mercredi, 25 juillet 2007
Raconter des histoires crédibles
1.) Je reste scotché par cette vision de la politique d'Henri Guaino, proche conseiller de N. Sarkozy:
"La politique, c’est écrire une histoire partagée par ceux qui la font et ceux à qui elle est destinée. On ne transforme pas un pays sans être capable d’écrire et de raconter une histoire."
Scotché, parce que cette dimension de la politique, comme storytelling, comme business du narrative, est une conception de la politique qui me passionne, comme j'essaie de le montrer avec certains de mes billets les moins orthodoxes ("The best undercover identity is oneself with the volume turned up and restraint unplugged."). Je ne m'attendais simplement pas à ce que cette vision de la politique soit explicitée avec autant de candeur.
J'ai envie de rapprocher cette idée de cette phrase borgésienne de P. Auster: "Les histoires n'arrivent qu'à ceux qui savent les raconter". Elle illustre bien le volontarisme sarkozyen: "si d'autres y avaient de bonnes idées, z'avaient qu'à y aller!".
Je la rapproche encore de cette formule de Chesterton (tirée semble-t-il du bien nommé "club des métiers bizarres"):
"La vérité doit forcément être plus étrange que la fiction car la fiction n'est qu'une création de l'esprit humain et, par conséquent, est à sa mesure."
Toute la difficulté surgit évidemment lorsqu'on s'inscrit dans un projet Guainoien: si la réalité doit prendre la forme de la fiction, ceci requiert-il d'être plus crédible que d'habitude? Ou simplement ceci dispense-t-il de reflechir et permet de simplifier à l'excès la politique?
2.) Le JT de France 2 comparait recemment N. Sarkozy à Jack Bauer.
2.1) Il y a en effet du Jack Bauer chez Sarkozy.
Il y a ce refus de respecter les règles lorsqu'elles sont absurdes et contre productives. Quand Jack Bauer a besoin de sortir un tournevis pour désamorcer une bombe nucléaire, il y a toujours un bureaucrate pour lui opposer l'absence de contreseing du bordereau d'utilisation Et que fait Bauer: il va à l'encontre du protocole (buvez un verre - règle 10).
De la même façon, Sarkozy nous dit: quel sens y a-t-il à me dire que c'était Kouchner et pas Cécilia qui aurait dû y aller? Aucun. Le plus important, c'est le résultat. Et il a raison: la diplomatie doit être souple et ne pas toujours passer par les voies officielles. On connait l'action de médiation de la communauté religieuse Sant'Egidio. Le fameux Joerg Haider, toujours gouverneur de Carinthie, a failli jouer le role de Cécilia, si l'on en croit la lettre du fils de Kadhafi qu'il a fait diffuser il y a 15 jours (la 2ème partie de la dépêche est en anglais)...
Je note aussi que Jack et Nico ont la même manie d'utiliser des membres de leur famille (respectivement fille et femme) dans le cadre profesionnel.
2.2) Certains reprochent à la série 24 d'être trop simpliste.
Je trouve quand même que comparé à N. Sarkozy, l'exposé des dilemmes auxquels est confronté Bauer est plutot subtil: Chez Bauer, il y a toujours à mettre en balance le résultat et les moyens d'y parvenir, une interrogation sur les limites (morales, matérielles) de l'action.
Il n'en va pas ainsi chez Sarkozy: toute question sur le coût, les contreparties à la libération des infirmières est indécente. Seul le résultat compte. A n'importe quel prix.
Prochaine mission: libérer la prix nobel de la paix de Birmanie Aung San Suu Kyi. Si la junte birmane accepte de la laisser partir, on reconnait que ce régime militaire est légitime?
22:40 Publié dans miroir des médias , politique , Politiques publiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, infirmières bulgares, jack bauer, 24, Guaino, Aung San Suu Kyi



