mercredi, 17 mai 2006

L'UMP se grandit-elle en tapant sur Bayrou?

Non, bien-sûr.
Comme le notait hier soir F. Bayrou dans France Europe express, seul le PS pouvait déposer une motion de censure, puisque l'art 49 al2 de la Constitution prévoit qu'une telle motion doit être signée par un dixième des députés, soit 57 personnes.

L'argument de l'UMP qui agite les mots de justice, respect de la présomption d'innoncence, etc. est soit bête, soit cynique. Elle participe par ailleurs et paradoxalement d'une déconsidération de la justice: n'y a-t'il pas en filigrane l'idée que le PM est une victime, comme la plupart des accusés d'Outreau?
Comme je l'ai noté, le mensonge n'est pas nécessairement sanctionné pénalement. Et il est tout à fait possible que les agissements du premier ministre ne soient pas qualifiés pénalement.
Mais l'utilisation de ses pouvoirs à des fins autres que celles pour lesquelles on dispose de ce pouvoir (c'est en droit administratif une des modalités du détournement de pouvoir) doit être discutée, voire censurée par le Parlement.

L'attitude des parlementaires UMP me rappelle cette mention qu'avait apposée Paul Léautaud à coté de son nom dans la souscription pour la veuve du lieutenant-colonel Henry, une souscription anti-dreyfusarde, bigotte, antisémite connue sous le nom de 'monument Henry'"pour l'ordre, contre la justice et la vérité". (citation rappelée par M. Winock dans le Siècle des intellectuels). L'intention moqueuse et l'utilisation malicieuse des grands mots par Léautaud fait donc écho au cynisme de l'UMP (finalement je ne leur laisse pas le bénéfice de la bêtise), qui pourrait se dire : "pour la présomption d'innocence, contre la responsabilité politique".

Bravo donc, Bayrou, pour cette fois!

Mise à jour du soir: à lire l'article du canard enchainé en première page, intitulé "la justice en prend pour 10 ans". Ce que feignent d'ignorer les défenseurs de la seule vérité des juges, c'est que cette vérité dans cette affaire ne surgira peut-être que dans 10 ans, au rythme de la justice.
J'ajoute, troublé, une citation par M. Bayrou dans l'emission citée plus haut des notes du général Rondot (j'avoue ne pas être allé troop loin dans mes propres investigations) qui à propos de R. van Ruymbeke écrit: vérifier le dossier de son père...