jeudi, 14 décembre 2006

Affaire Seznec: décision honteuse?

La réponse est à mon avis non. Je trouve assez courageux de la part de la cour de cassation de remplir son office de juge sans céder à la pression médiatique. Il n'y a "aucun fait nouveau ou élément inconnu de la juridiction le jour du procès, de nature à faire naître un doute sur la culpabilité de Guillaume Seznec".

"Pourquoi peint-on la justice avec une épée et même avec une balance? Je voudrais parfois lui mettre un voile. Il est souvent de la justice de ne pas faire justice". (Prince de Ligne)

"Réouvrir l'affaire Seznec 80 ans après (...) n'a guère de sens pour la "bonne administration de la justice": les juges d'aujourd'hui peuvent-ils avoir une appréciation des faits plus fine que les juges de l'époque? ( ce qui n'exclut évidemment pas qu'ils se soient planté à l'époque...).  La justice de 2006 sera-t-elle rendue plus vite et mieux si l'on rouvre toutes les affaires définitivement jugées des 80 dernières années?
Mais l'affaire Seznec parle à nos concitoyens: un téléfilm a été moult fois diffusé à la télé, et les données de l'affaire sont suffisament  romanesques pour interesser le public. Que Seznec soit innocent ou couplable, (il est malheureusement trop tard pour changer les choses), le procès de 2006 ne peut être que de la justice spectacle."  (le silence des lois) (je sais, l'auto-citation est un peu exagérée)

Voeu pieux: j'aimerai que dans les jours à venir les médias n'épiloguent pas à l'excès sur cette triste affaire, et portent un peu la contradiction sur le projet de loi en discussion au Parlement, censé répondre au scandale d'Outreau et qui parait, dans la précipitation, partir en live, comme l'expose magistralement Eolas.

dimanche, 08 octobre 2006

Indigènes, Seznec, GDF: tout faux?

La question de savoir comment faire des bonnes lois, comment prendre de bonnes décisions politiques me parait décidemment une grande question de la démocratie, beaucoup plus puissante que celle de savoir si c'est la gauche ou la droite qui a raison.

 

Sur ce blog comme ailleurs, a été dénoncée la décision de decristalliser les pensions des anciens combattants des ex-colonies si cette décision a pour origine le visionage du film "indigènes". Je disais en substance que l'on ne peut pas, au plus haut niveau de l'Etat, se fonder sur un film pour prendre une décision.

 

J'étais naïf (et c'était la semaine dernière).

A bien y réflechir, beaucoup de décisions publiques ne sont-elles pas prises en considération de l'air du temps, et plus spécifiquement de la pression médiatique? Posée comme cela, la question a une réponse évidente. La pression médiatique est une donnée incontournable du débat public et du processus de décision publique.

Réouvrir l'affaire Seznec 80 ans après par exemple n'a guère de sens pour la "bonne administration de la justice": les juges d'aujourd'hui peuvent-ils avoir une appréciation des faits plus fine que les juges de l'époque? ( ce qui n'exclut évidemment pas qu'ils se soient planté à l'époque...).  La justice de 2006 sera-t-elle rendue plus vite et mieux si l'on rouvre toutes les affaires définitivement jugées des 80 dernières années?
Mais l'affaire Seznec parle à nos concitoyens: un téléfilm a été moult fois diffusé à la télé, et les données de l'affaire sont suffisament  romanesques pour interesser le public. Que Seznec soit innocent ou couplable, (il est malheureusement trop tard pour changer les choses), le procès de 2006 ne peut être que de la justice spectacle.

 

Comment, alors, prendre de bonnes décisions? S'extraire totalement de la pression publique est irréaliste et peut priver le décideur d'un "whistleblower" efficace. Après tout, la situation des anciens combattants d'outre-mer était scandaleuse (selon moi seulement jusqu'au décret de 2003, mais ce n'est pas le débat du jour). C'est sans doute regrettable qu'un film soit nécessaire pour que l'opinion publique et le président de la république s'en rendent compte, mais c'est ainsi.

J'en viens à mon dernier malaise de la semaine. La privatisation de GDF.

Après avoir dénoncé longuement la faible qualité des débats à l'assemblée nationale, j'aimerais parler un peu du fond.  Et c'est là que le bât blesse.
Tout le monde a conscience qu'il s'agit d'une question importante, mais nécessairement complexe, plus complexe que la décision de dépenser 110 millions d'euros par an pour les "indigènes", ou d'offrir un procès en révision au petit-fils de Seznec.
D'autres grandes questions complexes ont fait l'objet de décisions ces dernières années, par exemple les 35 heures ou la réforme des retraites. A chaque fois, face à des clivages violents, j'ai pu me faire une idée, comprendre (au moins dans ses grandes lignes) ce qui motivait la mesure gouvernementale (et l'opposition de tel ou tel acteur), pour la soutenir ou la dénoncer (quitte à changer d'opinion quelques semaines ou années plus tard).

Pour la privatisation de GDF il n'en est rien. Je ne sais absolument pas quoi penser de cette privatisation. La pédagogie du gouvernment a été nulle sur ce point, obsédé qu'il était à éviter, d'une part, l'enlisement promis par l'opposition grâce à une obstruction systématique et d'autre part, le risque d'une fronde de la majorité sarkozyste au Parlement.

Pour prendre un exemple, j'ai entendu T. Breton, notre ministre de l'économie, il y a quelques semaines sur France Inter, expliquer que si on libéralisait le secteur de l'énergie, c'était parce que l'Europe en avait décidé ainsi au sommet de Barcelone en 2002, où la France était représentée par L. Jospin qui n'avait pas bronché.  Evidemment, si c'est la seule faiblesse de Jospin qui explique la libéralisation du secteur de l'énergie et la privatisation de GDF, je comprends que nos concitoyens ne soient pas fan de l'UE...

Avec l'affaire GDF, la qualité du débat m'a donc semblé connaitre un nouveau record historique de nullité, dont toute la classe politique est responsable et pas seulement les médias. La conclusion est peut-être expéditive, mais je n'en vois pas d'autre.