vendredi, 07 septembre 2007

quelques remarques sur les sujets du concours de l'ENA 2007

Les candidats au concours d'entrée de l'ENA passent leur cinquième et dernière épreuve  écrite de 5 heures cet après midi. Quelques mots sur les 3 premieres épreuves du concours externe.

1°) sujet de dissertation de droit public: "L'emprise de la construction européenne sur le droit public français".

Comme fréquemment, le sujet de droit public est corrélé avec le sujet des considérations générales du rapport annuel du Conseil d'Etat: le rapport 2007 était intitulé "L'administration française et l'Union européenne: quelles influences? quelle stratégie?".

 Le rapport 2006 portait sur "Sécurité juridique et complexité du droit", le sujet de l'ENA de 2005 était "Principe de légalité et principe de sécurité juridique"

Le rapport 2005 portait sur "Responsabilité et socialisation du risque", le sujet de l'ENA de  2004 était "L’action de l’administration face aux différents droits de la responsabilité."

Dans ces 2 cas, le sujet de l'ENA était antérieur à la publication du rapport. D'où la recherche par nombres de préparationnaires du thème du futur rapport du CE...

On constatera qu'à chaque fois, le sujet posé ne se présente pas comme une pure question de cours. Tout l'art d'une bonne copie consistera à délimiter le sujet. Logiquement, le travail du jury est de bien poser le sujet, pour ne pas laisser la place à l'arbitraire. Et je reste géné par un sujet comme celui-ci, pour lequel, par exemple l'intitulé "construction européenne" ne permet pas de deviner si le jury souhaite voir traiter largement la place de la CEDH. Je tends à penser que oui (sinon pourqoui ne pas mettre "droit communautaire"?), mais c'est presque du pile ou face.

De la même façon: je trouve plus sain pour un sujet juridique d'employer des termes juridiques. Que vient faire le mot "emprise" ici? faut-il lui donner le sens du jugement du tribunal des conflits Sté Rivoli-Sébastopol, s'agissant d'une emprise irrégulière, avec cette idée de dépossession? Faut-il lui donner un sens psychologique? Un ancien secrétaire général de la cour européenne des droits de l'homme qualifiait la CEDH de "surmoi contre les pulsions liberticides des Etats"...

 

2 °) le sujet d'économie "Une politique industrielle est-elle encore possible dans l'Union européenne ?"

Sujet "bateau" par essence pour qui prépare ce type de concours.

Les correcteurs vont certainement lire de nombreuses copies qui maitrise le sujet et vont donc s'ennuyer beaucoup à lire 300 fois la même chose et à chercher des éléments discriminants.

 

3°)  le sujet de culture général: "La décision est souvent l'art d'être cruel à temps (H. Becque)".

Ce sujet inspire la toile. Melle Coco relève que l'auteur (obscur théatreux) a également écrit "L'élite, c'est la canaille", et je partage son avis que c'était un sujet plus amusant. 

Sur le forum sc-po on relève: "Et vous avez pris la décision de disserter 5 heures là-dessus ? C'est cruel, effectivement". Un autre  :"Tout le monde à égalité. Vous avez fait un an de prep ? Elle sert à (presque) rien."

Je trouve que le sujet n'est pas bon: encore une fois, on ne peut pas savoir ce qu'attend le correcteur. Je ne vois pas trop ce que viens faire la cruauté dans l'affaire. Il est toujours plus risqué de commenter une proposition boiteuse qu'une phrase plus neutre. L'epreuve de culture général étant une des plus clivantes sur le plan social, je pense que le jury devrait se montrer plus attentif à en limiter l'arbitraire.  

En revanche, j'aime assez le sujet de culture général du concours interne: "trahir le Prince".  Il fait écho à mon précendent billet et présente une certain actualité.

 

Bon, tout cela pour dire que le mode de selection par la dissertation ne me satisfait pas, comme je l'indiquais lors du concours 2006. Ceci changera-t-il bientot?