mardi, 18 septembre 2007

Tendre l'autre joue, mais pas la sienne (ségolène et jospin)

"Au fond ce qui me vient à l'esprit c'est peut-être cette parole de la Bible +pardonnez-leur parce qu'ils ne savent pas ce qu'ils font+. Donc, je pardonne à tous ceux qui m'agressent parce que d'abord je pense qu'ils me font moins de mal à moi qu'aux socialistes, qu'à toute la gauche", a déclaré Mme Royal.

Drôle de façon de pardonner, non? Ils me font moins de mal à moi qu'au PS, donc je pardonne, parce que le mal fait à la gauche, ce n'est quand même pas aussi grave que le mal fait à ma personne...

Selon Jospin, Ségolène Royal aurait notamment commis l’erreur, d'être "enfermée dans un face-à-face narcissique avec l’opinion".

Au dela du "racisme" anti-gourde (what else?) que semble déverser Jopsin dans son pamphlet "l'impasse", il me semble que cette idée de face à face narcissique est cardinale pour expliquer l'échec de Royal. C'est finalement la thèse centrale de "la femme fatale": on y voit Royal refuser le concours des hommes forts et le professionnalisme des petites mains du PS, et  s'entourer de personnages douteux (comment BHL pourrait-il être un gourou pour gagner une élection? glaçante anedocte du chignon) ou inexpérimentés (pathétique surinvestissement dans la ségosphère de Thomas Hollande: quelqu'un qui a 20 ans sait-il faire gagner une élection présidentielle?).

Une question de méthode plutot que d'idées ou de personnes?

Cela étant, la contribution de Lionel au débat des camarades de l'automne 2007 aura-t-elle un effet plus bénéfique que sa contribution à l'automne 2006? "D’une façon ou d’une autre, je m’efforcerai de contribuer à la victoire contre la droite"

 

mardi, 11 septembre 2007

un régime spécial de réforme des retraites?

1.) Qu'est-ce qui a été fait?

1993 : Le gouvernement Balladur réforme « en douce » les retraites du secteur privé. 3 séries de mesures :

-        passage de 150 à 160 trimestres de cotisation pour avoir une retraite à taux plein (il faut travailler 40 ans au lieu de 37,5, mais on peut toujours prendre sa retraite à 60 ans)

-        le calcul de la retraite se fait en fonction des 25 meilleures années de la carrière au lieu de 10 (à moins d’avoir toute sa vie le même salaire, la base de calcul est donc plus faible)

-        les retraites servies sont désormais indexées sur les prix et non sur les salaires (comme les prix augmentent moins vite que les salaires, les retraites augmentent moins vite).

 

1995, Juppé, droit dans ses bottes se plante dans la réforme des régimes spéciaux.

1997-2002, Jospin ne fait pas de réforme, mais crée le conseil d’orientation des retraites (COR).

2003, Raffarin - Fillon fait une réforme:

-        pour tous (sauf régimes spéciaux) en faisant passer l’age de départ effectif à la retraite de 60 ans à 61 en 2012 et 62 ans en 2020.  

-        Pour les fonctionnaires (toujours sauf régimes spéciaux) en alignant pour l’essentiel le régime applicable à celui mis en place par la réforme Balladur.

 

2.) quel a été l’effet de ces réformes ?

Depla et Wyplosz en se fondant sur des données du COR, estiment qu’en l’absence des réformes Balladur-Raffarin, la dette implicite correspondant au service des retraites pour la période 2007-2057 serait de 4 550 milliards d’euros, soit 245% du PIB.

La réforme Balladur a permis de réduire cette dette de 2500 milliards (plus de la moitié)

La réforme Raffarin a permis de réduire encore cette dette de 550 milliards.

La dette restante est de 1500 milliards, soit 80% du PIB.

 

3.) quelle leçon ?

la méthode Balladur a été la plus efficace : il n’y a pas eu de protestation, de grèves, de débat et bing ! la collectivité réduit le poids des retraites de 2500 milliards.

Mais cette méthode est un one shot : elle a réveillé les syndicats et l’opinion publique qui ont subi la réforme. Elle explique l’échec de Juppé et l’inertie de Jospin, ou plutôt son obligation de relancer le dialogue par la création du conseil d’orientation des retraites.

La méthode Raffarin  Fillon a combiné dialogue dans la fonction publique et fermeté face à la rue. Elle a bien réussi, parce qu'il y avait de la volonté, un vrai effort de pédagogie, notamment grâce au travail préparatoire du COR.

 

A l’occasion de cette réforme de 2003, l’attitude du PS a été indigne d’un parti de gouvernement, en appelant à son abrogation. J’imagine que beaucoup de gens comme moi ont été désorientés par cette attitude irresponsable qui s'est poursuivi jusqu'au trop fameux "projet socialiste". Et je suis convaincu qu’elle a favorisé l’émergence de S. Royal comme alternative à un socialisme dinosauresque. (et Royal proposait simplement la "remise à plat des lois Fillon", plutot que leur abrogation: quelle révolution!)

Le PS a mis trop de temps pour ce rendre compte que sa posture démago était à coté de la plaque. DSK (comme beaucoup d’autres) n’a exprimé clairement sa posture réformiste sur la question des retraites qu’en septembre 2006, juste avant les primaires socialistes. Grosse erreur, qui a contribué à la désignation de Ségo par les adhérents PS.

 

La présidentielle 2007 semble avoir permis au PS et au pays de comprendre l’importance du problème des retraites. Les réactions mesurées des membres du PS à la perspective d’une réforme Fillon sont de bonne augure.

 

Toujours est-il que les régimes spéciaux ne sont qu’un élément de la réforme encore devant nous (la vrai réforme implique, pour tous, d’augmenter progressivement l’age du départ à la retraite à 65 ans). Une clause de rendez-vous avait été prise en 2003 pour 2008. A hâter les choses aujourd’hui, sur la question secondaire des régimes spéciaux, Fillon ne fait-il pas une erreur de méthode ?

mardi, 24 juillet 2007

Les moyens de l'opposition

François Hollande interviewé par l'Hebdo des socialistes trouve la phrase choc pour remobiliser la gauche. Cette phrase n'est pas "soyons prêts pour les combats démocratiques qui s'annoncent".(avec ce type de formule contorsionnée, j'ai viendrai presque à préférer le non-intellectualisme affiché de notre président).

Non, la formule choc de Hollande c'est:

"pour bien s’opposer, il faut commencer par bien se reposer"

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mercredi, 20 décembre 2006

Faut-il taper sur la retenue à la source ?

Je suis très partagé sur l'annonce de la mise en place de la retenue à la source pour l'impot sur le revenu dès 2009 et sur la réaction du PS, par la voie de son premier secretaire, le sympathique François Hollande.

Il a raison, Vinvin. Le fait d'avoir été nommé homme de l'année par le magazine TIME fait peser sur moi une lourde responsabilité. Bloguer ne peut se limiter à pontifier, à distribuer les bons et les mauvais points, et surtout d'ailleurs les mauvais.  

Je trouve que la mise en place de la retenue à la source est une excellente chose. C'est moins excitant à écrire que lorsqu'il s'agit de dégommer une mesure stupide et retrograde comme le chèque transport, ou une mesure stupide et couteuse comme l'abaissement de la TVA sur la restauration.

 

La première lecture de la réaction du PS me parait bêtement politicienne: il est logique pour le gouvernement de mettre en avant le fait que les Français ne paieront pas d'impot au titre de 2008. Cela ne veut pas dire, comme le laisse entendre perfidement Hollande, que le gouvernement prétant qu'ils ne paieront pas d'impots cette année là. Simplement en 2008 ils paieront leurs impots au titre de 2007 (comme en 2006 ils les paient au titre de 2005) et en 2009, avec la retenue à la source, ils paieront pour leurs revenus de 2009. (Des précisions ici)

Et je n'aime pas non plus l'autre jugement hatif émis par Hollande, tendant à dire que cette mesure est purement technique et que ce qui compte c'est de réformer l'impot. Rien à voir, François, et tu le sais bien. La retenue à la source peut permettre, à service rendu égal, de limiter le nombre de fonctionnaires chargés d'établir le role de l'impot, en tirant partie du progrès technique. Après, supprimer l'ISF ou le doubler, fusionner la CSG et l'IR ou pas, c'est un autre problème.

Mais.

Mais je comprends que le PS soit un peu vénère. La retenue à la source est dans le projet socialiste, mais ne figure pas dans le programme législatif de l'UMP.  

Et franchement, annoncer la création d'un groupe de travail sur la question à 6 mois des élections, ce n'est pas le signe le plus véhement d'une ambition réformatrice...

PS: en publiant le billet, je me rends compte que Koz a suivi un peu la même démarche hier, autour de la démonstration de son esprit critique. Amusant.

mardi, 14 novembre 2006

Quel bilan pour les primaires PS?

Quelques leçons, confirmations et intuitions personnelles à l’issu du « débat militant ».

 1°) Fabius sonne faux . Sa stratégie gauche de gauche va peut-être convaincre quelques militants, mais sa personnalité et les sinuosités de son track record ne lui permettront pas d’obtenir un score aussi élevé  que sa démarche (contre-intuitive pour le grand public, mais bien pensée pour un marketing socialiste) devrait lui offrir. Je reste obsédé (comme quand on a une chanson débile que l’on arrive pas à sortir de son esprit) par la formule « Sarkozy baise la babouche de Bush ».  Le topos du « Normalien sachant écrire… ».

 2°) DSK n’a pas dit beaucoup de bêtises, mais est un peu… ennuyeux. Dans le même temps, je n’élis pas un président dans l’espoir que ses gaffes,  ses contorsions institutionnelles ou ses turpitudes me donnent matière à écrire des billets sur un blog. J’avais entendu sur France-Culture il y a quelques années la rediffusion des causeries que Mendès-France proposait chaque semaine aux Français, au cours desquelles il leur expliquait les contraintes, les options et les choix de sa politique. Pas sexy, tout simplement admirable. DSK aussi barbant que PMF ? Je prends.

 3-1°) Ségolène est Ségolène. Dans l’épisode final de la saison 3 de West Wing (A la Maison Blanche), intitulé Posse Comitatus, on entre dans l’année électorale présidentielle, au cours de laquelle le président démocrate Jed Bartlet brigue un second mandat. Ce type formidable a un court entretien avec son adversaire républicain, un bouseux texan populiste ( la simplification du propos dans les séries est qualifié de « narrative constraint »). Le président Bartlet réfléchie en parallèle à une grave décision qu’il doit prendre au sujet du moyen-Orient. 
La scène est très forte, parce que l’on parle de cet adversaire, le gouverneur Ritchie, depuis de nombreux épisodes sans jamais le voir, et que cette rencontre est repoussée, annulée et a finalement lieu de façon impromptue. Le président conseille à son adversaire de prendre des cours de relations internationales. Son propos n’est pas méprisant, au contraire. Il lui explique que 6 mois avant d’être élu pour un premier mandat présidentiel, lui non plus, président du conseil régional de Poitou-Charente gouverneur du New Hampshire, ne touchait pas une bille en politique internationale. Mais il a consulté des gens qui s’y connaissaient, il a lu des bouquins, pour avoir le niveau. Et Bartlet de conclure : le peuple américain mérite que nous ayons ce débat de haut-niveau.
Tout cela c’est de la fiction. Je crois que les gens se foutent de la différence entre nucléaire civil et militaire, notamment quand il s’agit de l’Iran.

3-2°) La campagne interne a montré que Ségo était au taquet, élément sur lequel j’avais encore une incertitude il y a quelques mois. Elle n’est pas nulle, mais sa ligne de défense victimaire qui a marché à plusieurs reprises ne tiendra pas jusqu’en mai.
J’écrivais alors une évidence « Une élection présidentielle, c'est usant, c'est des coups bas, c'est du canardage. ». Ségo semble le découvrir, et je ne crois pas que la vrai campagne sera plus soft. Aujourd’hui, elle bénéficie d’une vrai complaisance des médias, qui acceptent, s’agissant par exemple de la vidéo des 35 h et des profs de regarder « l ’affaire dans l’affaire » (qui a posté la vidéo ?) plutôt que l’affaire elle-même: ce propos, tenu devant des militants, et qui n’est pas si tronqué que cela, correspond-il à sa vision des choses ? Son diagnostic du temps de travail des enseignants correspond-il à la réalité ? Si, oui, sa proposition qui reviendrait de facto à réduire le salaire horaire des profs, est-elle une "utopie réalisable" ? quid de l’attractivité de ce métier ?

3°) Petit pronostic gratuit pour le premier tour des primaires, mélange pas très scientifique d’enfumage journalistique, de lecture de blogs (je constate de façon inquiétante que mon blogroll est à 80% Strausskiste : est-ce du group think ?) et de voeux pieux:

-         SR : 46% ;

-         DSK : 30%;

-         LF : 24%.

Pour compléter cette portion de billet à la Mme Soleil : S. Royal disposera d’un réservoir de voix pour le second tour, constitué par l’abstention significative d’un certain nombre de militants au premier tour, a priori ségolistes, mais désorientés par la tournure prises par les choses. A quoi s’ajoute un soutient massif, mais fragile des hiérarques et de l’appareil du PS, qui ne lui permettront pas d’effectuer la razzia annoncée.

Ne m’en voulez pas si mon pronostic s’avère totalement foireux, j’écris pour le plaisir de la conversation. Ne vous étonnez pas non plus si, dans l’hypothèse où ma prévision était  proche de la réalité, j’écris un nouveau billet pour vanter la puissance de mon analyse !

4°) Toute cette campagne est donc bien amusante et propice au commentaire. Je commence toutefois  à m’inquiéter de la perception qu’en ont beaucoup de gens, qui ne manqueront pas d’être déçus par les propositions de renouveau des pratiques politiques que S. Royal prétend incarner, et qui ne sont, assez largement que du flan, lorsqu’elles ne flattent pas les instincts les moins nobles de nos concitoyens.

Je commence fortement à douter qu’en 2007 le peuple français ait le débat présidentiel qu’il mérite….

vendredi, 20 octobre 2006

Désignation du candidat PS: selon vous, les Français ont-ils raison d'avoir tort?

 

 Le sondage suivant de l'institut CSA est l'occasion de se moquer un peu des sondages. Cedons à la facilité.

La question était: Selon vous, quelle a été la personnalité la plus convaincante lors du débat télévisé d'hier sur La Chaîne Parlementaire – Assemblée Nationale et Sénat portant sur les questions économiques et sociales ?

Il s'agit donc du fameux débat entre les trois candidats à la candidature PS.

Regardons d'abord la réponse de l'ensemble des Français:


Ensemble des Français

 

%

- Ségolène Royal

24

- Dominique Strauss-Kahn

19

- Laurent Fabius

6

- Ne se prononcent pas

51

TOTAL  

100

 le résultat est clair: Ségo a gagné, même si DSK n'est pas loin. On remarque cependant que 51% des sondés ne se prononcent pas....

 

On peut rire un peu en regardant les réponses des gens qui n'ont pas entendu parler  du débat (en fait, ne riez pas, leur opinion compte): 


Ensemble des Français

Dont n'en a pas entendu parler

 

%

%

- Ségolène Royal

24

21

- Dominique Strauss-Kahn

19

11

- Laurent Fabius

6

7

- Ne se prononcent pas

51

61

TOTAL  

100

100

 on voit que s'est désormais 61% de personnes qui ne se prononcent pas, ce qui est la moindre des choses, dans la mesure où la question est toujours la même: qui a gagné ce débat que vous n'avez pas vu et dont vous ne savez rien? On remarque que l'écart se creuse entre Ségo et DSK. 

 

Pour ceux qui ont entendu parlé du débat, mais qui ne l'ont pas vu, on constate qu'ils sont très proche de la moyenne générale. RAS.

 

Ensemble des Français

Dont n'a pas vu le débat mais en a entendu parler

 

%

%

- Ségolène Royal

24

24

- Dominique Strauss-Kahn

19

18

- Laurent Fabius

6

6

- Ne se prononcent pas

51

52

TOTAL  

100

100

 

Là où le sondage prend toute sa saveur, c'est lorsque l'on y met toutes les cases, et que l'on observe en particulier l'opinion de ceux qui ont vu tout ou partie du débat (quelle idée d'interroger ces gens là...): 

 

Ensemble des Français

Dont a vu en totalité ou en partie le débat

Dont n'a pas vu le débat mais en a entendu parler

Dont n'en a pas entendu parler

 

%

%

%

%

- Ségolène Royal

24

32

24

21

- Dominique Strauss-Kahn

19

48

18

11

- Laurent Fabius

6

5

6

7

- Ne se prononcent pas

51

15

52

61

TOTAL  

100

100

100

100


On constate alors que DSK l'emporte assez largement (12 points d'écart sur Ségo), avec vous le noterez aussi, un taux de "ne se prononcent pas" beaucoup plus faible... 

 

Le directeur de l'institut CSA Roland Cayrol était interrogé hier sur France-Info, et commentait notamment ce sondage.  C'est ici mais je n'arrive pas à trouver de lien écoutable.

Il expliquait doctemment comment on pouvait titrer que S. Royal avait gagné ce débat, alors que la réalité était un peu plus subtile.

Le journaliste lui demande alors: mais pourquoi alors les médias utilisent-ils des titres  si trompeurs?

Et Roland Cayrol de répondre patelin: oh, mais les titres sont juste là pour attirer les lecteurs, et les inviter à lire l'étude dans le détail, il ne faut pas s'y arrêter!

Et comme il a raison.

J'imagine déjà le prochain sondage: un média a annoncé qu'un sondage donne S. Royal vainqueur du débat au sein du PS. Pensez vous que ce sondage reflète l'opinion des Français?

Je verrais bien un résultat dans ce genre: 

 

 

Ensemble des Français

Dont a lu en totalité ou en partie le sondage

Dont n'a pas vu le sondage mais en a entendu parler

Dont n'en a pas entendu parler

 

%

%

%

%

- elle a gagné

48

20

48

61

- elle n’a pas gagné

30

65

30

8

- Ne se prononcent pas

22

15

22

31

TOTAL  

100

100

100

100

 

 

jeudi, 12 octobre 2006

le blog, la politique par d'autres moyens? (Ségo et moi: une confession)

Le silence des lois a six mois aujourd'hui, si l'on considère que sa date de naissance est le jour de son premier billet. Mais pour paraphraser Neruda, mon silence parle à ce silence depuis plus longtemps. Et l'écriture du blog est partagée entre sa force créatrice, sa raison d'être, qui était l'envie de dire des choses que je gardais pour moi depuis longtemps (et l'on trouve donc ici des billets sur des thèmes récurrents: comment redonner sa place au parlement, quel rapport entre politique et droit, etc...), et l'exigence de son format, qui invite à commenter au fil de l'eau, au flux de l'actualité.  Et ces deux dimensions sont utiles pour moi: approfondissement et formalisation de thèmes qui m'interessent , journal de bord et suivi retrospectif de mes humeurs politiques.

Il est interessant par exemple de noter que ce blog est né dans la fureur de l'affaire clearstream, et de relire mes premiers billets de vierge effarouchée par la turpitude du monde politique.

Il est interessant aussi de noter que ma position sur Ségolène Royal a évolué pendant cette période:

- Regard d'abord amusé et effrayé par la bulle médiatique, par ce miroir grossissant et déformant des médias sur l'opinion publique.   

- Séduction ensuite par un discours iconoclaste, ou en tous cas nouveau à gauche sur toute une série de thèmes. Cette approche a permis de façon salutaire au PS de sortir du ronronnement quelque peu sénile sur ses valeurs, sur sa supériorité morale, que le projet socialiste vient exemplifier de façon molle.

- Séduction aussi par une méthode, à mon avis plus interessante par son coté "grass roots" que par le slogan de la démocratie participative. Et mon interêt pour cette démarche a sans doute été renforcé par la lecture concommittante du livre de Joe Trippi "the revolution will not be televised" (la démocratie, internet et le renversement de tout) qui était recommandé sur le site de Versac et qui raconte la primaire démocrate du gouverneur du Vermont pour les dernières présidentielles US. De très belles pages sur la démocratie, sur des citoyens qui s'organisent pour débattre et avancer, sur une campagne rebelle et génereuse qui casse les logiques d'appareil...

- Séduction a contrario par la campagne bête et méchante de positionnement contre elle opérée par la plupart de ses camarades opposants, à la fois sur le plan des idées et des personnes. Jospin en particulier m'a beaucoup fait aimé Ségolène...

- Après toutes ces séductions, il est révélateur que je n'ai pas documenté l'évolution de mes sentiments présidentiels depuis un moment (si cela ne vous interessait pas, vous devriez logiquement avoir cessé de lire ce billet depuis longtemps, alors restez, ça va devenir interressant).

Des lecteurs attentifs auront peut-être compris, à travers la lecture de ce billet en particulier, que j'ai pris une carte du PS en promo, ce qui démontre une passion militante raisonnable et utilitariste. Je l'ai sans doute fait à l'époque en me disant que cela me permettrait de favoriser la désignation de S. Royal comme candidate du PS à la présidentielle, à une époque où l'appareil tout entier (ou presque) était contre elle. Il me semble que c'était la motivation de beaucoup de "néos" militants.

Pour moi, le président de la République doit d'abord faire la preuve de sa solidité, et pour un candidat, le seul lieu où cette preuve est démontrable est dans le débat public actuel.

Et j'ai l'impression, malgré les a priori favorables que j'avais, que S. Royal est "au taquet", qu'elle ne peut pas réveler son talent mieux qu'elle ne le fait aujourd'hui, et que c'est insuffisant pour gagner la présidentielle. Une élection présidentielle, c'est usant, c'est des coups bas, c'est du canardage.
Au regard de ce que j'ai vu et lu attentivement jusqu'à present, j'ai des doutes sur sa capacité d'endurer. Son refus du débat (ou sa volonté de le verouiller), son manque d'assurance à l'oral me font craindre qu'elle ne tienne pas la distance. Je peux évidemment me tromper, mais ce risque en vaut-il la chandelle?

 Pas si un autre candidat me parait avoir les compétences et la résilience requises. Et depuis quelques semaines, je trouve que DSK est très bon. Par le réalisme de sa méthode et de ses propositions, par son aisance aussi, et par la niaque retrouvée (parce qu'il faut avoir envie). Le déclic aura sans doute été pour moi son grand jury sur RTL il y a dix jours (mp3).

Je trouve qu'un second tour des primaires DSK- Royal aurait de la gueule, et constituerait une expérience du feu nécessaire avant la vrai et dure bataille de la présidentielle.

A l'heure du choix du militant que je suis désormais (volens nolens), l'évolution de mon appréciation des choses me conduit à voter très fermement pour DSK. J'espère qu'il y aura un second tour pour les primaires socialistes, ne serait-ce que pour vérifier si S. Royal a de la reserve.

Quand ce blog aura un an, la France aura un nouveau chef de l'Etat. C'est dans six mois, et c'est loin.

 

dimanche, 25 juin 2006

Y-a-t'il une énigme Fabius?

Comme je l'avais analysé (mais ce n'était pas bien sorcier), les militants socialistes ont largement boudé la messe du 22 juin 2006, au cours de laquelle ils devaient valider le projet du PS.

Ce programme est certes "validé" par 85% des votants, mais seuls 47% dees adhérents ont participé. Le taux de participation des néos (adhérents à 20 euros) serait de 40%. Ces chiffres je les tiens de la dépêche Reuters, reprise partout.
47% de 200 000, cela veut dire  94000 votants en tout.
40% de 70000 néos cela fait 28000 participants.
Ce qui revient à un taux de participation de 51% chez les adhérents à plus de 20 euros.
Ce qui signifie en fait que non seulement les nouveaux adhérents snobent le projet, comme le titre la dépêche précitée, mais que les anciens ne s'y interressent guère plus. Je rappelle le taux de participation officiel au réferendum interne sur le projet de constitution européenne: 75%. 

Que fait Laurent Fabius face à ce constat? (je ne sais pas s'il lit ce blog, mais les chiffres que je cite provienne d'une simple recherche Google et de ma calculatrice, ce qui ne nécessite l'accès à aucune officine...). Au cours de son grand meeting au Grand Quevilly, il se pose , nous dit Libé, "en champion du projet présidentiel du PS".

"Il reste bien sûr à l'enrichir", a-t-il concédé. "Mais je ne suis pas d'accord avec ceux des dirigeantes  et desdirigeants  qui, sous prétexte de commenter le projet socialiste, commencent par le contredire et l'amoindrir".


Qu'il faille se préoccuper, en tant que candidat à la candidature, des adhérents du PS relève du bon sens. Mais s'enferrer ainsi dans une démarche qui est, en interne (je ne parle pas du premier ou du second tour de la présidentielle), vouée à l'échec, reste pour moi une énigme, parce que Fabius, au delà du triangle infernal qui le plombe, me semblait être un homme politique madré, avec tout le mélange d'admiration, de cynisme  et de dégoût qu'un tel compliment a sous ma plume.


mardi, 20 juin 2006

Vote du programme du PS : que vont faire les néos ?

Réponse : probablement rien.

Jeudi 22 juin 2006, tous les adhérents du PS sont appelés à voter le programme du parti.
Les résultats de la campagne d’adhésion ont été publiés : + 68.789 nouveaux adhérents (appelons-les les « néos ») ont rempli avant le 1er juin, la formalité consistant à payer 20 euros.

Le Parti socialiste, qui comptait officellement (?) 133.913 adhérents au 31 décembre 2005, passerait donc le cap des 200.000 militants pour la première fois de son histoire.
Je dis passerait, parce que le chiffre de 133.913 me paraît moins solide que celui de 68.789. Ce n’est qu’une intuition, relayée par une anecdote : un responsable de section parisienne expliquait récemment que sa section était passée de 150 à 450 adhérents, « et encore, sur les 150, la moitié n’était pas à jour de cotisation ». Il ne me semble pas que pour les opérations électorales internes une trop grande vigilance pour prévenir une irrégularité comme celle du vote d’un adhérent qui n’est pas à jour de cotisation soit de mise. Le chiffre de 133.913 est donc à prendre avec des pincettes, sans qu’il y ait malhonnêteté des dirigeants socialistes.

Si des chiffres fiables sont disponibles après le vote du 22 juin pour le programme du PS, il faudra donc surveiller le taux de participation. Mon intuition (encore…) est que les foules ne se déplaceront guère.
Pour le référendum interne sur le projet de traité constitutionnel du 1er décembre 2004, 120 027 adhérents étaient appelés à se prononcer. Il y aurait eu « près de 75% » de participation.

Mais la plupart des néos n’ont sans doute pas la foi des militants, qui permet de résister au pensum des réunions de section interminables où il ne se passe pas grand chose. Ils n’auront pas le désir d’aller voter pour un programme qui n’est guère affriolant.
Encore un chiffre : la fréquentation du « blog » de Ségolène Royal, qui avec un beau souci de transparence affiche ses stats : 21000 visiteurs uniques en février, 52000 en mars, 193000 en avril et seulement 35000 en mai. Le désir programmatique a ses limites…

Il me semble (mais je ne crois pas que des études soient publiées la-dessus) que la majeure partie des « néo-socialistes » veulent, comme l’indique le site du PS « battre la droite en 2007 ». Et pour cela, ils attendront novembre pour désigner le candidat du PS.

Il serait évidemment interessant d'avoir une étude comparée avec la motivation des nouveaux adhérents de l'UMP depuis que N. Sarkozy a fait du recrutement une priorité. Je propose d'ore et déjà d'appeller ces nouveaux adhérents de l'UMP des "Gaveau".

mercredi, 14 juin 2006

Débat d'orientation budgétaire: le gouvernement se ségolénise-t-il?

Le gouvernement propose depuis cet après-midi un forum pour discuter , en prélude au débat d'orientation budgétaire, un certain nombre de questions de finances publiques autour de quatre axes: medium_arton56225.jpg

- les impôts
- les dépenses
- l'avenir de la sécu
- les finances des collectivités locales.

Pour le moment, les discussions m'ont l'air plutot foutraques, avec des contributions sur la suppression des fonctionnaires (le lapsus me parait décidemment révélateur, on le retrouve dans l'édito du Canard enchainé du jour), et certaines questions proposées pour orienter la discution que certains trouveront ... orientées, du type :"A partir de quel niveau de prélèvements obligatoires décourage-t-on l’initiative ?"

Mais si le forum participatif se prétend moins ludique  que cyber-finance, ne contribuera-t-il  pas plus efficacement cependant à la prise en compte du défi que représente la politique budgétaire d'un pays?

Le débat dans l'autre forum participatif de référence (désir d'avenir...) ne semble pas avoir un fil de discussion équivalent. Il y a bien "Rendre l'action publique efficace et participative.", avec un sous-thème "Une fiscalité plus transparente et plus juste". Difficile en l'état de déterminer le meilleur des deux...

 

Mise à jour : j'apprends  que le PS ouvre "une plate-forme de forums pour débattre du projet". Comme le note Netpolitique, "On ne voit pas encore très bien comment ces synthèses seront utilisées pour le débat final de ratification qui aura lieu lors d'une Convention nationale le 1er juillet."

2007 année des forums? Et si l'election ne se jouait pas plutot, comme d'habitude, sur les électeurs qui n'ont pas internet?