vendredi, 25 avril 2008

mince, il a encore changé (ou vieilli?)

1) "Il faut toujours écouter les inquiétudes de la jeunesse. Et si on est pas inquiet quand on est jeune… alors c’est qu’on est pas jeune, parce que quand on est jeune, forcément on est inquiet." (En direct de l'Elysée, 24 avril 2008)

 

2) "Rêvez aujourd'hui, car le sens d'une vie d'adulte c'est de faire de sa vie la réalisation de ses rêves de jeunesse. Si vous ne rêvez pas aujourd'hui, vous serez des adultes à la "petite vie". Je ne veux pas que vous la connaissiez !

Vous avez de la chance d'être jeunes, non parce que le bonheur vous tend les bras, mais parce que l'avenir vous appartient.

Vous avez de la chance d'être jeunes, parce que le monde est à vous.

Vous avez de la chance d'être jeunes, parce qu'à votre âge on n'a ni regrets, ni remords.

Vous avez de la chance d'être jeunes, parce que la jeunesse c'est la liberté.

Et je veux, si je deviens Président de la République, couper tous les liens qui vous entravent, et vous donner les moyens de cette liberté que j'appelle l'autonomie.

Vous avez de la chance d'être jeunes, parce que la jeunesse c'est la promesse des commencements, des soleils qui se lèvent sur les mondes endormis.

Et je vous promets que Président de la République, je réveillerai la France pour qu'elle redevienne la nation de tous les possibles.

La jeunesse, c'est l'âge où l'on croit dur comme fer qu'un rêve peut à lui seul changer le monde.

Jeune j'ai rêvé de le changer. Et bien aujourd'hui il est temps de se dire qu'ensemble nous allons le faire !

La jeunesse, c'est ce moment magique dans le souvenir duquel l'Homme puise la part de rêve qu'il cherchera toute sa vie à accomplir.

L'Homme est jeune tant qu'il croit, qu'il peut opposer la force invincible des rêves à l'usure du temps.

Il n'est pas vrai que l'on n'est pas sérieux quand on est jeune. On l'est avec moins de gravité que lorsque l'on est devenu adulte. Mais on l'est souvent avec plus de profondeur." (Discours au Zénith (18 mars 2007)).

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lundi, 18 février 2008

arrêtons d'infantiliser les enfants et de prendre les victimes potentielles pour des inspecteurs des impôts

0)  "À quoi sert-il d’expliquer à nos enfants que Vichy, la collaboration, est une page sombre de notre histoire et de  tolérer des contrôles fiscaux ou des enquêtes sur une dénonciation anonyme ?"

(discours à l'université du MEDEF, 30 aout 2007)

 

1) Je suis d'accord avec Koz, vraiment, quand il écrit:

"Une fois prise sa verveine vespérale, la proposition de Nicolas Sarkozy doit-elle inspirer une telle véhémence ? Imaginons un instant que Jacques Chirac l’ait faite. Ou François Mitterrand. Aurait-on assisté à un tel déferlement ? Nous savons que, Alain Finkielkraut excepté, nos intellectuels se seraient à l’époque incliné devant la justesse de la proposition. Venant de Jacques Chirac, il est probable que nombreux se seraient contents d’y voir une connerie. Mais, avec Nicolas Sarkozy, c’est “abject”."

 

 Il s'agit bien-sûr de la proposition consistant à confier la mémoire d'un enfant déporté à un écolier de 10 ans.

Remettre les choses à leur place, la critique dans le registre qui lui sied, donnerait sans doute une plus grande légitimité à la critique. Mais bon, je trouve plus pertinent de dénoncer la nullité de nos gouvernants que celle de notre opposition. 

 

2) J'ai été définitivement convaincu de ce point (que je résume par "le Président dit des conneries plutot que des trucs abjects") en lisant l'interview d' Emmanuelle Mignon dans le JDD, dont on a essentiellement retenu le message d'appaisement consistant à "confier la mémoire" d'un enfant juif déporté à une classe plutot qu'à un seul enfant. Pourtant il faut lire toute l'interview pour en tirer toute la saveur. Ce passage me parait assez époustouflant:

"Pourtant, quand Simone Veil fait remarquer que c'est lourd à porter pour un enfant "de s'identifier à un enfant mort", n'a-t-elle pas raison?


C'est vrai. Mme Veil a raison. On va travailler avec la communauté éducative et avec tous ceux qui s'investissent dans la mémoire de ces sujets, pour voir la meilleure manière de faire. Si vous prenez Le Journal d'Anne Frank, des milliers d'enfants ont été marqués par cet écrit. Et c'est un journal qu'on lit quand on a 10 ans. Il ne s'agit ni de traumatiser, ni de culpabiliser les enfants, mais il ne faut pas non plus les infantiliser en permanence. Ces faits dramatiques ont eu lieu, ils ont touché des enfants très jeunes et, comme l'a dit Xavier Darcos, nous faisons confiance à la communauté éducative pour trouver les mots, la manière, les moyens d 'y sensibiliser les enfants. Le discours du Président était très clair : l'enjeu est d'éduquer la victime potentielle comme le citoyen responsable parce nous pouvons tous un jour être victimes d'actes de racisme et nous pouvons tous un jour en devenir les auteurs. La Seconde Guerre mondiale a montré que les choses pouvaient aller très vite dans un sens comme dans l'autre. C'est un enjeu de civilisation que de transmettre la mémoire et les leçons de ces événements. "

 

3) pour lire quelque chose d'intelligent sur cette question, je vous renvois à cette interview d'Alain Finkielkraut.

"Notre ami Paul Thibaud, président des Amitiés judéo-chrétiennes, est très remonté. Il souligne qu’on n’enseigne pas l’histoire comme ça. Et l’association Liberté pour l’Histoire estime, dans une pétition lancée ce samedi, que cette “injonction de mémoire substitue une démarche purement émotive à un apprentissage critique de l’histoire qui demeure le premier devoir des éducateurs”.


Peut-être. Le musée de l’Holocauste à Washington qui a bel et bien une visée pédagogique joue également sur ce registre, puisqu’à l’entrée, on vous remet la carte d’identité d’une victime. L’émotion et la pédagogie peuvent donc aller ensemble. Ce qui m’inquiète, ce n’est pas qu’on mobilise les affects au détriment de l’intelligence, c’est le postulat selon lequel un enfant de 11 ans ne peut être sensible qu’à la souffrance d’un autre enfant de 11 ans. Cela voudrait-il dire qu’on a choisi de commémorer l’exécution de Guy Môquet dans les lycées et collèges parce qu’il avait 16 ans et qu’il faudrait attendre d’avoir l’âge de Pierre-Brossolette et de Jean Moulin pour prendre la mesure de leur héroïsme et de leur calvaire ? Non. L’école est un élargissement. On s’y délivre peu à peu de son temps et de son âge. Si je devais pour ma part parler de l’extermination devant des élèves, enfants ou adolescents, je commenterais l’une des innombrables photographies où l’on voit des soldats nazis entourer un vieux Juif et rire à gorge déployée pendant que l’un d’entre eux lui coupe la barbe ou les papillotes. Cette hilarité, cette brutalité, c’est la négation de l’humanité à l’œuvre. Et l’enfant, s’il y prête attention, s’identifiera au vieillard. Il comprendra de surcroît qu’il y a toutes sortes de rires et qu’il faut, pour accéder au rire de l’humour, se soustraire à l’obscénité fusionnelle du rire barbare. "

 

 4) mais là on questionne le fond de la mesure proposée, qui n'est pas abjecte, mais simplement bête.

Toute aussi bête est la façon de laisser entendre qu'être contre cette mesure, c'est ne pas vouloir que l'on enseigne la destruction des juifs d'Europe à nos enfants. C'est bête, mais c'est aussi insultant, et provocateur dans la volonté de diviser les Français.  

Il faut lire ou écouter tout le discours devant le CRIF, pour lire les simplifications rhétoriques qui confinent à l'absurde:

"Le drame du XXème siècle n'est pas né d'un excès de l'idée de Dieu, mais de sa redoutable absence. Si les religions sont impuissantes à préserver les hommes de la haine et de la barbarie, le monde sans Dieu, que le nazisme et le communisme ont cherché à bâtir, ne s'est pas révélé tellement préférable".

 

(au passage, j'aime bien le "tellement"). Le communisme et le nazisme sont contre Dieu. Donc j'ai raison d'être pour la religion.

 

" 50 ans après que l’on a fait dire à Malraux que le XXIème siècle serait spirituel ou ne serait pas, 15 ans après que l’on a entendu François Mitterrand confesser croire aux forces de l’esprit, mesure-t-on la chape de plomb intellectuelle qui s’est abattue sur notre pays pour  s’offusquer qu’un Président en exercice puisse dire tout simplement que l’espérance religieuse  reste une question importante pour l’humanité, et que croire dans quelque chose vaut parfois mieux que croire que tout se vaut ?"

 

 Et oui le retour de la chappe de plomb qui veut empecher le président de parler d'espérance religieuse (il en est quand même à 4 discours d'une heure depuis fin décembre). Est-ce la même chappe qui l'empêche de s'exprimer devant le Parlement? Est-ce la même qui fait que la France est le seul pays où on ne parle pas de monnaie?

 Ce propos me fache surtout parce qu'il laisse entendre que l'on a le choix entre deux options seulement: la religion et l'absence de valeurs. Comment voulez-vous que cela ne suscite pas l'agressivité? Et s'il est de mon pouvoir d'abattre une chappe de plomb sur un propos qui laisse entendre que ne pas avoir de sentiment religieux c'est nécessairement être un soixante-huitard libidineux et nihiliste, alors oui, je le ferai!

 Bon.

Je crois que je suis mur pour un nouveau mois sans Sarko.

 

 

23:00 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, Crif, emmanuelle mignon, nazisme

samedi, 16 février 2008

sexe, mensonges et SMS (ailleurs)

Un responsable politique envoit un SMS intime à quelqu'un qui n'est pas sa femme, qui est publié par la presse, puis cherche une solution en saisissant la justice? Ca ne peut se passer qu'aux Etats-Unis, et ça concerne le maire de Detroit, Kwame Kilpatrick.

Celui-ci entretient une relation avec sa dir cab (chacun est marié de son coté). Deux policiers municipaux qui avaient découvert l'affaire sont virés. Ils attaquent le  maire pour licenciement abusif. Le juge fait venir les deux tourteraux qui jurent qu'il n'y a rien entre eux (c'est un point décisif). Le tribunal accorde quand même 6 millions USD aux 2 licenciés. Le maire fait appel. Le juge faire saisir 14000 SMS échangés entre les 2 et le maire décide finalement de transiger pour plus de 8 millions USD . 

Un journal de Detroit publie quelque uns des SMS, croustillants et accablants.

Le maire s'est depuis excusé aupres des citoyens, mais cherche à faire juger devant la cour suprème du Michigan que l'ensemble des pièces ayant conduit à la transaction avec les policiers n'étaient pas des documents administratifs communicables.

Et oui, lorsque le maire saisi la justice, ce n'est pas pour faire condamner pénalement  le journal mais pour tenter d'établir que les informations diffusées étaient secretes et que le journal en cause n'aurait pas dû en avoir communication, commec'est le cas  en en faisant la simple demande en application du Freedon of information act. (cf le point de vue du journal sur la polémique).

Il est difficile de comparer cette situation avec une affaire française à laquelle elle a pu vous faire penser, notamment parce qu'il y a tout une dimension juridictionnelle préalable à l'affaire américaine qui n'existe pas dans son pendant français. Mais je reste assez étonné par la facilité avec laquelle un organe de presse américain peut obtenir en exerçant les voies de droit communes la communication de tels documents (qui sont donc par définition des vrais documents). 

26466163a829bd0403e0273f903d0770.png(illustration: amusante simultanéité et égale intensité des 2 buzz SMS)

23:40 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : SMS, kilpatrick, sarkozy, freedom of information act

vendredi, 08 février 2008

qu'est-ce que la politisation des municipales?

"Je m'engagerai à la place qui est celle du président de la République, le gouvernement s'engagera pour mobiliser notre électorat, (...) parce que le concept d'élection dépolitisée est absurde." (conférence de presse du 8 janvier 2008)

"Je ne veux pas me mêler du détail des municipales dans chacune des villes de France, ce n'est pas mon travail." (déplacement à Pau du 22 janvier 2008)

Les médias de gauche (ici par exemple), tout à leur mauvaise foi, voient dans ces 2 remarques une contradiction du propos du Président Sarkozy.

Il n'en est évidemment rien.  

"coup de pouce" de 200 euros pour les bénéficiares du minimum vieillesse versé au début du deuxième semestre, non-réforme des taxis, réponse à l'inquiétude des buralistes: n'est pas là la politisation des municipales que nous a promis le Président?

08:27 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : politisation des municipales

lundi, 28 janvier 2008

le guainoisme par l'exemple

Le grand jury d'Henri Guaino sur RTL dimanche soir pourrait presque être repris ligne à ligne. C'est du Guaino, on ne s'ennuie pas.

Une petite sortie m'a fait réagir plus particulièrement, lors de la séquence consacrée  à l'avenir de France Télévisions (écoutable ici - MP3). L'extrait qui m'interesse est la fin de cette séquence.

On demande à Guaino si le fait que le président de Francetelevisions n'ait pas été informé du projet présidentiel de suppression de la pub sur les chaines publiques avant la conférence de presse de l'Elysée n'était pas un désaveux de P. de Carolis.

Il répond en substance que ce n'est pas un désaveux, puisqu'il s'agit d'un président d'entreprise publique, et qu'après tout, si on le garde, c'est qu'on le veux bien. Donc pas de désaveux. Sauf que. Sauf que c'est le CSA, autorité indépendante qui est chargée de désigner le président de Francetelevisions, pas le président de la République! Guaino se reprend bien vite, il a bien vu sa bourde.

Je ne sais pas dans quelle mesure il faut y voir, de la part du conseiller du président, un mépris pour une autorité independante comme le Conseil supérieur de l'audiovisuel, ou la preuve que cette indépendance est prise pour quantité négligeable. Ne faisons pas de procés d'intention (pour une fois!). En revanche, j'y vois la limite  des techniques rhétoriques que prisent Guaino et Sarko (voir une analyse ici en anglais des figures rhétoriques les plus fréquentes), en l'espèce le raisonnement par l'absurde. "Je ne le vire pas, donc c'est que tout va bien.". Ici l'effet tombe à plat: en fait je ne peux pas le virer. La question revient à son point de départ. 

Dans ce genre de réponse par l'exagération absurde,  j'attends avec impatience la réponse de Sarkozy à la question qu'on lui posera bien un jour de l'excès de références aux bienfaits de la religion dans des discours recents. La réponse dont je rêve serait celle du "silence by rhetorical question": "alors vous trouvez que je dis trop de bien de la religion? Vous voudriez quoi? Que je crache sur les crucifix et que je viole des religieuses? C'est ça votre conception de la laïcité?".

 Bon, sinon, pour mémoire, pendant la campagne présidentielle (je veux dire celle AVANT qu'il ne soit élu), N. Sarkozy s'est plutot prononcé (le propos n'est pas lumineux) pour l'augmentation de la publicité à la télé, en particulier lors du discours sur la culture du show-case du 4 avril 2007 :

"C'est un fait, l'audiovisuel public est actuellement sous financé. Nous devrons trouver des solutions, sans tabous, car un financement convenable est indispensable si nous voulons mettre la barre de la création et de l'imagination audiovisuelles à la hauteur qui devrait être les leurs. (...)

Il existe un débat sur le financement, y compris entre nous. [c'est qui nous?]

Il y a les partisans de l'augmentation de la redevance. Je sais que c'est une des moins chères d'Europe, mais, dans mon programme, je ne tends pas vers une augmentation des impôts, théoriquement. Et il y a l'accès aux ressources publicitaires.

À partir du moment où cet accès existe, arrêtons l'hypocrisie. Soit on interdit l'accès aux ressources publicitaires et dans ce cas il y a une vraie spécificité. Soit on l'autorise et on laisse les chaînes publiques se battre à armes égales pour avoir de vrais financements.

Mais faire la moitié de l'un et la moitié de l'autre revient à avoir tous les inconvénients sans aucun avantage.

Je ne sais pas si j'ai été assez clair, mais dans mon esprit, ça l'est. Il faut le permettre. (...) Cela vaut peut-être la peine de se poser la question de l'accès du service public à la ressource publicitaire."

 

22:45 Publié dans politique , Politiques publiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : guaino, grand jury RTL, carolis, francetelevisions, publicité à la télé

mardi, 08 janvier 2008

extension du domaine du chiraquisme (conference de presse)

Il a raison Koz, il faut être un gauchiste de mauvaise fois et querelleur pour reprocher au Président sa politique de civilisation, qu'il a encore défendue lors de sa conférence de presse de ce jour: qu'est-ce qu'on aurait pas dit si il avait promu une politique de barbarie. Jamais contents ces socialistes.

Mais bon, cette proposition d'une nouvelle révision constitutionnelle pour intégrer de nouveaux droits n'est-elle pas sulfureusement chiraquienne? A la fois dans le contenu (quand on ne peut pas changer les choses, on change les noms -Jaurès) et par la méthode (on vient d'avoir un travail important de la commission Balladur sur les réformes constitutionnelles, qui n'est pas encore entré en vigueur: faut-il déjà en remettre une couche avec Mme Veil?).

Le plus sûr des mutismes ce n'est pas de se taire, c'est de parler (kierkegaard)

18:14 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : simone veil, conférence de presse, constitution

mercredi, 26 décembre 2007

you've got everything now (storytelling)

1) " don't want a lover, just to be seen in the back of your car"

(lumineuse et entêtante citation du "you've got everything now" des Smiths dans un billet très Smithien de Thierry Vedel)

2) "Cet affichage délibéré peut avoir quelque chose de décalé au regard des Français ordinaires, aux prises avec des difficultés de pouvoir d'achat et de logement, des perspectives de retraite difficiles et plus tardives, voire une précarité grandissante. Mais là n'est pas l'essentiel. Ce qui est en jeu, c'est le statut du chef de l'Etat, celui d'une fonction, qui pour garder son crédit, exige une pratique de tous les jours qui en préserve la hauteur. "

(don de leçon du Monde qui ne mange pas de pain)

3) je vais essayer, bientot, de formaliser ce que m'inspire le storytelling de notre président. Il me semble que comme souvent avec N. Sarkozy, on est un peu trop réducteur dans son opprobre.

 

16:50 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

mercredi, 24 octobre 2007

les rois de la com (politiques) ne sont-ils que des hommes (politiques)

Si le temps ne m'était pas compté, j'aurai écrit sur Guy Moquet pour m'etonner du tintamarre que cette affaire de lecture a fait, alors que l'on est dans le débat stérile et purement idéologique, alors que chacun sait qu'il y a de vrais réformes à faire.

Je me serai interrogé de la part respective des responsabilités des uns et des autres dans cette polémique, et notamment de l'eventualité d'un calcul politique de N. Sarkozy, visant simplement à occuper les foules et l'opposition (qui ne demande que ça) sur un sujet encore une fois assez gratuit. Je vous aurai rappelé l'invocation gouailleuse de Jaurès et Léon Blum par le candidat Sarkozy pendant la campagne, qui ne lui a sans doute pas fait gagner ni perdre une voix, mais qui a fait réagir au quart de tour la gauche, qui a pu donner d'elle-même une image sectaire (elle n'allait évidemment pas citer Barrès).

J 'en aurai conclu: il me bluffe, ce Sarko, c'est vraiment le roi de la com'. Il maitrise tout, jusqu'aux écrans de fumée. 

Et puis on a cette pitoyable faute de gout aujourd'hui, qui est cette proposition de loi sur le financement du Nouveau Centre. Le gouvernement est complice de cette proposition, puisqu'il l'a fait inscrire à l'ordre du jour prioritaire à l'assemblée.  Une telle proposition de financement ad hoc du petit frère de l'UMP tombe extrèmement mal, alors par exemple que le président de la plus puissante fédération patronale est obligé d'affirmer publiquement qu'il n'a jamais versé de pots-au-vin à des parlementaires. 

J'imagine que les membres du gouvernement qui ont poussés au feu cette proposition se font en ce moment traiter de nuls par Sarkozy, et qu'on en aura l'écho dans le Canrd enchainé de la semaine prochaine.

 

23:41 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

mardi, 16 octobre 2007

Le meilleur opposant?

1.) En écoutant un bout de D. de Villepin dimanche soir sur RTL, je me suis dit qu'il jouait plutot bien sa partition de premier opposant de France, que son propos était beaucoup plus clair et articulé que celui de l'opposition officielle, qu'on l'appelle PS ou MODEM.

2.) Mon compliment n'en est un qu'à moitié: bien souvent, être un bon opposant n'implique pas la même ascèse qu'être un bon gouvernant. On compte les points, quelques y-qu'à/ faut qu'on, une propension à s'inscrire dans une éthique de la conviction qui ne mange pas de pain quand on n'est pas responsable (l'auteur de ce blog a conscience de la mesure dans laquelle cette grille de lecture peut valoir pour ses écrits!). La faiblesse de la gauche est donc d'autant plus accablante que le rôle devrait être facile.  

3.) En réalité, Villepin est surtout clair parce qu'il est audible, et il est audible parce qu'il joue un rôle à contre emploi. C'est plus interessant, plus vendeur, d'entendre un ancien premier ministre UMP (en fait 2, puisque Raffarin était dans la même tonalité) dire du mal de l'amendement Mariani, du paquet fiscal, que tel ou tel "ténor" socialiste ou même  Bayrou.

4.) mais ce contre-emploi n'est-il pas surtout une revanche de l'histoire (petit h), dès lors que celui qui a mis en pratique la stratégie du premier opposant dans la majorité c'est précisemment celui qui subit les attaques répétées de Villepin, un certain N. Sarkozy? L'histoire se répète : d'abord en tragédie, ensuite en farce?

5.) ce même N Sarkozy, auquel le Canard enchainé du 9 octobre prête une formule qui rappelle celle du "croc de boucher" auquel il aurait  promis  de pendre les responsables de l'affaire Clearstream:   "il faut reconnaitre que face à la justice Villepin ne manque pas de panache C'est la garde meurt mais ne se rend pas. Ce n'est pas grave. Pourvu qu'elle meure".  

09:10 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : villepin, opposition

mardi, 18 septembre 2007

Tendre l'autre joue, mais pas la sienne (ségolène et jospin)

"Au fond ce qui me vient à l'esprit c'est peut-être cette parole de la Bible +pardonnez-leur parce qu'ils ne savent pas ce qu'ils font+. Donc, je pardonne à tous ceux qui m'agressent parce que d'abord je pense qu'ils me font moins de mal à moi qu'aux socialistes, qu'à toute la gauche", a déclaré Mme Royal.

Drôle de façon de pardonner, non? Ils me font moins de mal à moi qu'au PS, donc je pardonne, parce que le mal fait à la gauche, ce n'est quand même pas aussi grave que le mal fait à ma personne...

Selon Jospin, Ségolène Royal aurait notamment commis l’erreur, d'être "enfermée dans un face-à-face narcissique avec l’opinion".

Au dela du "racisme" anti-gourde (what else?) que semble déverser Jopsin dans son pamphlet "l'impasse", il me semble que cette idée de face à face narcissique est cardinale pour expliquer l'échec de Royal. C'est finalement la thèse centrale de "la femme fatale": on y voit Royal refuser le concours des hommes forts et le professionnalisme des petites mains du PS, et  s'entourer de personnages douteux (comment BHL pourrait-il être un gourou pour gagner une élection? glaçante anedocte du chignon) ou inexpérimentés (pathétique surinvestissement dans la ségosphère de Thomas Hollande: quelqu'un qui a 20 ans sait-il faire gagner une élection présidentielle?).

Une question de méthode plutot que d'idées ou de personnes?

Cela étant, la contribution de Lionel au débat des camarades de l'automne 2007 aura-t-elle un effet plus bénéfique que sa contribution à l'automne 2006? "D’une façon ou d’une autre, je m’efforcerai de contribuer à la victoire contre la droite"

 

08:50 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : l'impasse, jospin, ségolène, PS

mercredi, 05 septembre 2007

Conseiller du Prince ou homme de cour? (entourage)

J'ai lu ce bouquin, là, celui qui raconte de l'intérieur la campagne et la vie auprès du président.

Il pose la question grave de l'entourage du président, de la question du "bon" conseiller (p.534 et sv.) : est-ce le flatteur, le yes man, ou l'emmerdeur, celui qui sera capable,  à la question du Président "alors c'était comment mon discours?", de répondre : "C'était à chier, Président, nul, grotesque".Un tel agresseur, nous dit l'auteur, est l'hypothèse impossible, car si l'on ne veut pas protéger le président, on n'est pas de "l'entourage"... On fait bloc autour du président, c'est sain et malsain. Laisser entrer les miasmes du dehors: c'est risquer de faire le jeu de l'ennemi. Telle est la dynamique abêtissante et chaleureuse des entourages.

L'auteur cite alors cette superbe lettre d'un héros de la resistance, Pierre Brossolette, adressée au général de Gaulle à Londres le 2 novembre 1942.  J'en reproduit un extrait à mon tour:

"Je vous parlerai franchement. Je l'ai toujours fait avec les hommes, si grands fussent-ils, que je respecte et que j'aime bien. Je le ferai avec vous, que je respecte et aime infiniment.
Car il y a des moments où il faut que quelqu'un ait le courage de vous dire tout haut ce que les autres murmurent dans votre dos avec des mines éplorées. Ce quelqu'un, si vous le voulez bien, ce sera moi. J'ai l'habitude de ces besognes ingrates, et généralement coûteuses.

Ce qu'il faut vous dire, dans votre propre intérêt, dans celui de la France combattante, dans celui de la France, c'est que votre manière de traiter les hommes et de ne pas leur permettre de traiter les problèmes éveille en nous une douloureuse préoccupation, je dirais volontiers une véritable anxiété.

Il y a des sujets sur lesquels vous ne tolérez aucune contradiction, aucun débat même. Ce sont d'ailleurs, d'une façon générale, ceux sur lesquels votre position est le plus exclusivement affective, c'est-à-dire ceux précisément à propos desquels elle aurait le plus grand intérêt à s'éprouver elle-même aux réactions d'autrui. Dans ce cas votre ton fait comprendre à vos interlocuteurs qu'à vos yeux leur dissentiment ne peut provenir que d'une sorte d'infirmité de la pensée ou du patriotisme. Dans ce quelque chose d'impérieux que distingue ainsi votre manière et qui amène trop de vos collaborateurs à n'entrer dans votre bureau qu'avec timidité, pour ne pas dire davantage, il y a probablement de la grandeur. Mais il s'y trouve, soyez-en sûr, plus de péril encore. Le premier effet en est que, dans votre entourage, les moins bons n'abondent que dans votre sens; que les pires se font une politique de vous flagorner; et que les meilleurs cessent de se prêter volontiers à votre entretien. Vous en arrivez ainsi à la situation, reposante au milieu de vos tracas quotidiens, où vous ne rencontrez plus qu'assentiment flatteur. Mais vous savez aussi bien que moi où cette voie a mené d'autres que vous dans l'Histoire, et où elle risque de vous mener vous-même."

 

 Une telle critique de l'intérieur est rare. Il est d'ailleurs interessant de constater que cette lettre n'est reproduite à ma connaissance que sur des sites qui cherchent à démontrer que De Gaulle était un mauvais président, en s'appuyant en l'occurence sur l'autorité morale de Brossolette. C'est évidemment absurde, mais révélateur de la difficulté à porter la critique, à être conseiller du Prince plutot que courtisan. Car l'exemple est à méditer, que l'on soit le conseiller de De Gaulle, Mitterrand, un préfet, un ambassadeur, un directeur d'administration centrale, un chef d'entreprise...

L'auteur conclut ce passage ainsi:

"il va sans dire que mutatis mutandis, je n'aurais jamais eu la vaillance d'envoyer à mon président bien-aimé, sous pli TTU, un aussi rigoureux et altruiste réquisitoire. Je suggère néanmoins ceci à nos autorités: qu'un fac-similé de cette lettre soit affiché dans les couloirs et bureuax des palais. Non qu'elle oblige le conseiller à se comparer, donc à s'inquiéter. Les circonstances ne sont plus les mêmes, les temps. Se faire tuer pour un chef dont on a percé au radar toutes les faiblesses, comme le fit Brossolette arrêté en se jetant par la fenêtre de la Gestapo en 1944 - qui peut le demander à qui? Il ne serait pas raisonnable de tabler sur l'exception pour fonder les comportements de l'honnête moyenne. On ne fait pas un clergé avec des saints et des martyrs. Mais que deviendraient, que vaudraient les fidèles et les clercs sans, au-dessus de leur tête, l'image du surhumain?" 

Au fait, le bouquin dont je tire ces reflexions (il y en en beaucoup d'autres, de grande qualité, lisez-le), c'est "Loués soient nos seigneurs" de R. Debray. Il a obtenu en 1996 le prix novembre (qui se veut "l'anti-Goncourt"). De la grande littérature.

 

 

09:15 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Loués soient nos seigneurs, debray, courtisan, brossolette

lundi, 03 septembre 2007

le mois sans Sarko

Tiens, un éclair hier: et si je ne parlais pas de N. Sarkozy pendant un mois?

Il y a a à peu près 60 petites phrases par jour de président ("A quoi sert-il d'expliquer à nos enfants que Vichy, la collaboration, c'est une page sombre de notre histoire, et de tolérer des contrôles fiscaux sur une dénonciation anonyme, ou des enquêtes sur une dénonciation anonyme?") ou de ses collaborateurs (C. Gueant hier: "Nous essayerons de faire en sorte que la croissance soit dopée et je peux vous dire que Nicolas Sarkozy ne se contentera pas d'une croissance de l'ordre de 2%") qui justifieraient un commentaire, une analyse ou un coup de gueule.

J'avais commencé une analyse de détail du discours au MEDEF. Comment, sur la forme, les impros de Sarko me font penser à Molière (usage de la négation en "ne ..point", dialogues rhétoriques, etc. cf. la première scène des fourberies de Scapin). Sur le fond, la question des marges arrières (Sarkozy a déjà demandé en 2004 un rapport à ce sujet), et douze autres points, mineurs et majeurs d'un discours intéressant.

Intéressant comme toujours avec Sarko.
Ca fait plus d'un an que je regarde et analyse des discours de Sarkozy.
Et là, boom, overdose. Donc le mois de septembre sera, sur ce blog, un mois sans Sarko. Et il y a pleins d'autres sujets intéressants sur lesquels écrire. J'espère bien le faire.

08:45 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy

lundi, 27 août 2007

Désir de côte d'avenir de popularité

Les outils de sondage sont à l'évidence imparfaits. La question «A propos de cette personnalité, voulez-vous me dire si vous souhaitez lui voir jouer un rôle important au cours des mois et des années à venir ? » est sans doute mal formulée. (Si je réponds oui, cela veut-il dire que je souhaite voir la personnalité jouer un rôle important ou simplement que je veux bien dire au sondeur si je veux voir la personnalité jouer un rôle important?)

Mais l'outil proposé par TNS-Sofres, intitulé "côte d'avenir" est cependant interessant, parce qu'il nous propose la réponse à cette question pour de nombreuses personnalités, et sur un temps long.  Disons que c'est un peu plus serieux que le baromètre de popularité du JDD.

1.) on constate tout d'abord que la désignation au poste de premier ministre permet, d'un coup, de faire grimper sa côte d'avenir. C'est tout à fait frappant pour Fillon:

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Mais vous verrez un même phénomène chez la plupart des premiers ministres: Juppé, Fabius...

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Appelons ceci un effet de reconnaissance. Le temps long permet de  constater aussi que le désir de voir ces personnes jouer un rôle s'emousse assez vite.

 

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2.) Le cas DSK est interessant:

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 Il a clairement bénéficié d'un effet de reconnaissance en arrivant au gouvernement en 1997. (Fabius connait le même phénomène en 2000, lorsqu'il rejoint le gouvernement, le sex-appeal  d'un président de l'assemblée nationale étant semble-t-il inférieur d'au moins 15 points).

L'aspect curieux de la courbe de DSK est sa soudaine popularité à 53% en juillet 2007. Ma seule explication: un effet de reconnaissance lié à sa candidature au FMI. (Mais MAM connait aussi ces mois-ci ses meilleurs résultats, et j'ai du mal à voir ce qu'elle a pu faire pour le justifier...)

 

3.) Venons-en au président Sarkozy:

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Rarement au dessus de 30% avant 2002, il bénéficie très fortement de son entrée au ministère de l'intérieur. Depuis 5 ans, il parvient toujours de rester autour des 50% de désir d'avenir. Impressionnant.
 
 
4.) La différence avec S. Royal est frappante:
 
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 (gardons à l'esprit que les différents graphiques n'ont pas la même echelle)

A par un passage à vide en 2003 autour de 35% (rappelons que Sarkozy, entre 93 et 2002 a été très rarement au-dessus de 30%), elle est, depuis 1997, toujours entre 40% et 50%. Et l'on constate que sa courbe est très heurté dans la période récente.   

Alors que Sarkozy décolle tout à coup en 2002, pour ne plus atterir (au moins jusqu'à présent), la côte de Ségo, sans jamais déscendre très bas, fait depuis 5 ans des montagnes russes: jamais à des niveaux trop bas pour la disqualifier, jamais à des niveaux suffisemment haut dans la durée pour lui permettre de gagner.  

Trop populaire pour prendre la porte de sortie, trop peu fédératrice pour remporter l'élection présidentielle: il m'est avis que certains sondés sarkophiles doivent répondre "oui" quand on leur demande s'ils souhaitent voir Royal continuer à jouer un rôle dans la vie politique française.

23:50 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cote de popularité, cote d'avenir, TNS-sofres

jeudi, 23 août 2007

Démago?

Juste une coincidence de lecture, dans les 2 derniers jours:

- "Moi, je regrette, un type qui vend à des millions d’exemplaires ça m’intéresse. Si je lis pas Marc Levy, si je regarde pas le Tour de France, je fais un autre métier." (N. Sarkozy à Y. Reza, qui lui reproche de prendre un pot avec un écrivain aussi mauvais que Marc Lévy).

-  "Many times the people I see criticizing him are, you know, sort of elite, effete snobs who can't hold a candle to this guy.  What they don't like about him is that he is common sense, that he is Middle America." (Souvent, les gens que je vois le critiquer sont, vous savez, des membres de l'élite, des snobs un peu veules qui  ne lui arrivent pas à la cheville. Ce qu'ils n'aiment pas chez lui, c'est son bon sens, c'est qu'il est l'Amérique moyenne. K. Rove, le Guaino américain, au sujet de G. Bush).

-  "Nous parlons la langue du peuple (...) il faut utiliser son langage, parler sa propre langue" (J. Goebbels, Kampf um Berlin 1932, cité dans LQR (bouquin un peu trop gaucho pour moi, cher D!))

Juste des coincidences de lecture, vous dis-je - sincèrement. Je ne suis pas en train de traiter Sarkozy de facho. Après tout, ce n'est pas parce que Le Pen dit que le soleil est jaune qu'il faut affirmer qu'il est bleu, non

Mais qu'est que la démagogie? Mal parler le Français en oubliant les doubles négations? Suivre le peuple plutot que le guider? Simplifier la politique à outrance? Le billet de Jules et la discussion contradictoire qui le prolonge et l'approfondit sont passionnants sur ce thème. 

 

09:13 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, démagogie, Yasmina Reza, Karl Rove

mardi, 21 août 2007

comment sauver la promesse présidentielle sur les emprunts immobiliers?

Le conseil constitutionnel (CC) a donc déclaré contraire à la Constitution le mécanisme de crédit d’impôt sur les intérêts payés pendant cinq ans pour le remboursement d’un prêt immobilier, en tant qu’il est applicable aux emprunts contractés avant la promulgation de la loi TEPA. Je ne vois qu’une solution pour que le législateur puisse tenir la promesse présidentielle.

Le raisonnement du CC distingue 2 situations :
- pour les futurs emprunts (après l’entrée en vigueur de la loi)
- pour les emprunts déjà contractés

1. pour les futurs emprunts le CC tient un raisonnement en 3 temps :

a. premier temps : le mécanisme institué va inciter les bénéficiaires à devenir propriétaires de leur logement principal.
Ce raisonnement à mon sens est contestable : même avec 1500 euros par an offerts par l’Etat pendant 5 ans, il est difficile de devenir propriétaire. On peut également soutenir que cette mesure va simplement contribuer à entretenir la hausse des prix de l’immobilier

b. deuxième temps : l’accession à la propriété est un but d’intérêt général.
Le CC l’a déjà affirmé dans un domaine voisin (n° 2002-464 DC du 27 décembre 2002, par 27 et 34), mais beaucoup de gens sont très heureux sans être propriétaires, à commencer par notre président de la République. Et puis pour favoriser l’accession à la propriété, ne faudrait-t-il pas mettre en place une politique du logement très audacieuse, qui accroît l’offre de logement plutôt que la demande?

c. Dernier temps : La disposition n’accorde pas un avantage fiscal disproportionné, elle est donc validé.
Tout cela est très logique, mais c’est précisément parce que l’avantage est dérisoire pour les individus qu’il est inefficace. Dérisoire pour les individus ne signifie pas négligeable pour le budget de l’Etat : le crédit pour les nouveaux emprunts va de toute façon progressivement monter en charge, et dans 5 ans (si ce mécanisme existe toujours), il coûtera aussi que le projet tel que présenté au CC.

2. Pour les emprunts déjà contractés, le CC suit un raisonnement différent :

a. Premier temps : le mécanisme institué ne va pas inciter les bénéficiaires à devenir propriétaires de leur logement principal, puisqu’ils sont déjà propriétaires
Indéniable. Toutefois, il faut noter que la mesure ne vaut pas que pour le 1er achat d’appartement : un propriétaire peut vendre son appartement, et emprunter pour acheter un nouvel appartement, il se retrouvera dans la situation du 1. Admettons qu’il a fini de rembourser son emprunt et qu’il vende son appartement pour 200 000 euros. Il en achète un nouveau pour 180 000 euros. Plutôt que d’utiliser le produit de sa vente pour financer son nouveau bien, il peut placer cet argent et contracter en parallèle un prêt, qui lui donnera droit au crédit d’impôt.

b. Deuxième temps : le mécanisme vise en réalité pour les emprunteurs déjà existants à soutenir leur consommation et leur pouvoir d’achat.
Le CC se réfère aux débats parlementaires. En fait, les bénéficiaires de la mesure peuvent aussi simplement épargner, faire un remboursement anticipé... (on ne va pas discuter ici de l’effet Ricardo-Barro)

c. Dernier temps : « en décidant d'accroître le pouvoir d'achat des seuls contribuables ayant acquis ou construit leur habitation principale depuis moins de cinq ans, le législateur a instauré, entre les contribuables, une différence de traitement injustifiée au regard de l'objectif qu'il s'est assigné »

Contrairement à ce que j’ai pu lire, la différence cruciale n’est pas, à mon sens, entre ceux qui ont acheté il y a plus de cinq ans et ceux qui ont acheté il y a moins de cinq ans (même si selon Hugues, le choix des 5 ans avait été délibérément retenu pour l’exclure de la mesure, par vengeance fiscale).

En effet, il faut avoir à l’esprit la structure du remboursement d’un prêt : si vous remboursez 1000 euros par mois pour un emprunt de 100 000 euros, une partie est consacrée au paiement des intérêts à la banque et une partie au capital. Dans les premiers mois, autour de 50% du remboursement paît les intérêts (tout dépend du taux et de la durée de l’emprunt). C'est-à-dire, pour notre exemple chiffré, que 500 euros paient la banque et 500 euros remboursent le capital. Le mois suivant, le capital dû est de 99 500 euros. C’est sur cette base que vous payez des intérêts, donc un peu moins que le mois précédent, basé sur un capital de 100 000. Et ainsi de suite, chaque mois, une part plus
faible du capital est consacrée au remboursement des emprunts, et plus importante au remboursement du capital.

Donc, en général, ceux qui ont emprunté il y a plus de 5 ans paient moins d’intérêts que ceux qui ont emprunté plus récemment. Leur différence de situation me parait pouvoir justifier une différence de traitement, même si un mécanisme plus objectif n’utiliserait pas la barre des 5 ans (certains empruntent pour 7 ans, d’autres pour 25 ans) mais une règle de calcul de nature à identifier un certain poids des intérêts d’emprunts dans le pouvoir d’achat de l’emprunteur.

La vrai rupture d’égalité entre contribuables est en fait entre propriétaires emprunteurs et locataires : si l’on a une mesure qui vise à soutenir le pouvoir d’achat, pour favoriser les emprunteurs « étranglés » par leurs intérêts d’emprunt et laisser sur le carreau les locataires qui doivent payer des loyers qui ponctionnent tout autant leur pouvoir d’achat ?

d. le CC ajoute que cet avantage fiscal fait supporter à l'État des charges manifestement hors de proportion avec l'effet incitatif attendu
Pour ma part, j’aurai également utilisé cet argument dans le I : on dépense de l’argent dans des proportions très lourdes pour les finances publiques.



3.) En conclusion, tenir la promesse présidentielle d’octroyer, par effet d’aubaine, un chèque aux emprunteurs actuels parait très difficile pour respecter la jurisprudence du CC.

A mon sens, la voie la plus sûr est la plus honteuse. L’opposition s’est en effet montrée très virulente dans les débats parlementaires contre ce fameux article 5 du projet de loi TEPA (dans la discussion, il s'agissait alors de l'article 3). Pourtant, dans sa saisine du CC, elle n’a soulevé aucun moyen contre cet article. C’est parce que le CC s’est octroyé le droit de soulever des moyens d’office que cet article a été partiellement censuré.

On comprend bien l’opposition : elle n’a pas envie d’être accusée d’avoir contribué à priver quelques millions de Français des classes moyennes supérieures de leur chèque-appartement. Imaginons que le Parlement vote à nouveau cet article 5, dans une nouvelle loi qui ne porterait que sur ce sujet. Si l’opposition est cohérente avec elle-même, elle ne devrait pas saisir le CC. Et comme le CC ne peut s’auto-saisir d’une loi, celle-ci serait promulgué sans encombre.

Vous aussi trouvez que cela illustre les limites du contrôle de constitutionnalité en France ?

10:55 Publié dans droit public , politique , Politiques publiques | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : intérêts d'emprunts immobiliers, 5 ans, conseil constitutionnel, principe d'égalité devant l'impôt

mercredi, 25 juillet 2007

Raconter des histoires crédibles

1.) Je reste scotché par cette vision de la politique d'Henri Guaino, proche conseiller de N. Sarkozy:

"La politique, c’est écrire une histoire partagée par ceux qui la font et ceux à qui elle est destinée. On ne transforme pas un pays sans être capable d’écrire et de raconter une histoire."

Scotché, parce que cette dimension de la politique, comme storytelling, comme business du narrative,  est une conception de la politique qui me passionne, comme j'essaie de le montrer avec certains de mes billets les moins orthodoxes ("The best undercover identity is oneself with the volume turned up and restraint unplugged."). Je ne m'attendais simplement pas à ce que cette vision de la politique soit explicitée avec autant de candeur. 

J'ai envie de rapprocher cette idée de cette phrase borgésienne de P. Auster: "Les histoires n'arrivent qu'à ceux qui savent les raconter". Elle illustre bien le volontarisme sarkozyen: "si d'autres y avaient de bonnes idées,  z'avaient qu'à y aller!".

 Je la rapproche encore de cette formule de Chesterton (tirée semble-t-il du bien nommé "club des métiers bizarres"):

"La vérité doit forcément être plus étrange que la fiction car la fiction n'est qu'une création de l'esprit humain et, par conséquent, est à sa mesure."

Toute la difficulté surgit  évidemment lorsqu'on s'inscrit dans un projet Guainoien: si la réalité doit prendre la forme de la fiction, ceci requiert-il d'être plus crédible que d'habitude? Ou simplement ceci dispense-t-il de reflechir et permet de simplifier à l'excès la politique?

 2.) Le JT de France 2 comparait recemment N. Sarkozy à Jack Bauer.

 

2.1) Il y a en effet du Jack Bauer chez Sarkozy.  

Il y a ce refus de respecter les règles lorsqu'elles sont absurdes et contre productives.  Quand Jack Bauer a besoin de sortir un tournevis pour désamorcer une bombe nucléaire, il y a toujours un bureaucrate pour lui opposer l'absence de contreseing du bordereau d'utilisation Et que fait Bauer: il va à l'encontre du protocole (buvez un verre - règle 10). 

De la même façon, Sarkozy nous dit: quel sens y a-t-il à me dire que c'était Kouchner et pas Cécilia qui aurait dû y aller? Aucun. Le plus important, c'est le résultat. Et il a raison: la diplomatie doit être souple et  ne pas toujours passer par les voies officielles. On connait l'action de médiation de la communauté religieuse Sant'Egidio. Le fameux Joerg Haider, toujours gouverneur de Carinthie, a failli jouer le role de Cécilia, si l'on en croit la lettre du fils de Kadhafi qu'il a fait diffuser il y a 15 jours (la 2ème partie de la dépêche est en anglais)...

Je note aussi que Jack et Nico ont la  même manie d'utiliser des membres de leur famille (respectivement fille et femme) dans le cadre profesionnel.

2.2) Certains reprochent à la série 24 d'être trop simpliste.

Je trouve quand même que comparé à N. Sarkozy, l'exposé des dilemmes auxquels est confronté Bauer est plutot subtil: Chez Bauer, il y a toujours à mettre en balance le résultat et les moyens d'y parvenir, une interrogation sur les limites (morales, matérielles) de l'action.

Il n'en va pas ainsi chez Sarkozy: toute question sur le coût, les contreparties à la libération des infirmières est indécente. Seul le résultat compte. A n'importe quel prix.  

Prochaine mission: libérer  la prix nobel de la paix de Birmanie Aung San Suu Kyi. Si la junte birmane accepte de la laisser partir, on reconnait que ce régime militaire est légitime? 

22:40 Publié dans miroir des médias , politique , Politiques publiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, infirmières bulgares, jack bauer, 24, Guaino, Aung San Suu Kyi

mardi, 17 juillet 2007

Et si ce n'était pas elle? (I)

S. Royal a commencé hier son autocritique. Je trouve ça très bien de revenir sur ce qui n'est pas allé dans cette campagne. Je suis juste embété, parce que j'avais prévu d'écrire un billet la-dessus, et que SR avait annoncé il y a une semaine qu'elle ferait son autocritique à la rentrée. Du coup, je suis pris de court.

Je viens de finir la lecture de "La femme fatale". Un prochain billet s'appuiera sur ce livre pour revenir sur la campagne. Il est amusant de lire ce livre légèrement après son pic médiatique. Parce exemple parce que depuis, on a appris la séparation de SR et Hollande, et que des dizaines de page de ce livre deviennent transparentes: "le divorce était consommé, non seulement avec la direction du PS mais avec le premier secrétaire".

L'épisode suivant  fait presque sourire et illustre en quelques lignes les 2 thèses principales du PS :

- celle des Royalistes: avec un PS aussi obtu, on a pas été aidé

- celle des autres: SR a fait l'erreur de s'aliéner les forces vives du PS

On est dans le chapitre sur Bayrou : SR annonce le 24 avril que rien n'interdit qu'elle fasse appel à des ministres centristes en cas de victoire.

Citation du livre, p. 219: "Au PS, aucun des barons de la gauche n'a été prévenu. "Il parait qu'elle veut nommer des ministres centristes", appelle affolé, un collaborateur de Jean-Pierre Bel. "Mais tu rêves, répond le président du groupe socialiste au Sénat. C'est impossible".  

Evidemment, deux mois après l'ouverture, ce type de crainte, cette pureté dangeureuse, donne l'impression que beaucoup au PS ont manqué de longueur de vue en préférant la proie pour l'ombre...

(la suite au prochain numéro). 

08:45 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ségolène, femme fatale, autocritique, jean-pierre bel

lundi, 25 juin 2007

le cumul décomplexé et la révision de la Constitution

Le Canard enchainé de mercredi dernier ("Sarko privé de Congrès") revient sur la victoire de la majorité présidentielle, victoire trop faible pour l'assurer de la majorité des 3/5 du congrès (Assemblée nationale et sénat) qui est nécessaire pour opérer une révision parlementaire (et non par référendum) de la Constitution. Cette histoire est très bien analysée par Emmanuel.

L'article mentionne en passant 2 réformes constitutionnelles qui étaient envisagées pour l'automne:

- la possibilité pour le président de la République de s'exprimer devant l'Assemblée nationale. C'est typiquement la réforme gadget comme les aime Sarko: le président peut déjà faire lire des messages devant les assemblées, et il peut envoyer son premier ministre discourir. Il peut aussi parler de ses réformes à la télévision. Le faire devant l'assemblée me semble être surtout une occasion de photo-op.  

- permettre le retour automatique des ministres à l'assemblée nationale après leur départ du gouvernement.  Voila qui éclaire d'un nouveau jour le pari débile  engagé par une partie du gouvernement Fillon et perdu par le seul Juppé.  Un tel projet de réforme constitutionnelle relève j'imagine du cumul décomplexé, qui est une des images de marque de NS, notamment dans sa recherche de démarquage par rapport à Chirac (souvenez vous du cumul présidence UMP-ministre et exécutif local). Mais je reste frappé par ce manque de flair de Sarko sur ce thème du cumul des mandats (pas seulement spatial mais aussi temporel), qui exaspère les Français par son coté République à papa. 

 

23:18 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : cumul, révision de la constitution, photo-op, congrès

vendredi, 22 juin 2007

La vie des sectes (II) (seeing is believing)

1.) "Le SMIC à 1.500 euros brut dans 5 ans, qui est une idée phare de Laurent Fabius, ou la généralisation des 35 heures sont deux idées qui étaient dans le projet des socialistes, que j'ai dû reprendre dans mon pacte présidentiel et qui n'ont pas du tout été crédibles" (S. Royal)

 

2.) "Un texte peut toujours progresser", a ajouté Laurent Wauquiez.

Interrogé sur les difficultés techniques pointées par les économistes sur ce dispositif favorisant les heures supplémentaires, le porte-parole du gouvernement a affirmé que le projet du gouvernement était "extrêmement réfléchi".

"C'est un choix politique fort (...) La grande force du président Nicolas Sarkozy est de ne pas se laisser décontenancer" par des arguments techniques, a-t-il dit.

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08:49 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : wauquiez

jeudi, 21 juin 2007

la vie des sectes (you gotta believe)

medium_chute.jpg (photo de Denis Darzacq)

 Le discours du Havre du Président, 29 mai 2007 (quelques extraits, juste parce que c'est un discours sympa dont je n'ai pas eu l'occasion de parler... En même temps il parle de lui-même)

"Je vois bien que la pensée unique est de retour. Comme toujours, après avoir subi une défaite, elle revient à la charge. On la voit s’insinuer partout et s’opposer à tout.
Je le dis tranquillement mais fermement. Son règne est terminé. Je veux que l’on puisse penser librement, débattre librement, décider librement. Je suis pour la liberté de l’esprit et contre tous les conformismes. Je suis pour que l’intelligence soit libre, pour que l’imagination soit libre.

La pensée unique veut interdire de parler de la monnaie. Je continuerai à parler de la monnaie, parce que dans tous les pays du monde on parle de la monnaie, parce que dans tous les pays du monde on se sert de la monnaie, parce que lorsqu’on surévalue la monnaie on dévalue le travail.

La pensée unique ne veut pas entendre parler de protection. Elle traite de protectionnistes tous ceux qui veulent plus de protection. Je revendique le droit d’être pour la protection sans être protectionniste.

La pensée unique s’oppose à l’exonération des charges et des impôts pour les heures supplémentaires. Cette exonération je l’ai promise et je la ferai. Parce que je crois au travail, parce que je crois à cette idée simple que l’on doit pouvoir travailler plus pour gagner plus. Parce que je crois que c’est le travail qui crée le travail.

La pensée unique s’oppose à la déduction du revenu imposable des intérêts des emprunts contractés pour l’achat de sa résidence principale. Cette déduction je l’ai promise et je la ferai. Parce que je veux une France de propriétaires. Les intérêts seront déductibles à partir du jour où la loi sera votée, et cette déduction, comme je m’y suis engagé, s’appliquera à tous les emprunts en cours.

La pensée unique récuse le bouclier fiscal à 50% y compris la CSG et la CRDS. Ce bouclier fiscal je l’ai promis et je l’instaurerai. Parce qu’il vaut mieux que les capitaux français créent des emplois et payent des impôts en France plutôt qu’à l’étranger. Parce que la réussite doit être encouragée. Parce que laisser la moitié de ses revenus au fisc c’est déjà considérable. Et si tous les talents s’en vont, où irons-nous chercher la croissance ?

(...)


La pensée unique dit que l’on ne peut pas supprimer un poste de fonctionnaire qui part à la retraite, ni supprimer tous les organismes inutiles. Je le ferai quand même, parce que je veux démontrer que la réforme de l’Etat est possible et qu’elle peut permettre de réduire considérablement le gaspillage de l’argent public."

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lundi, 18 juin 2007

news cycle (séparation, gestion, révélation)

On a eu un début de soirée où la défaite de la gauche (quand même) pouvait avantageusement être tournée en fin d'état de grace pour Fillon et Sarkozy, et une gestion normale du "news cycle" aurait dû conduire ce matin à ne parler que de cela ce lundi matin, avec ses bonnes pépites: Juppé, Klarsfeld, etc...

Le scoop entendu hier soir peu après 22h de la séparation entre Hollande et Royal est donc tombé un peu bizarrement:  c'est devenu ce lundi  le sujet qui intéresse le plus, et la soupe à la grimace que la droite devrait faire encore quelques jours sera sans doute moins accentuée de ce simple fait. Ce n'est plus "le" sujet. (la une du Monde .Fr à 9h20 ce lundi))

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France inter diffuse peu avant 8 heures ce lundi l'interview de S. Royal (enregistrée samedi), qu'elle avait prévu de passer mardi matin, dans laquelle elle annonce qu'elle a demandé à François de partir (visiblement c'est plus compliqué que ça, mais bon, la TVA sociale aussi c'est compliqué, et ce n'est pas le sujet de ce billet).

Les journalistes avaient l'info depuis plusieurs jours, et Royal avait prévu de la faire sortir 36h plus tard.   L'explication la plus probable de ce carambolage est que des "amis de la droite" ont  su imposer leur propre news cycle, en imposant la sortie de l'info beaucoup plus tôt que prévu. 

Il parait très peu pro de la part de Royal d'avoir prévu de faire une telle sortie (je ne parle pas du fond) quelques jours après les législatives. J'imagine que l'explication tient au fait qu'elle entendait elle-même imposer son propre news cycle, en réaction au tsunami bleu qui était annoncé. Dans cette hypothèse, il ne devait en tout état de cause n'y avoir qu'un seul news cycle: celui de la séparation, en étouffant celui du tsunami. Arroseur arrosé? 

En tous cas, j'y vois un signe supplémentaire d'une vélocité et d'une adaptabilité beaucoup plus grandes de la droite aux changements de circonstances. Ce n'est pas autrement qu'elle a gagné ce cycle d'élections.

09:15 Publié dans miroir des médias , politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : news cycle, séparation hollande royal

dimanche, 17 juin 2007

wow...

en ce soir de 2ème tour des législatives, c'est la première fois que je vois Rachida Dati à la télé tirer la gueule (TF1 20h03).

20:05 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : rachida dati

mercredi, 06 juin 2007

mission impossible?

1.) "la production officielle de croyance distinguera, parmi les relais de crédibilité à disposition, les notabilités intellectuelles et les leaders d'opinion. (...) D'où des gratifications appropriées à chaque catégorie.

Aux membres de la première, sera confiée 'une mission de réflexion et de proposition' sur 'un grand problème de l'heure' (la drogue, l'enseignement, les relations culturelles, la radiotélévision, la sécurité publique, la modernisation de l'Etat, la révision de la Constitution, etc.). Il s'en suivra (...) la remise solennelle d'un rapport  un ou deux ans après. Ce dernier sera neuf fois sur dix enfoui dans un tiroir et sans effet aucun sur le problème envisagé, mais le but de l'opération était l'opération elle-même, ses vibrations dans le milieu intellectuel et ses reprises à l'extérieur, dans la presse ('l'évennement" de la désignation, celui ensuite du grand colloque et enfin de "la remise du rapport").

Les leaders d'opinion méritent un autre traitement, plus personnel et plus suivi, à la mesure de leur capacité de nuisance et de 'projection d'image': petits-dejeuners, tête à tête à la campagne, invitations spéciales aux voyages officiels, confidences "off the record", facilités d'accès aux réunions réservées, (...). Il n'y a pas corruption ou domestication mais cooptation et connivence, avec toutes les ambigüités propres à une relation qui mêle de part et d'autre  l'intérêt à l'amitié. Car la séduction personnelle n'est pas plus désintéressée que ne l'était jadis l'éducation collective et civique. Elle instrumentalise ceux et celles qu'elle flatte." (R. Debray, L'Etat séducteur)

 

2.) J. Attali est une notabilité intellectuelle.

Il ne dément pas sur son qu'il pourrait accepter une mission du président de la République, et confirmait cette absence de démenti ce matin 6 juin sur France inter, en indiquant qu'il se donnait le temps de la réflexion. Il y a une forme d'habileté à jouer la montre dans notre culture de l'immédiateté. (Tiens, Big bang blog parle de l'effet jogging, théorisé par Debray. Je n'en parlerai donc pas).

 

3.) Jack Lang est un leader d'opinion (et oui).

"L'entourage de Jack Lang dément catégoriquement l'information publiée par Le Parisien, lundi 4 juin, selon laquelle l'ancien ministre socialiste serait prêt à accepter une mission culturelle confiée par Nicolas Sarkozy." (Le Monde)

Quelle idée de le traiter comme une notabilité intellectuelle...

Mais j'aime surtout la mise en perspective suivante, qui montre que le cynisme de l'analyse de Debray ("le but de l'opération est l'opération elle-même") peut être transcendé d'un cynisme au carré, qui est sans doute l'explication de l'étonnante longévité politique de Lang:

"Interrogé par Le Monde.fr, le député strauss-kahnien Jean-Christophe Cambadélis propose une piste de lecture : "Jack Lang peut utiliser une ambiguïté dans le cadre de sa campagne législative, à Boulogne-sur-Mer. La rumeur d'une mission donnée par Nicolas Sarkozy ne fait qu'une brève dans Le Parisien mais sera beaucoup relayée dans sa circonscription. Cela montre qu'il a du poids, qu'il peut être aussi utile à la région de Boulogne-sur-Mer que son adversaire UMP. C'est un peu comme quand il est allé voir Nicolas Sarkozy au moment de la composition du gouvernement [le 17 mai]"."

 

 

09:50 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Jack Lang, Debray, Jacques Attali

mardi, 05 juin 2007

le suffrage, tout le suffrage, rien que le suffrage?

Le besoin impérieux des ministres d'obtenir l'onction du suffrage universel en se présentant aux élections législatives continue de me laisser songeur. J'ai bien compris qu'on était dans la rupture, dans l'anti-Villepin. Je comprend aussi que le gouvernement ait intérêt à obtenir une majorité à l'assemblée, puisque c'est la condition à terme de sa pérennité. Mais les ministres ont l'ambition de rester ministre et vont donc démissionner de leur mandat éléctoral s'ils gagnent. Contrairement à ce que souhaite Fillon le gouvernement n'a pas à aller "devant le peuple pour lui demander sa confiance": le gouvernement va devant l'assemblée nationale pour lui demander sa confiance, en engageant sa responsabilité.

 Eolas a écrit un très bon papier la-dessus , et relève par exemple que "les habitants de Brûlon, Loué, Malicorne sur Sarthe, Sablé sur Sarthe, La Suze sur Sarthe, Le Mans Ouest, et Allonnes ont un droit de véto sur le premier ministre : qu'ils n'élisent pas François Fillon, et le Président de la république ne pourra pas le rappeler à Matignon, puisque le premier ministre a annoncé que les ministres battus ne seraient pas repris, cette règle s'appliquant à lui-même."

1.) La mystique du suffrage universel medium_ns_legis.jpgme parait donc étrange, dans notre cadre constitutionnel actuel (qui est lui-même étrange, mais la prise de position gouvernementale n'arrange rien). Comme le notait Lefred-Thouron dans le Canard enchainé, tant qu'on y est, pourquoi Sarkozy ne se présenterait pas lui aussi aux législatives, dans plusieurs circonscriptions? 

Le suffrage universel est évidemment quelque chose de formidable. Mais il devrait plutôt servir à faire élire des gens  qu'à faire valoir qu'ils sont différent de Villepin, non? 

Cet épisode me rappelle un peu la geste Boulangiste de 1888-89: le général Boulanger se présente personnellement à toutes les élections partielles, dans les Bouches du Rhône, l'Aude, la Dordogne, le Nord, la Charente-inférieure... A chaque victoire il démissionne, afin de pouvoir se présenter à nouveau. Une façon comme une autre d'exister politiquement? Plutot un dévoiement plébiscitaire du suffrage universel.    

 

 

2.)  Deuxième élément gênant: le clientélisme décomplexé.

"c'est plutôt une chance d'avoir la ministre de la Santé pour défendre la première circonscription [du Maine-et Loire]" dixit Mme Bachelot, qui pour la petite histoire était député européen jusqu'à sa nomina