lundi, 11 juin 2007

G8: qui a picolé?

Je me retrouve  dans une position confortable: critiquant souvent de façon parfois trop facile N. Sarkozy et les médias, je vais pouvoir aujourd'hui les défendre (un peu).

1.) le 7 juin, N. Sarkozy fait une conférence de presse dans le cadre du G8. Elle est diffusée en direct sur 2 chaines de la TNT: BFM TV et I-Télé. J'écris un billet sur cette conf', et je note "On sent le président un peu fatigué,  un (tout petit) peu largué par ces sujets bigger than life, bigger than France".

2.) pendant le week-end,  est diffusée la vidéo suivante:

 

(la version sur Youtube a été vue plus de 60 000 fois quand je publie ce billet) 
 
 3.) La machine peut partir:
- Sarkozy nous dit qu'il ne boit pas d'alcool et là, il est bourré.
- Il se retrouve face à Poutine, qui est russe, donc qui picole, et il ne peut pas refuser de se descendre avec lui une ou deux bouteilles de vodka (forcement de la vodka: on vous dit que le mec est russe!)
- les médias belges EUX, ont le courage de diffuser ces images, qui témoigne du fait que Sarkozy est un menteur (il disait qu'il ne buvait pas) et qu'il n'est pas sérieux (c'est quand même le G8, M. Sarkozy, un peu de tenue!).
(voir par exemple les commentaires du billet de Rue 89) 
 
4.) évidemment, regarder les quelques trente minutes que dure la conférence pour constater que Sarko est peut-être juste essoufflé, fatigué d'avoir entendu parlé japonais, russe, anglais, etc... pendant 2 jours, n'a plus aucun sens à ce stade. Les extraits du reste de la conférence de presse ne sont que des "ripostes" des sarkozystes:
 
 
5.) et finalement, théorie du complot pour théorie du complot, un commentateur indique ici  "Le problème n'est pas effectivement de connaître le degré d'alcoolémie de N. Sarkozy, mais de voir combien d'unités de bruits médiatiques vont s'ajouter à son compteur. Les médias français oseront-ils passer cette vidéo?"
Ben non, le problème c'est que si Sarko n'était pas bourré, il n'y a pas de sens à passer ce morceau de video sorti de son contexte. (voir aussi "les médias français soupçonnés de complaisance" ici)
 
6.) j'ai l'impression que les gens découvrent les tics et les mimiques de Sarkozy, que j'avais "analysé" par exemple ici, lors du discours de Rouen:
"Ses discours sont construits un peu comme la Cité de la Peur, la trame générale étant prétexte à une série de sketchs. On retrouve plusieurs gimmicks déjà entendu dans d'autres discours, ce qui n'est pas en soi choquant: quand on a une bonne histoire, on la répète, c'est même en soi une source de comique".
J'ai noté ailleurs qu'il y avait du Fernand Raynaud chez N. Sarkozy. Une nouvelle vidéo fait le parallèle avec Bourvil...
 

 
7.) Ma petite dénonciation personnelle des médias n'est pas fondée sur la théorie du complot, mais sur la capacité fictionnelle de l'histoire racontée, et ses abus: "“Every news story should, without sacrifice of probity or responsibility, display the attributes of fiction, of drama. It should have structure and conflict, problem and denouement, rising and falling action, a beginning, a middle, and an end."
 
Et l'histoire de Sarko bourré a tous les attributs de la bonne histoire, avec ce qu'il faut de contre-intuitif (plus c'est gros plus ça passe): l'abstinent ostentatoire qui tombe dans l'alcoolisme sous la pression d'un Russe (qui lui picole mais, forcement, tient l'alcool), les médias français qui nous cache la réalité, alors que de courageux journalistes belges font un véritable travail d'investigation en diffusant une séquence... 
  
 
Mise à jour (13 juin):  le journaliste belge par qui le scandale est arrivé s'excuse et reconnait avoir été un peu léger: il a vu les images, les a repris comme cela sans aucune vérification. 
 
Le Monde reproduit un article du Temps (de Genève), qui converge avec mon analyse, tant sur la forme que le fond:
 
"Sarko est arrivé en retard, pressé. Eméché ? Cela ne m'est pas venu à l'esprit. Il ne titubait pas. Il semblait plutôt étonné d'être propulsé là, au milieu des journalistes, tous leur carnet de notes en main. Je l'ai senti plutôt angoissé par un grand vide. Pris de vertige. Un peu comme un trapéziste qui voit soudain le sol défiler sous lui. Il n'était pas serein (mais lui arrive-t-il de l'être?). Plus grave : il ne semblait pas non plus très bien préparé par ses conseillers à son premier punching-ball diplomatico-médiatique. (...)
Je l'ai, pour tout dire, vraiment trouvé à côté de la plaque. Pas alcoolisé. Plutôt survitaminé. Comme dopé. Quelque chose sonnait faux dans ses mots. Il n'était pas ce soir là le chef de l'Etat français. Il était "Sarko" : cet énergique politicien qui vous veut du bien, vous sourit mécaniquement, est bourré de tics et ramène tout à lui : la victoire arrachée à Bush sur le climat, l'arrêt des souffrances au Darfour... Je l'ai suivi en campagne électorale, avec le correspondant du Temps à Paris Sylvain Besson. Il est comme ça. Il lui faut du pathos, de l'adhésion, une bonne dose de "Je", de "moi"."