mardi, 26 février 2008

pauv' con 2.0

André Gunthert met  en avant un élement à mon avis important de la polémique "casse toi pauv' con", qui n'est pas de savoir si c'est "très bien que le président de la République s'exprime comme chaque Français" (Hortefeux) ou si "il ne faut pas se situer dans la réponse sur le même plan, sinon on s'abaisse" (Fabius), pour résumer les différentes "sensibilités" qui s'expriment.

Non, ce que A. Gunthert relève, c'est

"qu'un tel écart, lorsqu'il se produit, appartient au matériel qui n'aurait jamais dû être montré.

Or, l'identité du diffuseur ne doit rien au hasard. Le site du Parisien.fr s'est doté récemment d'une interface de présentation vidéo, hébergée par Kewego. (...). Nul doute que le dérapage du chef de l'Etat, (...) constitue une belle occasion de promouvoir la plate-forme du quotidien.

Mais l'absence d'auto-censure, de la part de rédactions qu'on a connu plus frileuses, est aussi un témoignage de la dégradation accélérée de la représentation présidentielle. Après avoir été longtemps corseté par la prudence et le ménagement, le traitement du personnage présidentiel s'inscrit désormais dans une logique du débondage,(...)".

 

Bien vu.

Que de telles scènes se produisent et même qu'elles soient filmés n'a rien d'extraordinaire. Mais qu'elles fassent l'objet d'une diffusion officielle (c'est à dire estampillée par un "vrai" média, comme le Parisien) voila la nouveauté.  

Mais je garde quand même à l'esprit le traitement médiatique réservé aux uns et aux autres pendant la campagne présidentielle. "casse toi pauv' con" me semble être le pendant de la "bravitude" sur la grande muraille, diffusée au journal de France 2 et rediffusée partout.

J'y vois, hier s'agissant de Royal, la même absence d'auto-censure (auto-censure qui peut avoir un sens de la part des médias en démocratie, notamment pendant une campagne électorale) que celle à laquelle on assiste aujourd'hui. Certes, on peut estimer que Sarkozy a contribué à l'émergence de ce climat aujourd'hui, comme Royal auparavant avec son attitude crispée et arrogante vis à vis des médias.

Mais aujourd'hui aussi s'agissant de Sarkozy, j'ai quand même l'impression qu'il y a un climat de lynchage médiatique qui ne correspond pas à ma conception du débat démocratique (et dieu sait, comme on dit maintenant, que je suis porté à la critique de N. Sarkozy). Et cette absence d'auto-censure médiatique pousse les hommes politiques vers leur pente la plus facile:

"Il s'agit, comme souvent, des deux côtés, d'une fuite vers le verbe dans une situation du pays que les leaders de toutes tendances ont bien du mal à maîtriser. D'un mélodrame, pas d'un drame. Un vieux mélodrame où chacun connaît son rôle par cœur et le joue à merveille. Et où la diabolisation réciproque permet d'échapper au monde réel"

 

(billet de G. Grunberg sur Telos, qui vaut également le détour). 

Bon , après ce plaidoyer pour une critique de fond, il va falloir que je me le farcisse mon billet de bilan de la loi TEPA...