer sur France Culture, certainement l'emission que beaucoup de mes lecteurs connaissent déjà. L'écoutant depuis un temps immémorial ( wikipédia me dit depuis 1998) je commence à m'en lasser, notamment parce que la "pensée" de ses intervenants commence à être connue. Et quand elle surprend, comme celle de JL Bourlanges, si critique de N. Sarkozy avant de se rapprocher du nouveau Centre, elle parait dérisoire. JL Bourlange n'était pas là ce dimanche matin. J'espère quand même que ce n'est parce que, comme me l'apprend encore l'encyclopédie libre, P. Meyer sera tête de liste du Modem dans le Vè à Paris pour les municipales.
J'imagine qu'en passant par la télé, on arriverait presque à faire la jonction avec les interviews politiques du soir à 18h sur Europe 1 et 18h30 sur RTL.
Je comprend bien que cet exercice de saut de grille, que j'ai qualifié dans le titre de "passage du nord-ouest" (allez voir la notice wikipédia, passionnante), à quelque chose de vain à l'age du podcast. De vain comme le passage du nord-ouest à l'heure où fondent les glaces...
23:04 Publié dans miroir des médias | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
mercredi, 25 juillet 2007
Raconter des histoires crédibles
1.) Je reste scotché par cette vision de la politique d'Henri Guaino, proche conseiller de N. Sarkozy:
"La politique, c’est écrire une histoire partagée par ceux qui la font et ceux à qui elle est destinée. On ne transforme pas un pays sans être capable d’écrire et de raconter une histoire."
Scotché, parce que cette dimension de la politique, comme storytelling, comme business du narrative, est une conception de la politique qui me passionne, comme j'essaie de le montrer avec certains de mes billets les moins orthodoxes ("The best undercover identity is oneself with the volume turned up and restraint unplugged."). Je ne m'attendais simplement pas à ce que cette vision de la politique soit explicitée avec autant de candeur.
J'ai envie de rapprocher cette idée de cette phrase borgésienne de P. Auster: "Les histoires n'arrivent qu'à ceux qui savent les raconter". Elle illustre bien le volontarisme sarkozyen: "si d'autres y avaient de bonnes idées, z'avaient qu'à y aller!".
Je la rapproche encore de cette formule de Chesterton (tirée semble-t-il du bien nommé "club des métiers bizarres"):
"La vérité doit forcément être plus étrange que la fiction car la fiction n'est qu'une création de l'esprit humain et, par conséquent, est à sa mesure."
Toute la difficulté surgit évidemment lorsqu'on s'inscrit dans un projet Guainoien: si la réalité doit prendre la forme de la fiction, ceci requiert-il d'être plus crédible que d'habitude? Ou simplement ceci dispense-t-il de reflechir et permet de simplifier à l'excès la politique?
2.) Le JT de France 2 comparait recemment N. Sarkozy à Jack Bauer.
2.1) Il y a en effet du Jack Bauer chez Sarkozy.
Il y a ce refus de respecter les règles lorsqu'elles sont absurdes et contre productives. Quand Jack Bauer a besoin de sortir un tournevis pour désamorcer une bombe nucléaire, il y a toujours un bureaucrate pour lui opposer l'absence de contreseing du bordereau d'utilisation Et que fait Bauer: il va à l'encontre du protocole (buvez un verre - règle 10).
De la même façon, Sarkozy nous dit: quel sens y a-t-il à me dire que c'était Kouchner et pas Cécilia qui aurait dû y aller? Aucun. Le plus important, c'est le résultat. Et il a raison: la diplomatie doit être souple et ne pas toujours passer par les voies officielles. On connait l'action de médiation de la communauté religieuse Sant'Egidio. Le fameux Joerg Haider, toujours gouverneur de Carinthie, a failli jouer le role de Cécilia, si l'on en croit la lettre du fils de Kadhafi qu'il a fait diffuser il y a 15 jours (la 2ème partie de la dépêche est en anglais)...
Je note aussi que Jack et Nico ont la même manie d'utiliser des membres de leur famille (respectivement fille et femme) dans le cadre profesionnel.
2.2) Certains reprochent à la série 24 d'être trop simpliste.
Je trouve quand même que comparé à N. Sarkozy, l'exposé des dilemmes auxquels est confronté Bauer est plutot subtil: Chez Bauer, il y a toujours à mettre en balance le résultat et les moyens d'y parvenir, une interrogation sur les limites (morales, matérielles) de l'action.
Il n'en va pas ainsi chez Sarkozy: toute question sur le coût, les contreparties à la libération des infirmières est indécente. Seul le résultat compte. A n'importe quel prix.
Prochaine mission: libérer la prix nobel de la paix de Birmanie Aung San Suu Kyi. Si la junte birmane accepte de la laisser partir, on reconnait que ce régime militaire est légitime?
22:40 Publié dans miroir des médias, politique, Politiques publiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, infirmières bulgares, jack bauer, 24, Guaino, Aung San Suu Kyi
lundi, 23 juillet 2007
Une grande réforme des bourses de service public?
Le ministère chargé de la fonction publique a semble-t-il publié un communiqué de presse, repris notamment ici, qui fait la publicité de cette réforme. A le lire comme ça, on pourrait croire qu'il y a une vrai avancée (une amorce de plan marshall pour les banlieues?) :
Une allocation de 2.000 euros sera mise à la disposition de jeunes issus de milieux défavorisés dès le mois de septembre pour les aider à préparer les concours d'entrée dans la fonction publique, a indiqué le 20 juillet le ministère de la Fonction publique.
Cette allocation, qui devrait bénéficier à 1.000 jeunes en 2007-2008, sera attribuée pour une durée d'un an en fonction des ressources dont disposent les candidats ou leur famille et des résultats de leurs études antérieures, précise le ministère dans un communiqué.
Elle s'adresse notamment aux étudiants inscrits dans les instituts ou les centres de préparation à l'administration générale ou des établissements publics offrant une formation similaire, ainsi qu'aux personnes sans emploi et titulaires d'un diplôme leur permettant de présenter un concours de la fonction publique de catégorie A ou B.
Le bénéficiaire "devra s'engager à suivre les préparations de manière assidue et à participer aux exercices de tutorat qui lui seront proposés", souligne le ministère.
Le seul problème c'est que les bourses de service public existent déjà. Leur montant annuel était en 2006-2007 de 3614 euros par an.
2000 euros, alors que le système actuel prévoit 3614 euros, j'ai dû mal comprendre... Les aides sont peut-être cumulatives? Il semble bien que non, puisque l'arrêté en question précise à son article 7 que l'arrêté de 1987 relatif au régime des bourses de service public est abrogé (la comparaison des 2 textes permet de voir qu'ils sont quasiment identiques).
Procédé classique, me direz-vous: on communique sur quelque chose qui existe déjà pour donner l'impression d'innover.
C'est utile si cela permet de susciter des vocations.
C'est assez nauséabond s'il s'agit d'économiser 1614 euros par étudiant. (dans un autre genre nauséabond: les commentaires sur le blog Alsapresse)
11:30 Publié dans droit public, miroir des médias, Politiques publiques | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : bourses de service public, concours administratifs, IPAG, CPAG
lundi, 18 juin 2007
news cycle (séparation, gestion, révélation)
On a eu un début de soirée où la défaite de la gauche (quand même) pouvait avantageusement être tournée en fin d'état de grace pour Fillon et Sarkozy, et une gestion normale du "news cycle" aurait dû conduire ce matin à ne parler que de cela ce lundi matin, avec ses bonnes pépites: Juppé, Klarsfeld, etc...
Le scoop entendu hier soir peu après 22h de la séparation entre Hollande et Royal est donc tombé un peu bizarrement: c'est devenu ce lundi le sujet qui intéresse le plus, et la soupe à la grimace que la droite devrait faire encore quelques jours sera sans doute moins accentuée de ce simple fait. Ce n'est plus "le" sujet. (la une du Monde .Fr à 9h20 ce lundi))
France inter diffuse peu avant 8 heures ce lundi l'interview de S. Royal (enregistrée samedi), qu'elle avait prévu de passer mardi matin, dans laquelle elle annonce qu'elle a demandé à François de partir (visiblement c'est plus compliqué que ça, mais bon, la TVA sociale aussi c'est compliqué, et ce n'est pas le sujet de ce billet).
Les journalistes avaient l'info depuis plusieurs jours, et Royal avait prévu de la faire sortir 36h plus tard. L'explication la plus probable de ce carambolage est que des "amis de la droite" ont su imposer leur propre news cycle, en imposant la sortie de l'info beaucoup plus tôt que prévu.
Il parait très peu pro de la part de Royal d'avoir prévu de faire une telle sortie (je ne parle pas du fond) quelques jours après les législatives. J'imagine que l'explication tient au fait qu'elle entendait elle-même imposer son propre news cycle, en réaction au tsunami bleu qui était annoncé. Dans cette hypothèse, il ne devait en tout état de cause n'y avoir qu'un seul news cycle: celui de la séparation, en étouffant celui du tsunami. Arroseur arrosé?
En tous cas, j'y vois un signe supplémentaire d'une vélocité et d'une adaptabilité beaucoup plus grandes de la droite aux changements de circonstances. Ce n'est pas autrement qu'elle a gagné ce cycle d'élections.
09:15 Publié dans miroir des médias, politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : news cycle, séparation hollande royal
lundi, 11 juin 2007
G8: qui a picolé?
Je me retrouve dans une position confortable: critiquant souvent de façon parfois trop facile N. Sarkozy et les médias, je vais pouvoir aujourd'hui les défendre (un peu).
1.) le 7 juin, N. Sarkozy fait une conférence de presse dans le cadre du G8. Elle est diffusée en direct sur 2 chaines de la TNT: BFM TV et I-Télé. J'écris un billet sur cette conf', et je note "On sent le président un peu fatigué, un (tout petit) peu largué par ces sujets bigger than life, bigger than France".
2.) pendant le week-end, est diffusée la vidéo suivante:
09:40 Publié dans miroir des médias | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy bourré, G8 de Heiligendamm, bourvil, poutine, sarkozy ivre
samedi, 02 juin 2007
Le jogging est-il de droite? (le business du narrative)
Cette question ferait un bon sujet de colloque à l'assemblée nationale, mais elle ne m'intéresse pas vraiment.
Dans son comptage des blogs de gauche qui conchient le jogging sous prétexte de critiquer Nicolas Sarkozy (à moins que ce ne soit le contraire), Jules de What's next passe avec candeur ("si on vous écoutait, on est en dictature) sur un aspect souligné à juste titre par G. Birenbaum, à savoir que la mise en scène de la vie privée est une façon de passer à coté de l'essentiel.
Les médias, c'est du show. Je suis même prêt à accepter l'idée que l'information c'est du show. J'aime assez cette formule de Reuven Frank (mutatis mutandis l'équivalent pour NBC de Arlette Chabot pour France 2, il y a trente ans) en 1963:
“Every news story should, without sacrifice of probity or responsibility, display the attributes of fiction, of drama. It should have structure and conflict, problem and denouement, rising and falling action, a beginning, a middle, and an end. These are not only the essentials of drama; they are the essentials of narrative. We are in the business of narrative because we are in the business of communication."
Mais la formule indique bien que si l'on raconte une histoire quand on fait de l'info, c'est sans sacrifier la probité et la responsabilité.
Sans ça, on entre dans les "tyrannies de l'intimité", pour reprendre le titre français d'un ouvrage du sociologue Richard Sennett, cité par R. Debray dans "l'Etat séducteur":
"le refus de la vie impersonnelle est un facteur d'effritement, sinon d'effondrement de la res publica (...). C'est un fait que les tyrannies de l'intimité n'ont jamais fait du bien aux libertés civiques, ni à la vertu de responsabilité. Le sociologue Richard Sennett a décrit les effets sur la société américaine de la 'séduction incivile' ou du 'charisme sécularisé', propre à tous ceux qui veulent établir avec leurs concitoyens une 'relation immédiate qui cache le contenu de leurs actes et leurs conséquences futures'. L'idolâtrie intimiste a l'avantage d'escamoter les réalités désagréables mais l'exhibition des personnalités joue clairement, dit-il, en faveur du conservatisme 'en empêchant les gens de réfléchir à ce qu'ils pourraient obtenir ou changer socialement".
La formulation est peut-être un peu datée, mais le propos ne me parait pas négligeable: si l'actualité a besoin de prendre la forme de la fiction, le risque n'est-il pas que la fiction de l'intimité prenne le pas sur l'information?






12:15 Publié dans miroir des médias | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : jogging, sarkozy, richard sennett, debray, reuven frank
mardi, 15 mai 2007
la plus belle ouverture à froid?
Une "ouverture à froid" (cold open) désigne la technique, dans un film ou une série télé, consistant à faire démarrer l'histoire dès l'ouverture du show, sans la faire précéder du générique du début. Les James Bond sont réputés pour leurs cold open.
C'est ce qu'à réalisé Nicolas Sarkozy de façon magistrale: depuis son élection, on a vu défiler plusieurs séquences plus surprenantes les unes que les autres, et scotché sur son siège, on se rend compte enfin que le générique de début n'aura lieu que demain, 16 mai, avec la passation de pouvoir entre les 2 présidents. C'est la force des cold open réussis: on est tout de suite dans l'action, avant de se rendre compte (deuxième temps du plaisir) que rien n'a commencé.
Nous avons eu la séquence berlusconienne, avec le Fouquet's, le jet et la croisière maltaise: entre "l'amour du risque" et "miami vice", l'impression de revoir une série de mauvais goût des années 80, avec une audace renouvelée, un contraste avec la retraite mystique annoncée scandaleux (pour le citoyen), et donc réjouissant (pour le spectateur).
Tout de suite après, la vrai surprise. L'ouverture au centre, à gauche, le contraire de la campagne droitière qui l'a conduit au pouvoir. "Révélation quasi mystique, numéro de transformisme, numéro de séduction, effet tactique qui tente de séduire la gauche après avoir séduit le FN, rassemblement purement ‘’cinématographique’’, perversité, authenticité, on se perd déjà en conjectures." comme l'écrit Petit jardin (qui a fait la même association d'idée que moi, un peu plus vite).
On imagine de belles scènes où les bad guys sont punis (scènes jouissives pour le téléspectateur de retournement de situation, après avoir subi, maso, l'ascension de ces personnages, en ayant le sentiment dégouté qu'ils allaient triompher (Morano, Hortefeux, Devedjian, mais aussi le traitre, intégrale, ténébreux, énigmatique: Besson...).
Sarko calculateur ou rassembleur?
On se prend à rêver d'une improbable saison 8 de West Wing, où un président de droite serait le digne successeur de Bartlet. Et cet espoir me parait plus sérieux aujourd'hui que lors des 2 élections de Chirac.
Et si Sarkozy faisait un bon président? Toute la saveur de la série qui se prépare tient dans l'ambigüité du personnage, capable du meilleur comme du pire. Deviens qui tu es. Let Bartlet be Bartlet.
et puis il y a bien-sur Cecilia, qui vaut bien Abigail Bartlet, entre Desparate Housewife et Hedda Gabler. Il y a plusieurs épisodes incroyables à son sujet, je n'y insiste pas.
Mais encore une fois, le générique de début n'est pas encore lancé. Extraordinaire ouverture à froid, mais l'épisode sera-t-il à la hauteur? le "prégénérique" est souvent ce qu'il y a de meilleur dans les James Bond... Et puis il y a des séries qui perdent toute consistance très vite. Le discours d'adieux de Chirac ce soir me fait penser à la saison 4 d'Alias.
Deux conceptions, deux narratives de la présidence Sarkozy se concurrenceront logiquement: le mystère et la mystification. Une série clivante comme Lost.
Créées par un couple de professeurs gauchistes, les De Groot, et un magnat de l'industrie, Alvar Hanso, les stations Dharma sont un élément central dans Lost. Deux interprétations de la Dharma initiative sont possibles : "œuvre de salut collectif ou gigantesque manipulation du spectateur". Dharma signifie la loi en Sanskrit.
21:25 Publié dans miroir des médias, pendant ce temps, politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : west wing, lost, cold open, sarkozy
jeudi, 03 mai 2007
tout est dans la langue?
1°) à la suite du débat d'hier, Tim King note dans un billet intitulé "est-elle comparable à Hillary Clinton", que chaque candidat parlait 4 à 5 minutes à chaque fois, et qu'une étude américaine montre qu'au delà de 30 secondes, l'auditeur n'absorbe plus d'informations. Même des Français ne doivent pas saturer bien au delà.
Mais le billet ne parle pas vraiment de la comparaison annoncée avec Hillary.
2°) Hillary a expliqué qu'elle avait un avantage: elle est bilingue. Elle peut parler américain avec l'accent du Nord ou celui du Sud. Les linguistes appellent cela "code shifting". C'est sans doute une qualité qui manque à S. Royal: beaucoup de gens sont agacés par son phrasé. Je vais pas adorer le bagout de N. Sarkozy pendant 5 ans...
3°) Le New York times note qu'à la différence de Chirac, ni Royal ni Sarkozy ne parlent anglais.
Royal a été jeune fille au pair en Irlande en 71 mais son anglais est rugueux. LE NYT cite un extrait qui circule sur You tube: “Or with this government, investment in research has decreasing a lot, and that’s bad. I can see, as the presidency of the region, that we need money to invest in research and environment.” "ou avec ce gouvernement, l'investissement dans la recherche a déclité. Je peux voir comme présidence de le région que nous avons besoin d'argent pour investir dans l'environnement et la recherche".
L'anglais de Sarkozy c'est plus l'esprit que la lettre. Comme il l'a dit au chef des pompiers de New York: “I run. This morning. In Central Park. With T-shirt firefighters.” "Je cours. Ce matin. A central Park. Avec T-shirt Pompiers."
On peut imaginer la réponse de Ségo à ce reproche: "vous ne me diriez pas cela si j'étais un homme". Et celle de Sarko: "avec 85% de participation au premier tour et 11 millions de voix pour moi, les Français ont montré que j'avais raison de parler anglais comme une cornegidouille".
4°) Guy Sorman note aussi la carence linguistique des 2 candidats, et relève que "Les deux candidats à la présidence , d'un commun accord et avec l'approbation des journalistes de service n'ont pas abordé-ou à peine- ce qui constitue l'essentiel des compétences et des activités d'un chef d'Etat : le pouvoir militaire et le pouvoir diplomatique." .
5°) Dans le même temps, ils ont parlé des sujets qui intéressent les Français, ce qui ne me parait pas négligeable. Mais le Président n'a pas de compétence en matière de régularisation des sans papiers, de chômage, de pouvoir d'achat, d'éducation.C'est un débat de premier ministre et pas de président.
La conclusion que j'en tire - elle peut paraitre un peu raide, mais toute la campagne électorale me conduit à cette conclusion - c'est qu'il faut supprimer l'élection au suffrage universel du président de la République: ses fonctions réelles ne correspondent pas à ce sur quoi les Français veulent l'entendre, ni encore moins l'élire.
La conclusion de Charles Bremmer: l'opéra n'est pas fini tant que la grosse dame n'a pas chanté.
22:45 Publié dans miroir des médias, politique, Politiques publiques | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note



