jeudi, 08 mars 2007

Faut-il une bonne raison pour voter pour un candidat? (si oui, laquelle?)

Retranscription d'une courte réflexion sur le thème:

si je devais pointer une seule bonne raison de voter pour chaque candidat à la présidentielle, laquelle serait-elle?

 

Comme je n'envisage aujourd'hui, même pour le plaisir de la conversation, que de voter pour un gros candidat, voici donc mes réponses pour "les 3 candidats" :

-  une bonne raison pour Ségolène Royal: J'ai toujours voté à gauche, fondamentalement parce que je crois que la politique a un rôle à jouer dans la justice sociale et que la gauche incarne le mieux cet objectif. Ne pas voter à gauche me donnerai l'impression de prendre un sacré coup de vieux. (on pourrait croire que ma réponse cherche à tricher en donnant deux "bonnes raisons", mais à la réflexion je ne le crois pas)

-  une bonne raison pour Nicolas Sarkozy: grace à sa proposition phare consistant à permettre la déduction du revenu imposable des intérêts d'emprunts immobilier, je rembourserai mon appartement beaucoup plus vite et/ou j'aurai un revenu disponible beaucoup plus important, que j'utiliserai notamment pour emmener ma famille en voyage à l'étranger. (Vous comprendrez que cette motivation, sincère chez moi, heurte frontalement la pétition de principe que j'exposais dans le premier item...)

- une bonne raison de voter François Bayrou: provoquer une recomposition de l'échiquier politique, en forçant en particulier le PS à faire son Bad-Godesberg (abandon du marxisme et adoption de la social-démocratie) ou plus probablement son second  congrès de Tours  (les marxistes avec les marxistes, les réformistes avec les réformistes). (Vous noterez avec ironie que jusqu'en septembre dernier, j'aurai cité cette bonne raison à l'appui d'une candidature Royal).

 

C'est quoi votre bonne raison? 

lundi, 29 janvier 2007

2007: Comment traiter la campagne? (quand faut-il rire?)

De gros doutes sur la personne pour qui je vais voter, de gros doutes sur la capacité des candidats qui nous sont proposés à être bons. Curieuse sensation depuis quelques semaines de lire un peu partout toujours la même chose, à base de Ségobourdes. Surprenant manque de commentaires critiques sur le programme de Sarko de la part de mes blogueurs préférés (alors que lui nous présente un programme..).

Envie de passer des agrégateurs   aux disséminateurs. C'est ainsi que je découvre Optimum, avec deux billets courts, efficaces, pour relancer le débat sur le discours économique de Sarkozy, un peu vite qualifié de social-démocrate.

Je vous propose maintenant deux propos quasi-imaginaires de profs qui font rire les élèves:

1°) d'un professeur à qui l'on prête des bourdes qui ne se sont sans doutes jamais produites: " C'est un monde ça! dès que j'ouvre la bouche, il y a un imbécile qui parle!"

No offense, mais depuis quelques semaines, un certain nombre de blogs me semblent se cantonner dans le rôle paresseux  de relayer les propos supposés bêtes de S. Royal. Le piquant de tout cela est que dès que Ségolène Royal parle, et que le propos est repris sur un blog, on a le sentiment parfois qu'un seul imbécile parle, parfois deux. 

Souvent trois en réalité,  puisque les seconds couteaux de l'UMP se font un plaisir de ridiculiser la campagne en faisant de bourdes plus ou moins vénielles (les électeurs trancheront) les sujets du débat public. 

 

2°)  d'un professeur légèrement estropié qui à chaque rentrée défiait ses élèves: "vous avez 5 minutes pour rire de mon infirmité".

La satire me semble un profond outil heuristique. Et "la plus perdue des journées est celle où l’on n’a pas ri" (Chamfort) . Loin de moi l'idée que la campagne ne doive donner aucune place à la rigolade.

Le discours de Sarkozy est à plusieurs étages. L'un d'entre eux est là pour satisfaire l'orgueil des commentateurs installés, qu'ils soient blogueurs ou journalistes. Il est alimenté par des références à Jean Jaurès, à Valmy, à Camus...

Qu'on apprécie le personnage ou pas, son discours rentre bien dans les repères culturels que nous (je fais bien-sur partie de ces commentateurs installés) avons. Il faut dire que sa campagne se prépare depuis au moins 5 ans. Chaque déplacement à l'étranger est depuis des années conçu comme une préfiguration de la campagne présidentielle, à coup de photo-ops.
De ce point de vue, sa campagne est classique: un peu de populo, un peu d'intello. Quand il ne fait pas peur, son discours ronronne dans des codes connus.Et il est plus intéressant de disserter - un peu - sur le thème "Jaurès est-il de droite?" que sur le sens de supprimer les droits de succession. Avec Sarko, on s'indigne, on disserte, mais on ne rit pas et on ne regarde pas trop le concret.

"Pour les dieux, nous sommes comme des mouches dans les doigts d'enfants méchants: ils nous tuent pour leur divertissement" (Shakespeare). La campagne de Ségolène est un peu fauchée, pleine d'amateurisme. Les propos et la méthode de Royal détonne, déroute et fait parfois pouffer. Rions donc 5 minutes, mais ne nous arrêtons pas là. Je suis le premier à considérer qu'elle n'est pas la candidate idéale. Mais nous vivons dans un monde de choix contraints.

La dégommer pour le divertissement est irresponsable et sans doute sous-optimal: je n'aurai pas le sentiment d'avoir beaucoup avancé si mon choix se réduit à l'alternative entre Bayrou et Sarkozy.

Ne faisons pas les difficiles plus que de raison. La politique étrangère n'est pas tout. Sinon, il faut voter Villepin, je vous garantis qu'il peut vous citer l'article 39 de la convention de Vienne de 1961.

 

 



mardi, 31 octobre 2006

La révolution sera-t-elle télévisée?

1. La question du rôle de la télévision dans la vie publique, ou dans une élection comme celle de 2007 n'est franchement pas sexy, pas du tout politique 2.0. L'actualité me semble foisonner pourtant autour de cette question de l'image, face à laquelle je manque sans doute de bagage théorique pour fournir un billet bien articulé. Voici donc en vrac quelques exemples, au risque d'une liste à la Prevert.

2. L'impact d'une vidéo publiée sur youtube peut-il être vraiment aussi grand que celui d'un document diffusé à la TV? Il faut sans doute s'interroger sur la qualité du document: le témoignage post-mortem de Bourdieu sur le droitisme de Ségolène Royal était tellement affligeant qu'il ne pouvait être qu'un pétard mouillé, images ou pas images à l'appuie.

2. bis. De même pour la "vidéo qui crucifie Sarko", comme l'indique un peu vite Libération.

2. ter. Tout n'est-il pas affaire de spin? La cassette Mery me semble assez largement associée dans l'esprit de nos concitoyens à DSK, alors que ce témoignage post-mortem concernait des accusations dirigées contre J. Chirac en matière de financement illégal des partis politiques. La cassette a été youtubisée (ici). Si elle l'avait été à l'époque,  le tour de passe-passe consistant à mettre en avant la légereté de DSK aurait-il était possible? Je le crois. Machiavel plus fort que le web 2.0. Le concept "d'affaire dans l'affaire" nous rappelle bien-sur Clearstream, dont il faudra reparler.

3. Le besoin d'image comme substitut de la confiance... De l'enregistrement des gardes à vue et des auditions devant le magistrat instructeur jusqu'au conseil des ministres. L'outil qui prépare le crime, l'utilisateur de téléphone portable-caméra qui le commet.

4. Le besoin d'image pour se faire une opinion. Curieux épisode du meeting socialiste du Zénith et des sifflets contre S. Royal... Pas d'images, mais du son. Et si pour se faire une idée, le mieux n'était pas l'écrit? Le point de vue de Cardamome  est publié chez Phersu, sur un blog, mais on est à l'essentiel du média écrit, presque dans sa tradition.

5.J'ai évoqué mon agacement à voir des politiques publiques décidées par film interposé, ou un processus juridictionnel subir l'influence d'un téléfilm (c'était l'affaire Seznec, mais il en aurait été de même avec le "petit Grégory"). Le Monde publie un article interressant pour montrer comme l'art influence la politique, depuis "Notre Dame de Paris" à l'origine de la protection des monuments historiques. "Surmédiatisation, accélération du temps, culte de l'effet d'annonce : Indigènes et son succès renvoient une image peu reluisante de notre grand cirque cathodique., écrit l'auteur de l'article, Nathaniel Herzberg.

6. Joe Trippi, reprennant Gil Scott Heron, annonçait que la révolution ne serait pas télévisée. Je crois que pour sa part, l'élection présidentielle de 2007 le sera.

vendredi, 20 octobre 2006

Désignation du candidat PS: selon vous, les Français ont-ils raison d'avoir tort?

 

 Le sondage suivant de l'institut CSA est l'occasion de se moquer un peu des sondages. Cedons à la facilité.

La question était: Selon vous, quelle a été la personnalité la plus convaincante lors du débat télévisé d'hier sur La Chaîne Parlementaire – Assemblée Nationale et Sénat portant sur les questions économiques et sociales ?

Il s'agit donc du fameux débat entre les trois candidats à la candidature PS.

Regardons d'abord la réponse de l'ensemble des Français:


Ensemble des Français

 

%

- Ségolène Royal

24

- Dominique Strauss-Kahn

19

- Laurent Fabius

6

- Ne se prononcent pas

51

TOTAL  

100

 le résultat est clair: Ségo a gagné, même si DSK n'est pas loin. On remarque cependant que 51% des sondés ne se prononcent pas....

 

On peut rire un peu en regardant les réponses des gens qui n'ont pas entendu parler  du débat (en fait, ne riez pas, leur opinion compte): 


Ensemble des Français

Dont n'en a pas entendu parler

 

%

%

- Ségolène Royal

24

21

- Dominique Strauss-Kahn

19

11

- Laurent Fabius

6

7

- Ne se prononcent pas

51

61

TOTAL  

100

100

 on voit que s'est désormais 61% de personnes qui ne se prononcent pas, ce qui est la moindre des choses, dans la mesure où la question est toujours la même: qui a gagné ce débat que vous n'avez pas vu et dont vous ne savez rien? On remarque que l'écart se creuse entre Ségo et DSK. 

 

Pour ceux qui ont entendu parlé du débat, mais qui ne l'ont pas vu, on constate qu'ils sont très proche de la moyenne générale. RAS.

 

Ensemble des Français

Dont n'a pas vu le débat mais en a entendu parler

 

%

%

- Ségolène Royal

24

24

- Dominique Strauss-Kahn

19

18

- Laurent Fabius

6

6

- Ne se prononcent pas

51

52

TOTAL  

100

100

 

Là où le sondage prend toute sa saveur, c'est lorsque l'on y met toutes les cases, et que l'on observe en particulier l'opinion de ceux qui ont vu tout ou partie du débat (quelle idée d'interroger ces gens là...): 

 

Ensemble des Français

Dont a vu en totalité ou en partie le débat

Dont n'a pas vu le débat mais en a entendu parler

Dont n'en a pas entendu parler

 

%

%

%

%

- Ségolène Royal

24

32

24

21

- Dominique Strauss-Kahn

19

48

18

11

- Laurent Fabius

6

5

6

7

- Ne se prononcent pas

51

15

52

61

TOTAL  

100

100

100

100


On constate alors que DSK l'emporte assez largement (12 points d'écart sur Ségo), avec vous le noterez aussi, un taux de "ne se prononcent pas" beaucoup plus faible... 

 

Le directeur de l'institut CSA Roland Cayrol était interrogé hier sur France-Info, et commentait notamment ce sondage.  C'est ici mais je n'arrive pas à trouver de lien écoutable.

Il expliquait doctemment comment on pouvait titrer que S. Royal avait gagné ce débat, alors que la réalité était un peu plus subtile.

Le journaliste lui demande alors: mais pourquoi alors les médias utilisent-ils des titres  si trompeurs?

Et Roland Cayrol de répondre patelin: oh, mais les titres sont juste là pour attirer les lecteurs, et les inviter à lire l'étude dans le détail, il ne faut pas s'y arrêter!

Et comme il a raison.

J'imagine déjà le prochain sondage: un média a annoncé qu'un sondage donne S. Royal vainqueur du débat au sein du PS. Pensez vous que ce sondage reflète l'opinion des Français?

Je verrais bien un résultat dans ce genre: 

 

 

Ensemble des Français

Dont a lu en totalité ou en partie le sondage

Dont n'a pas vu le sondage mais en a entendu parler

Dont n'en a pas entendu parler

 

%

%

%

%

- elle a gagné

48

20

48

61

- elle n’a pas gagné

30

65

30

8

- Ne se prononcent pas

22

15

22

31

TOTAL  

100

100

100

100

 

 

jeudi, 12 octobre 2006

le blog, la politique par d'autres moyens? (Ségo et moi: une confession)

Le silence des lois a six mois aujourd'hui, si l'on considère que sa date de naissance est le jour de son premier billet. Mais pour paraphraser Neruda, mon silence parle à ce silence depuis plus longtemps. Et l'écriture du blog est partagée entre sa force créatrice, sa raison d'être, qui était l'envie de dire des choses que je gardais pour moi depuis longtemps (et l'on trouve donc ici des billets sur des thèmes récurrents: comment redonner sa place au parlement, quel rapport entre politique et droit, etc...), et l'exigence de son format, qui invite à commenter au fil de l'eau, au flux de l'actualité.  Et ces deux dimensions sont utiles pour moi: approfondissement et formalisation de thèmes qui m'interessent , journal de bord et suivi retrospectif de mes humeurs politiques.

Il est interessant par exemple de noter que ce blog est né dans la fureur de l'affaire clearstream, et de relire mes premiers billets de vierge effarouchée par la turpitude du monde politique.

Il est interessant aussi de noter que ma position sur Ségolène Royal a évolué pendant cette période:

- Regard d'abord amusé et effrayé par la bulle médiatique, par ce miroir grossissant et déformant des médias sur l'opinion publique.   

- Séduction ensuite par un discours iconoclaste, ou en tous cas nouveau à gauche sur toute une série de thèmes. Cette approche a permis de façon salutaire au PS de sortir du ronronnement quelque peu sénile sur ses valeurs, sur sa supériorité morale, que le projet socialiste vient exemplifier de façon molle.

- Séduction aussi par une méthode, à mon avis plus interessante par son coté "grass roots" que par le slogan de la démocratie participative. Et mon interêt pour cette démarche a sans doute été renforcé par la lecture concommittante du livre de Joe Trippi "the revolution will not be televised" (la démocratie, internet et le renversement de tout) qui était recommandé sur le site de Versac et qui raconte la primaire démocrate du gouverneur du Vermont pour les dernières présidentielles US. De très belles pages sur la démocratie, sur des citoyens qui s'organisent pour débattre et avancer, sur une campagne rebelle et génereuse qui casse les logiques d'appareil...

- Séduction a contrario par la campagne bête et méchante de positionnement contre elle opérée par la plupart de ses camarades opposants, à la fois sur le plan des idées et des personnes. Jospin en particulier m'a beaucoup fait aimé Ségolène...

- Après toutes ces séductions, il est révélateur que je n'ai pas documenté l'évolution de mes sentiments présidentiels depuis un moment (si cela ne vous interessait pas, vous devriez logiquement avoir cessé de lire ce billet depuis longtemps, alors restez, ça va devenir interressant).

Des lecteurs attentifs auront peut-être compris, à travers la lecture de ce billet en particulier, que j'ai pris une carte du PS en promo, ce qui démontre une passion militante raisonnable et utilitariste. Je l'ai sans doute fait à l'époque en me disant que cela me permettrait de favoriser la désignation de S. Royal comme candidate du PS à la présidentielle, à une époque où l'appareil tout entier (ou presque) était contre elle. Il me semble que c'était la motivation de beaucoup de "néos" militants.

Pour moi, le président de la République doit d'abord faire la preuve de sa solidité, et pour un candidat, le seul lieu où cette preuve est démontrable est dans le débat public actuel.

Et j'ai l'impression, malgré les a priori favorables que j'avais, que S. Royal est "au taquet", qu'elle ne peut pas réveler son talent mieux qu'elle ne le fait aujourd'hui, et que c'est insuffisant pour gagner la présidentielle. Une élection présidentielle, c'est usant, c'est des coups bas, c'est du canardage.
Au regard de ce que j'ai vu et lu attentivement jusqu'à present, j'ai des doutes sur sa capacité d'endurer. Son refus du débat (ou sa volonté de le verouiller), son manque d'assurance à l'oral me font craindre qu'elle ne tienne pas la distance. Je peux évidemment me tromper, mais ce risque en vaut-il la chandelle?

 Pas si un autre candidat me parait avoir les compétences et la résilience requises. Et depuis quelques semaines, je trouve que DSK est très bon. Par le réalisme de sa méthode et de ses propositions, par son aisance aussi, et par la niaque retrouvée (parce qu'il faut avoir envie). Le déclic aura sans doute été pour moi son grand jury sur RTL il y a dix jours (mp3).

Je trouve qu'un second tour des primaires DSK- Royal aurait de la gueule, et constituerait une expérience du feu nécessaire avant la vrai et dure bataille de la présidentielle.

A l'heure du choix du militant que je suis désormais (volens nolens), l'évolution de mon appréciation des choses me conduit à voter très fermement pour DSK. J'espère qu'il y aura un second tour pour les primaires socialistes, ne serait-ce que pour vérifier si S. Royal a de la reserve.

Quand ce blog aura un an, la France aura un nouveau chef de l'Etat. C'est dans six mois, et c'est loin.

 

lundi, 02 octobre 2006

Paris Paris Paris, titi pas là-bas ?

Un titre plus sérieux aurait été: "peut-on être jacobin depuis Strasbourg?". Plus sobrement que moi, le Figaro s’interroge sur les préparatifs logistiques de campagne des candidats  à la présidentielle et note :

« Il n'est de bon siège de campagne qu'à Paris. Après vingt-cinq ans de décentralisation, aucun candidat à la magistrature suprême n'envisage d'ouvrir son quartier général ailleurs que dans la capitale ou en proche banlieue. »
Bien vu.

Le symbole serait fort pourtant, non ? Il n’y a pas que Paris en France, et plus stratégique encore, il n’y a pas des électeurs qu’à Paris. Mais au delà des symboles, forts, respectables, il y a la réalité, que les symboles seuls n’arrivent pas à bousculer: tant sur le plan des infrastructures, des médias que des institutions, centraliser sa campagne hors de Paris serait suicidaire électoralement. Et ce, malgré le développement des TIC qui invitent à revoir les routines de production politique.

Je songe parallèlement à l’ENA (ça m'arrive), qui après presque 10 ans de régime mixte entre Strasbourg et Paris, est définitivement et entièrement installée à Strasbourg (la premier promotion entièrement « strasbourgeoise » est sortie en 2006). Mais les oraux du concours se déroulent toujours à Paris, ce qui est incongru, dans la mesure où n’importe quelle école ou université en province reçoit ses candidats admissibles chez elle.

Indéniablement, il y a un parisiano-centrisme de nos institutions (ce n’est pas le scoop du jour). Mais le cas de l’ENA est topique à double titre :
-          délocaliser l’institution (à ne confondre ni avec décentraliser ni avec déconcentrer) qui forme la partie visible des hauts-fonctionnaires de l’Etat est un symbole au carré.
-          Mais 75% des anciens élèves travailleront à Paris, principalement dans les administrations centrales de l’Etat, qui sont à Paris. Un haut-fonctionnaire anonyme mais inspiré avait ainsi dit : « mettre l’ENA à Strasbourg, c’est comme mettre l’école navale à Clermont-Ferrand ».

Très peu d’administrations centrales de l’Etat ont été délocalisées en province (le seul exemple qui me vient à l’esprit est le service central de l’Etat-civil du ministère des affaires étrangères à Nantes), alors que le fait d’être une administration dont la compétence est nationale (à la différence d’un service déconcentré ou d’une collectivité territoriale) n’entraîne en rien l’exigence d’être à Paris. 

A quand une délocalisation de Bercy ou de la Place Beauvau ? Je vous parie que le symbole aurait une autre portée pratique… 

NB : le titre de ce billet s’inspire librement du scat de John Scatman, dans la chanson éponyme. Je ne peux pas citer Clausewitz ou la jurisprudence administrative tous les jours.

dimanche, 25 juin 2006

Y-a-t'il une énigme Fabius?

Comme je l'avais analysé (mais ce n'était pas bien sorcier), les militants socialistes ont largement boudé la messe du 22 juin 2006, au cours de laquelle ils devaient valider le projet du PS.

Ce programme est certes "validé" par 85% des votants, mais seuls 47% dees adhérents ont participé. Le taux de participation des néos (adhérents à 20 euros) serait de 40%. Ces chiffres je les tiens de la dépêche Reuters, reprise partout.
47% de 200 000, cela veut dire  94000 votants en tout.
40% de 70000 néos cela fait 28000 participants.
Ce qui revient à un taux de participation de 51% chez les adhérents à plus de 20 euros.
Ce qui signifie en fait que non seulement les nouveaux adhérents snobent le projet, comme le titre la dépêche précitée, mais que les anciens ne s'y interressent guère plus. Je rappelle le taux de participation officiel au réferendum interne sur le projet de constitution européenne: 75%. 

Que fait Laurent Fabius face à ce constat? (je ne sais pas s'il lit ce blog, mais les chiffres que je cite provienne d'une simple recherche Google et de ma calculatrice, ce qui ne nécessite l'accès à aucune officine...). Au cours de son grand meeting au Grand Quevilly, il se pose , nous dit Libé, "en champion du projet présidentiel du PS".

"Il reste bien sûr à l'enrichir", a-t-il concédé. "Mais je ne suis pas d'accord avec ceux des dirigeantes  et desdirigeants  qui, sous prétexte de commenter le projet socialiste, commencent par le contredire et l'amoindrir".


Qu'il faille se préoccuper, en tant que candidat à la candidature, des adhérents du PS relève du bon sens. Mais s'enferrer ainsi dans une démarche qui est, en interne (je ne parle pas du premier ou du second tour de la présidentielle), vouée à l'échec, reste pour moi une énigme, parce que Fabius, au delà du triangle infernal qui le plombe, me semblait être un homme politique madré, avec tout le mélange d'admiration, de cynisme  et de dégoût qu'un tel compliment a sous ma plume.


mardi, 20 juin 2006

Vote du programme du PS : que vont faire les néos ?

Réponse : probablement rien.

Jeudi 22 juin 2006, tous les adhérents du PS sont appelés à voter le programme du parti.
Les résultats de la campagne d’adhésion ont été publiés : + 68.789 nouveaux adhérents (appelons-les les « néos ») ont rempli avant le 1er juin, la formalité consistant à payer 20 euros.

Le Parti socialiste, qui comptait officellement (?) 133.913 adhérents au 31 décembre 2005, passerait donc le cap des 200.000 militants pour la première fois de son histoire.
Je dis passerait, parce que le chiffre de 133.913 me paraît moins solide que celui de 68.789. Ce n’est qu’une intuition, relayée par une anecdote : un responsable de section parisienne expliquait récemment que sa section était passée de 150 à 450 adhérents, « et encore, sur les 150, la moitié n’était pas à jour de cotisation ». Il ne me semble pas que pour les opérations électorales internes une trop grande vigilance pour prévenir une irrégularité comme celle du vote d’un adhérent qui n’est pas à jour de cotisation soit de mise. Le chiffre de 133.913 est donc à prendre avec des pincettes, sans qu’il y ait malhonnêteté des dirigeants socialistes.

Si des chiffres fiables sont disponibles après le vote du 22 juin pour le programme du PS, il faudra donc surveiller le taux de participation. Mon intuition (encore…) est que les foules ne se déplaceront guère.
Pour le référendum interne sur le projet de traité constitutionnel du 1er décembre 2004, 120 027 adhérents étaient appelés à se prononcer. Il y aurait eu « près de 75% » de participation.

Mais la plupart des néos n’ont sans doute pas la foi des militants, qui permet de résister au pensum des réunions de section interminables où il ne se passe pas grand chose. Ils n’auront pas le désir d’aller voter pour un programme qui n’est guère affriolant.
Encore un chiffre : la fréquentation du « blog » de Ségolène Royal, qui avec un beau souci de transparence affiche ses stats : 21000 visiteurs uniques en février, 52000 en mars, 193000 en avril et seulement 35000 en mai. Le désir programmatique a ses limites…

Il me semble (mais je ne crois pas que des études soient publiées la-dessus) que la majeure partie des « néo-socialistes » veulent, comme l’indique le site du PS « battre la droite en 2007 ». Et pour cela, ils attendront novembre pour désigner le candidat du PS.

Il serait évidemment interessant d'avoir une étude comparée avec la motivation des nouveaux adhérents de l'UMP depuis que N. Sarkozy a fait du recrutement une priorité. Je propose d'ore et déjà d'appeller ces nouveaux adhérents de l'UMP des "Gaveau".