mardi, 30 janvier 2007

Pourquoi la droite? pourquoi le pouvoir? pourquoi les fonctionnaires? pourquoi le scooter?

Le tome 3 de "l'histoire des droites" sous la direction de Jean-François Sirinelli me parait le plus prometteur des 3 tomes. Il est relatif aux sensibilités, et propose, un peu à la façon des lieux de mémoire, des articles sur des thèmes aussi variés que Dieu,  les sciences, la région, le patrimoine...

Autant vous dire que c'est l'article relatif au fonctionnaire qui a attiré mon oeil.

Pierre Bouretz commence son article par de puissants extraits de Tocqueville et surtout celui-ci: "les peuples démocratiques haïssent souvent les dépositaires du pouvoir central ; mais ils aiment toujours ce pouvoir lui-même".

Je laisse chaque lecteur chercher en son for intérieur  comment cette grille de lecture peut s'appliquer à l'analyse de la politique contemporaine.

On reparlera sans doute de ce livre...

jeudi, 14 septembre 2006

Faut-il sacrifier les politiques publiques sur l'autel de notre passion de l'égalité?

Waouh... le titre est un peu ambitieux...

J'écoutais ce soir "on refait le monde" sur RTL,  qui évoquait en particulier la question du service civil obligatoire,du fait que Ségo et Sarko était pour, que Villepin était contre...
Vint ensuite le moment pour les "polémistes" d'exprimer leurs propres positions sur cette question. A peu près tout le monde était d'accord pour convenir de ce que ce service était une bonne chose, en gros pour resouder la nation, et puis parce qu'il n'y a pas de raison de traiter différemment les garçons et les filles. Certains contestaient son caractère civil (l'armée c'était quand même quelque chose), d'autre son caractère obligatoire.

Mais ce qui fit l'unanimité, c'est que le PIRE dévoiement d'un tel service serait de retrouver les passe-droits qui existèrent à l'époque du service militaire: surtout, pas de planqués. 

 

Voila une belle illustration de notre passion française pour l'égalité: à la limite, que tout le monde soit obligé de faire un truc ininterressant, inutile et couteux pour les finances publiques,  peu importe, à partir du moment où tout le monde, sans exception, y est obligé.
 

Cette passion de l'égalité permet d'excuser toutes les apories, les décisions absurdes et les renversements de priorités. Ici, c'est clairement une réflexion économique qui passe à l'as.

Comment oblige-t-on quelqu'un à faire quelque chose? Comment s'assurer que le jeune à qui l'on demande d' que l'on oblige à assurer une fonction sociale (dont l'utilité pour la collectivité est indiscutable), assurera effectivement, chaque jour, sa mission? 

Un exemple: faire traverser les enfants sur les passages piéton. Quid, si notre jeune décide un matin de ne pas venir assurer son service? On laisse un enfant se faire écraser ? On paye quelqu'un pour vérifier chaque jour  que  la personne est bien là?

Pour le service militaire, les passe-droits me semblaient légitimes, s'ils permettaient d'assurer que de jeunes gens avec des compétences particulières voient leur compétence utilisée de façon plus efficace.

Un interne en médecine a certainement mieux à faire dans une caserne que d'en balayer la cour.

Un diplomé d'une grande école de commerce est-il mieux employé à assurer le développement d'une entreprise française à l'étranger pendant son temps dû à la nation? Mauvaise question, rétorquent les passionnés de l'égalité! Le recrutement des écoles de commerce sur-représente les "catégories socio-professionnelles supérieures" (les bourges): qu'ils épluchent des patates comme tout le monde.

Se poser la question de l'amélioration du recrutement des écoles de commerce, des causes de cette sous-représentation des classes populaires est forcement hors-sujet...

 

La passion de l'égalité semble donc énoncer que tout ce qui ressemble à l'égalité doit être preservé, sanctuarisé, surtout pas remis en question ou en perspective. Je pense bien-sur au débat actuel sur la remise en cause de la carte scolaire. La carte scolaire, c'est l'égalité, la mixité sociale, fermez les bans. Il ne faut surtout pas réfléchir à ce qui pousse des parents à la contourner. (l'argument des passe-droits est naturellement réversible dans mon argumentation). 

J'ai bien conscience que mon propos glisse mollement mais surement d'un postulat tocquevillien convenu à une bonne vieille dialectique marxiste "égalité formelle, égalité réelle". 

Mais je crois surtout que les débats publiques de la  campagne présidentielle doivent s'efforcer d'éviter de réduire les questions de politique publique à des questions fermées, ou à l'énonciation d'absolus ("on ne peut pas expluser des enfants").

Rares sont les situations dans lesquelles un choix de vie publique ne necessite pas de mettre en balance plusieurs principes, plusieurs impératifs. L'égalité n'échappe pas à cette obligation. Le tamis de la démocratie d'opinion permet-il ce rafinement du débat?

C'est encore plus ambitieux que le titre de ce billet...