mardi, 06 juin 2006

Un énarque en vaut-il deux ?

C’est une question que je me pose depuis un certain temps, en comparant de temps en temps les articles de presse obtenus sur Google Actualité, selon que je tape « énarque » ou « énarques » :

- Dans le premier cas, le plus souvent les articles sont des résumés de parcours de personnalités (politiques, chefs d’entreprise, et aussi hauts-fonctionnaires, quand même), parcours brillants et bardés de diplômes prestigieux. Le substantif « énarque », souvent précédé de l’épithète « brillant » ou "jeune" vient qualifier ce parcours d’une légitimité intellectuelle supplémentaire. Ceci vaut aussi pour parler d’une personne qui n’est pas passé par cette école, mais qui a « le niveau » : on explique alors que le fait d’être non-énarque ne prive pas la personne en question de facultés supérieures.

- Dans le second cas, la plupart des articles qui utilisent le terme au pluriel portent sur les défauts et dévoiements de la technocratie : on met l’accent sur le formatage, les usages de caste, l’autisme, le côté savant mais déconnecté des réalités, leur présence dans les cabinets ministériels…

Une phrase tiré d’un article récent de Telerama illustre ce constat : pour qualifier Laurent Bayle, qui dirige la Cité de la musique et la salle Pleyel, un autre directeur dit de lui : « Il ressemble à un énarque sans les défauts des énarques ». au passage, et si j’ai bien compris, M. Bayle n’est pas énarque.

Voici donc les deux faces de la médaille :
un énarque c’est quelqu’un de compétent (par exemple pour gérer un établissement public de 350 personnes), mais les énarques en général renvoient à une image de dévoiement de l’intérêt général (lorsqu'ils pantouflent ou font de la politique). Le paradoxe est évidemment que c’est à travers quelques exemples individuels (Messier, Chirac…) que cette image négative de ce groupe s’est progressivement mise en place…