mardi, 16 octobre 2007
Le meilleur opposant?
1.) En écoutant un bout de D. de Villepin dimanche soir sur RTL, je me suis dit qu'il jouait plutot bien sa partition de premier opposant de France, que son propos était beaucoup plus clair et articulé que celui de l'opposition officielle, qu'on l'appelle PS ou MODEM.
2.) Mon compliment n'en est un qu'à moitié: bien souvent, être un bon opposant n'implique pas la même ascèse qu'être un bon gouvernant. On compte les points, quelques y-qu'à/ faut qu'on, une propension à s'inscrire dans une éthique de la conviction qui ne mange pas de pain quand on n'est pas responsable (l'auteur de ce blog a conscience de la mesure dans laquelle cette grille de lecture peut valoir pour ses écrits!). La faiblesse de la gauche est donc d'autant plus accablante que le rôle devrait être facile.
3.) En réalité, Villepin est surtout clair parce qu'il est audible, et il est audible parce qu'il joue un rôle à contre emploi. C'est plus interessant, plus vendeur, d'entendre un ancien premier ministre UMP (en fait 2, puisque Raffarin était dans la même tonalité) dire du mal de l'amendement Mariani, du paquet fiscal, que tel ou tel "ténor" socialiste ou même Bayrou.
4.) mais ce contre-emploi n'est-il pas surtout une revanche de l'histoire (petit h), dès lors que celui qui a mis en pratique la stratégie du premier opposant dans la majorité c'est précisemment celui qui subit les attaques répétées de Villepin, un certain N. Sarkozy? L'histoire se répète : d'abord en tragédie, ensuite en farce?
5.) ce même N Sarkozy, auquel le Canard enchainé du 9 octobre prête une formule qui rappelle celle du "croc de boucher" auquel il aurait promis de pendre les responsables de l'affaire Clearstream: "il faut reconnaitre que face à la justice Villepin ne manque pas de panache C'est la garde meurt mais ne se rend pas. Ce n'est pas grave. Pourvu qu'elle meure".
09:10 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : villepin, opposition
lundi, 01 janvier 2007
Qui est le faux-jeton?
Je ne sais plus à qui s'appliquait à l'origine la phrase: "Il est permis d'être faux-jeton, mais pas d'en avoir l'air à ce point". J'ai entrepris un jour de compter les hommes publics à qui elle pouvait s'appliquer, mais j'y ai renoncé pour cause de pléthore (j'en ai quand même un particulièrement à l'oeil, et vous aussi, je pense). Elle est en vérité d'une application beaucoup plus vaste, car l'hypocrisie, à cause de l'effort qu'elle exige - avant de devenir une seconde nature-, marque les traits bien davantage que la sincérité. "On ne peut, disait Gide, à la fois être sincère et le paraitre". A vrai dire, je me demande si l'on peut à la fois être et paraitre quoi que ce soit. (Bardadrac, entrée Jeton)
A l'heure des bilans, Bardadrac de Gérard Genette, livre de l'année.
1.) Pris d'une insomnie il y a deux nuits, et ayant en tête le passage précité, je me suis interrogé sur le faux jeton que Genette a "particulièrement à l'oeil, et vous aussi, je pense". Cette connivence qu'instaure Genette invite à un jugement d'évidence. Et à cette aune, la figure de Fabius me parait jaillir sans adversaire, notamment (et surtout) depuis qu'il est devenu l'homme du Non.
Dans un souci de pluralisme, je cherchais son équivalent à droite. Mais, de Chirac à Sarkozy, c'est plus la figure du traitre que celle du faux-jeton qui semble émerger... (je verrais bien Copé dans le rôle du faux-jeton, mais je doute fort que ce soit le personnage auquel songe Genette).
2.) J'en viens à un exemple clair (c'est rare) des dysfonctionnements de notre système démocratique que met en lumière l'affaire Clearstream. Il s'agit d'un "désaccord" entre l'actuel Premier ministre et le numéro 2 du gouvernement. Voici le résumé des Echos:
Le désaccord porte sur l'une des notes du général Philippe Rondot, qui avait consigné une phrase attribuée à Dominique de Villepin en juillet 2004 : « Si nous apparaissons, le PR (président de la République) et moi, nous sautons. »
Jeudi, le Premier ministre a qualifié cette note d'« absurde ». Il estime qu'elle provient d'un entretien qu'il a eu avec Nicolas Sarkozy en octobre 2004. « Je me suis efforcé de convaincre Nicolas Sarkozy qu'il n'y avait pas eu de rapport d'enquête de la DST mais seulement des vérifications », a-t-il affirmé. Nicolas Sarkozy,« très en colère » et « toujours pas convaincu » lui aurait dit : « Si vous apparaissez (comme ayant caché ce rapport), le président et vous, vous sautez. » Selon des extraits de son audition parus dans la presse, Dominique de Villepin a expliqué avoir lui-même parlé de cette altercation verbale au général Rondot qui l'aurait donc mal retranscrite.
Me Thierry Herzog, l'avocat de Nicolas Sarkozy, assure que son client a « découvert avec étonnement » les faits tels que relatés par le Premier ministre. « Nicolas Sarkozy se souvient parfaitement de cet entretien ; il affirme qu'il n'a pas prononcé les mots qui lui sont prêtés, d'autant qu'à aucun moment il n'a pu envisager que le chef de l'Etat ait pu être concerné en quoi que ce soit par cette affaire », précise-t-il.
2.a) Le numéro 1 du gouvernement dit une chose aux juges... Le numéro 2 fait dire le contraire à la presse. Problème. Je ne préconise pas de mettre quiconque en prison pour cela, mais le problème de responsabilité politique ferait scandale dans toute démocratie évoluée. Je n'ai lu un article à ce sujet (au dela du factuel) que dans le Canard enchainé...
2.b) L'avocat de M. Sarkozy a raison de pointer la gravité des propos du premier ministre, qui reviennent à dire que Sarkozy a menacé Villepin et Chirac de les faire sauter si leur turpitude commune était avérée. L'avocat relève avec déférence qu'un tel soupçon n'a jamais pesé dans l'esprit de M. Sarkozy à l'encontre de M. Chirac. (cherchez l'a contrario..)
2.c) Toujours aussi bizarres, les fiches de Rondot... Et si Villepin dit la vérité, quel est le sens de rapporter le propos de Sarkozy au général?
2.d) Monument de judo verbal administratif: Villepin n'a pas demandé un rapport d'enquête, mais seulement des vérifications. Ca change tout...
3) Ne cherchez donc pas le faux jeton ici. Mais l'un des deux ment. Il est sans doute permis de mentir, un peu, en politique. Mais pas d'en donner les signes à ce point...
Pourquoi aussi peu d'intérêt pour Clearstream?
Revenons à Bardadrac. Je pourrais vous proposer l'entrée Parano, qui est savoureuse, mais je préfère citer deux histoires racontées à l'entrée Métalepse, car elles me paraissent finalement assez clearstreamiennes.
- un songe à l'autonomie subvertie : une dame rêve qu'elle marche la nuit dans une rue mal éclairée; un homme l'aborde et fait mine de l'investir. "Ah Monsieur, laissez moi ou j'appelle!". Et l'homme de répondre: "Madame, je vous fais remarquer que c'est vous qui rêvez!"
- un quidam consulte un plan de quartier, comme on en trouve à la sortie de certaines stations de métro. Sur le plan, une flèche indique le lieu précis où se trouve affiché le plan avec la mention "Vous êtes ici". Le quidam, visiblement surpris et vaguement inquiet: "Les nouvelles vont vite!".
Très bonne année à tous.
12:15 Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Bardadrac, Clearstream, Villepin, Sarkozy, métalepse, faux jeton
vendredi, 22 décembre 2006
Clearstream: une pensée pour les victimes?
L'affaire Clearstream continue à m'interloquer, peut-être un tout petit peu moins qu'avant.
La dépêche de Reuters au sujet de "l'interrogatoire-marathon" de Villepin recèle 2-3 pépites.
1°) les victimes:
Exprimant ses "pensées particulières pour l'ensemble des victimes de ce dossier", [Villepin] a fait part de sa satisfaction aux journalistes après l'audition et s'est posé en victime.
Deux temps:
- application un peu rapide du bréviaire de la communication politique, qui consiste en l'espèce, dès qu'une affaire judiciaire est évoquée, à avoir une pensée particulière pour les victimes. Je dois vous dire que c'est le genre de truc que l'on apprend en communication à l'ENA, mais encore faut-il qu'il y ait des victimes à plaindre, non?
- pensées pour les victimes, donc... dont Villepin estime faire partie! En shorter: "Je voudrais exprimer une pensée particulière pour moi-même".
2°) les pompes:
Retirant sa veste une autre fois, il est allé jusqu'à se livrer devant les journalistes à des étirements et à des pompes, pour se décontracter, avant de lancer en retournant dans le bureau des juges : "Bon, je vais aller terminer mon affaire!".
L'image me parait suffisament graphique pour se passer de commentaires (toutefois, si quelqu'un a un lien vers une photo...). Allez, si, un petit calembour, qui pose une vrai question: je me demande bien ce que faisaient les journalistes à coté de ses pompes.
3°) la vérité et la justice:
Les juges d'Huy et Pons doivent déterminer si Dominique de Villepin a eu ou non un rôle pénalement répréhensible. Un changement de statut vers celui de "témoin assisté" ou mis en examen n'est pas techniquement exclu d'ici la fin de l'enquête.
Loin de moi l'idée de préjuger ce qu'il peut en être.
Peut-être un léger doute sur l'opportunité de la débauche de moyens judiciaires consacrés à cette histoire, sans qu'il s'agisse pour moi d'en minimiser l'impact.
Mais je persiste à croire ce que l'action de nos responsables politiques ne peut pas être appréhendée et évaluée sous le seul prisme de la Loi.
Certains faits ne sont pas pénalement répréhensibles, ils ne devraient pourtant pas échapper à la moralité publique, et devraient conduire ceux qui s'y livrent à la démission. Dans cette perspective, les dysfonctionnements de l'Etat qui ont été mis en lumière ne dépendent pas de leur qualification pénale.
En s'en remettant à la Loi, comme nous y invite le président de la République, nous empéchons notre démocratie de progresser.
11:44 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : clearstream, villepin, pompes, victimes, loi
mardi, 20 juin 2006
Peut-on mélanger les carottes et les choux-fleurs?
Je réagis à chaud à un incident survenu au cours du débat à l'assemblée nationale cette après-midi entre le Premier ministre et le premier secrétaire du PS.
Les commentaires se focaliseront sans doute sur l'accusation de lacheté de Villepin à Hollande et sur la demande d'élections anticipées de Bayrou.
Je m'arrête un instant sur la déclaration du premier ministre:
"On ne peut pas mélanger les carottes et les choux-fleurs", "mélanger l'exigence de vérité et l'exigence de bonne gestion".
- pour ma part je ne vois pas pourquoi on ne peut pas à la fois rechercher la vérité et la bonne gestion. J'incline même à penser qu'il est recommendable, chaque fois que cela est possible et le plus souvent ,de combiner ces deux exigences.
- pour les carottes et les choux-fleurs, je vous renvoie à l'excellent Epicurien.be, qui propose une recette de potage Choux-fleurs et carottes au gingembre qui me semble remarquable. J'avoue quand même être plus dubitatif sur ce point, n'ayant pas le goût des choux-fleurs...
Mise à jour "à froid":
"Dans une démocratie, on ne peut pas mélanger l'exigence de vérité et l'exigence de bonne gestion". S'agit-il d'une grille de lecture pour interpréter son attitude dans l'affaire Clearstream, ou plus généralement de sa conception de l'Etat, voire de la raison d'Etat?
17:10 Publié dans pendant ce temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : assemblée nationale, Villepin, Hollande, lache, carottes, choux-fleurs, Bayrou
mercredi, 17 mai 2006
Villepin peut-il être rétrogradé ?
C’est la rumeur (enfin une rumeur vraiment infondée !) que propage Libé ce matin, en suggérant qu’il soit nommé successeur de l’actuel vice-président (VP) du Conseil d’Etat, M. Denoix de Saint-Marc.
1) Ceci constituerait une rétrogradation symbolique, puisque le PM est président du CE en application de l’article L. 121-1 du code de justice administrative :
« La présidence du Conseil d'Etat est assurée par le vice-président.
L'assemblée générale du Conseil d'Etat peut être présidée par le Premier ministre et, en son absence, par le garde des sceaux, ministre de la justice. »
2) Mais c’est surtout impossible en raison du processus de nomination du VP :
Art L. 133-1 du code de justice administrative :
« Le vice-président du Conseil d'Etat est nommé par décret pris en conseil des ministres, sur la proposition du garde des sceaux, ministre de la justice. Il est choisi parmi les présidents de section ou les conseillers d'Etat en service ordinaire. »
Le VP doit donc être soit président de section, soit conseiller d’Etat en service ordinaire.
Or les présidents de sections sont eux-mêmes nommés parmi les conseillers d’Etat en service ordinaire (L 133-2) et l’article L. 133-3 prévoit que :
« Les conseillers d'Etat en service ordinaire sont nommés par décret pris en conseil des ministres, sur la proposition du garde des sceaux, ministre de la justice.
Les deux tiers au moins des emplois vacants de conseillers d'Etat sont réservés aux maîtres des requêtes.
Nul ne peut être nommé conseiller d'Etat en service ordinaire, en dehors des maîtres des requêtes, s'il n'est âgé de quarante-cinq ans accomplis. »
Ce serait donc forcé l’esprit des textes que de nommer l’actuel PM VP du CE…
On notera que cela c’est déjà produit une fois, en 1945, mais c’était René Cassin, et les circonstances étaient, on en conviendra, différentes...
11:05 Publié dans droit public | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Conseil d'Etat, Villepin, Denoix de Saint-Marc, président



