« 2007-05 | Page d'accueil | 2007-07 »
vendredi, 29 juin 2007
beaux et c.. à la fois?
Dans un monde d’hommes, Challenges explique le succès de Christine Lagarde, notre 3ème ministre de l’économie cette année, en lui attribuant la formule suivante :
« Les hommes, ce n'est pas compliqué : celui qui est beau, tu lui dis qu'il est intelligent, et celui qui est intelligent, tu lui dis qu'il est beau. ».
C'est sans doute bien trouvé, mais une rapide évaluation des profils des membres masculins du gouvernement me conduit à penser que sa recette ne sera pas inopérante qu’avec ceux d’entre eux qui sont à la fois beaux et intelligents…
11:40 Publié dans pendant ce temps | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : christine lagarde
lundi, 25 juin 2007
le cumul décomplexé et la révision de la Constitution
Le Canard enchainé de mercredi dernier ("Sarko privé de Congrès") revient sur la victoire de la majorité présidentielle, victoire trop faible pour l'assurer de la majorité des 3/5 du congrès (Assemblée nationale et sénat) qui est nécessaire pour opérer une révision parlementaire (et non par référendum) de la Constitution. Cette histoire est très bien analysée par Emmanuel.
L'article mentionne en passant 2 réformes constitutionnelles qui étaient envisagées pour l'automne:
- la possibilité pour le président de la République de s'exprimer devant l'Assemblée nationale. C'est typiquement la réforme gadget comme les aime Sarko: le président peut déjà faire lire des messages devant les assemblées, et il peut envoyer son premier ministre discourir. Il peut aussi parler de ses réformes à la télévision. Le faire devant l'assemblée me semble être surtout une occasion de photo-op.
- permettre le retour automatique des ministres à l'assemblée nationale après leur départ du gouvernement. Voila qui éclaire d'un nouveau jour le pari débile engagé par une partie du gouvernement Fillon et perdu par le seul Juppé. Un tel projet de réforme constitutionnelle relève j'imagine du cumul décomplexé, qui est une des images de marque de NS, notamment dans sa recherche de démarquage par rapport à Chirac (souvenez vous du cumul présidence UMP-ministre et exécutif local). Mais je reste frappé par ce manque de flair de Sarko sur ce thème du cumul des mandats (pas seulement spatial mais aussi temporel), qui exaspère les Français par son coté République à papa.
23:18 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : cumul, révision de la constitution, photo-op, congrès
vendredi, 22 juin 2007
La vie des sectes (II) (seeing is believing)
1.) "Le SMIC à 1.500 euros brut dans 5 ans, qui est une idée phare de Laurent Fabius, ou la généralisation des 35 heures sont deux idées qui étaient dans le projet des socialistes, que j'ai dû reprendre dans mon pacte présidentiel et qui n'ont pas du tout été crédibles" (S. Royal)
2.) "Un texte peut toujours progresser", a ajouté Laurent Wauquiez.
Interrogé sur les difficultés techniques pointées par les économistes sur ce dispositif favorisant les heures supplémentaires, le porte-parole du gouvernement a affirmé que le projet du gouvernement était "extrêmement réfléchi".
"C'est un choix politique fort (...) La grande force du président Nicolas Sarkozy est de ne pas se laisser décontenancer" par des arguments techniques, a-t-il dit.
08:49 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : wauquiez
jeudi, 21 juin 2007
la vie des sectes (you gotta believe)
(photo de Denis Darzacq)
Le discours du Havre du Président, 29 mai 2007 (quelques extraits, juste parce que c'est un discours sympa dont je n'ai pas eu l'occasion de parler... En même temps il parle de lui-même)
"Je vois bien que la pensée unique est de retour. Comme toujours, après avoir subi une défaite, elle revient à la charge. On la voit s’insinuer partout et s’opposer à tout.
Je le dis tranquillement mais fermement. Son règne est terminé. Je veux que l’on puisse penser librement, débattre librement, décider librement. Je suis pour la liberté de l’esprit et contre tous les conformismes. Je suis pour que l’intelligence soit libre, pour que l’imagination soit libre.
La pensée unique veut interdire de parler de la monnaie. Je continuerai à parler de la monnaie, parce que dans tous les pays du monde on parle de la monnaie, parce que dans tous les pays du monde on se sert de la monnaie, parce que lorsqu’on surévalue la monnaie on dévalue le travail.
La pensée unique ne veut pas entendre parler de protection. Elle traite de protectionnistes tous ceux qui veulent plus de protection. Je revendique le droit d’être pour la protection sans être protectionniste.
La pensée unique s’oppose à l’exonération des charges et des impôts pour les heures supplémentaires. Cette exonération je l’ai promise et je la ferai. Parce que je crois au travail, parce que je crois à cette idée simple que l’on doit pouvoir travailler plus pour gagner plus. Parce que je crois que c’est le travail qui crée le travail.
La pensée unique s’oppose à la déduction du revenu imposable des intérêts des emprunts contractés pour l’achat de sa résidence principale. Cette déduction je l’ai promise et je la ferai. Parce que je veux une France de propriétaires. Les intérêts seront déductibles à partir du jour où la loi sera votée, et cette déduction, comme je m’y suis engagé, s’appliquera à tous les emprunts en cours.
La pensée unique récuse le bouclier fiscal à 50% y compris la CSG et la CRDS. Ce bouclier fiscal je l’ai promis et je l’instaurerai. Parce qu’il vaut mieux que les capitaux français créent des emplois et payent des impôts en France plutôt qu’à l’étranger. Parce que la réussite doit être encouragée. Parce que laisser la moitié de ses revenus au fisc c’est déjà considérable. Et si tous les talents s’en vont, où irons-nous chercher la croissance ?
(...)
La pensée unique dit que l’on ne peut pas supprimer un poste de fonctionnaire qui part à la retraite, ni supprimer tous les organismes inutiles. Je le ferai quand même, parce que je veux démontrer que la réforme de l’Etat est possible et qu’elle peut permettre de réduire considérablement le gaspillage de l’argent public."
08:55 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
lundi, 18 juin 2007
news cycle (séparation, gestion, révélation)
On a eu un début de soirée où la défaite de la gauche (quand même) pouvait avantageusement être tournée en fin d'état de grace pour Fillon et Sarkozy, et une gestion normale du "news cycle" aurait dû conduire ce matin à ne parler que de cela ce lundi matin, avec ses bonnes pépites: Juppé, Klarsfeld, etc...
Le scoop entendu hier soir peu après 22h de la séparation entre Hollande et Royal est donc tombé un peu bizarrement: c'est devenu ce lundi le sujet qui intéresse le plus, et la soupe à la grimace que la droite devrait faire encore quelques jours sera sans doute moins accentuée de ce simple fait. Ce n'est plus "le" sujet. (la une du Monde .Fr à 9h20 ce lundi))
France inter diffuse peu avant 8 heures ce lundi l'interview de S. Royal (enregistrée samedi), qu'elle avait prévu de passer mardi matin, dans laquelle elle annonce qu'elle a demandé à François de partir (visiblement c'est plus compliqué que ça, mais bon, la TVA sociale aussi c'est compliqué, et ce n'est pas le sujet de ce billet).
Les journalistes avaient l'info depuis plusieurs jours, et Royal avait prévu de la faire sortir 36h plus tard. L'explication la plus probable de ce carambolage est que des "amis de la droite" ont su imposer leur propre news cycle, en imposant la sortie de l'info beaucoup plus tôt que prévu.
Il parait très peu pro de la part de Royal d'avoir prévu de faire une telle sortie (je ne parle pas du fond) quelques jours après les législatives. J'imagine que l'explication tient au fait qu'elle entendait elle-même imposer son propre news cycle, en réaction au tsunami bleu qui était annoncé. Dans cette hypothèse, il ne devait en tout état de cause n'y avoir qu'un seul news cycle: celui de la séparation, en étouffant celui du tsunami. Arroseur arrosé?
En tous cas, j'y vois un signe supplémentaire d'une vélocité et d'une adaptabilité beaucoup plus grandes de la droite aux changements de circonstances. Ce n'est pas autrement qu'elle a gagné ce cycle d'élections.
09:15 Publié dans miroir des médias , politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : news cycle, séparation hollande royal
dimanche, 17 juin 2007
wow...
en ce soir de 2ème tour des législatives, c'est la première fois que je vois Rachida Dati à la télé tirer la gueule (TF1 20h03).
20:05 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : rachida dati
lundi, 11 juin 2007
G8: qui a picolé?
Je me retrouve dans une position confortable: critiquant souvent de façon parfois trop facile N. Sarkozy et les médias, je vais pouvoir aujourd'hui les défendre (un peu).
1.) le 7 juin, N. Sarkozy fait une conférence de presse dans le cadre du G8. Elle est diffusée en direct sur 2 chaines de la TNT: BFM TV et I-Télé. J'écris un billet sur cette conf', et je note "On sent le président un peu fatigué, un (tout petit) peu largué par ces sujets bigger than life, bigger than France".
2.) pendant le week-end, est diffusée la vidéo suivante:
09:40 Publié dans miroir des médias | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy bourré, G8 de Heiligendamm, bourvil, poutine, sarkozy ivre
vendredi, 08 juin 2007
Sarkozy à Heiligendamm: la diplomatie autrement?
Intéressante, la conférence de presse de N. Sarkozy du 7 juin dans le cadre du G8 de Heiligendamm.
On sent le président un peu fatigué, un (tout petit) peu largué par ces sujets bigger than life, bigger than France (« Que l’on assure la pérennisation des effets juridiques de la délibération, je me souvient plus … de la résolution 12…44 ou 54, 1244 pour donner un mandat aux soldats. »). Dans son compte rendu de l'entretien avec Poutine, il y a beaucoup moins de bravade et de coups de menton que devant une audience domestique. Reality check.
Il prend les choses avec beaucoup de sérieux, une volonté d'apprendre mais il n'a visiblement jamais entendu parlé de la capitale du Kosovo, qu'il s'obstine à appeler "Prichina". (ce n'est pourtant pas difficile: dites: Priche; dites Tina; dites Prichtina). Il a parlé avec Poutine de "tous les sujets : la Tchétchénie, la journaliste, les droits de l'homme, les droits des homosexuels". Et oui, la journaliste, là, celle qui a un nom russe.
Tout cela se sont des détails. Plus intéressant: une volonté de dépasser le langage et la méthode diplomatique, qui a quelque chose de revigorant (une forme de fraicheur) et quelque chose d'inquiétant (une forme de naïveté).
L'exemple le plus frappant: l'affaire du bouclier anti-missile. Visiblement, ses conseillers diplomatiques l'ont briefé avec beaucoup de fermeté, afin que le président fasse profil bas sur ce sujet sensible, en disant que c'est une affaire entre l'OTAN et la Russie. C'est d'ailleurs ce qu'il commence à répondre, quand on lui pose la question:
"Il y a débat là-dessus. D'abord, il y a un cadre qui est le cadre OTAN-RUSSIE, puisqu'on est quand même dans le cadre de décisions qui ont été prises par les Etats-Unis avec la Pologne et la Tchéquie, dans le cadre de l'OTAN. Le cadre naturel est donc le cadre OTAN-RUSSIE."
Et puis Sarkozy craque, il n'a pas envie d'en rester là:
"Mais si je veux être totalement honnête intellectuellement, la facilité pour moi serait de dire que c'est une affaire bilatérale. Dans un premier temps, c'est une affaire entre les Etats-Unis et les Russes, mais ce n'est pas satisfaisant. Dans un deuxième temps, je pourrais même dire, c'est une affaire OTAN-RUSSIE. C'est d'ailleurs ce que nous conseille la diplomatie. Mais si j'ai le droit de m'octroyer une part de liberté, une toute petite, c'est aussi un problème européen. Parce que, quand même, deux pays européens ont pris une décision et c'était leur droit. Il faut aussi comprendre leur histoire et les souvenirs de l'histoire. Mais ce n'est jamais satisfaisant quand l'Europe n'est pas unie. A partir du moment où le Président POUTINE m'a donné, en détail, les éléments de sa proposition par l'intermédiaire de l'AZERBAÏDJAN et de la station radar qui s'y trouve et si la France veut jouer un rôle pour rassembler les énergies, pour apaiser les tensions, pour être un pont, pour être un facteur d'unité de paix, et pour éviter qu'il y ait des malentendus, pour éviter de revenir à une période dont nous ne voulons plus -la période de la guerre froide- je ne vois vraiment pas pourquoi je n'aurais pas saisi cette occasion pour proposer de comprendre la proposition de Monsieur POUTINE.
Je ne suis pas un spécialiste des affaires d'armement, et donc voilà, Monsieur VERNET, je crois que j'ai été très franc et je me suis autorisé une liberté. J'espère donc que la diplomatie française ne m'en voudra pas. Mais je pense que l'on a toujours intérêt à être franc, je pense que l'on a toujours intérêt à être direct. Je n'ai voulu donner de leçons à personne, je n'ai voulu être arrogant avec personne. J'ai essayé de comprendre, mais je veux que dans cet effort de compréhension, les autres comprennent aussi pour nous.
Je pense que ce n'est pas parce que c'est de l'international, ce n'est pas parce que c'est de la diplomatie que cela doit être abscons pour l'ensemble des gens qui écoutent, qui regardent et qui se demandent ce que l'on fait, de quoi on parle, ce qui se passe. Peut-être qu'en se parlant franchement, on peut trouver des solutions plus rapidement qu'en faisant tellement de contours, en utilisant tellement de codes qu'à la fin on se quitte, chacun étant sûr d'avoir écouté ou entendu quelque chose de différent. "
On voit bien dans cet extrait les deux éléments que j'indiquais plus:
- une forme de naïveté sur la conduite des relations internationales: et si tout le monde était gentil, se parlait franchement, est-ce que ça ne se passerait pas mieux, hein?
- et une fraicheur, une volonté de sortir de la chape de plomb diplomatique, dont les mots choisis par Sarkozy témoignent de la lourdeur: " si j'ai le droit de m'octroyer une part de liberté, une toute petite" (par rapport à la diplomatie française); "je crois que j'ai été très franc et je me suis autorisé une liberté. J'espère donc que la diplomatie française ne m'en voudra pas".
09:30 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : G8 de Heiligendamm, Sarkozy, bouclier anti-missile, diplomatie
mercredi, 06 juin 2007
mission impossible?
1.) "la production officielle de croyance distinguera, parmi les relais de crédibilité à disposition, les notabilités intellectuelles et les leaders d'opinion. (...) D'où des gratifications appropriées à chaque catégorie.
Aux membres de la première, sera confiée 'une mission de réflexion et de proposition' sur 'un grand problème de l'heure' (la drogue, l'enseignement, les relations culturelles, la radiotélévision, la sécurité publique, la modernisation de l'Etat, la révision de la Constitution, etc.). Il s'en suivra (...) la remise solennelle d'un rapport un ou deux ans après. Ce dernier sera neuf fois sur dix enfoui dans un tiroir et sans effet aucun sur le problème envisagé, mais le but de l'opération était l'opération elle-même, ses vibrations dans le milieu intellectuel et ses reprises à l'extérieur, dans la presse ('l'évennement" de la désignation, celui ensuite du grand colloque et enfin de "la remise du rapport").
Les leaders d'opinion méritent un autre traitement, plus personnel et plus suivi, à la mesure de leur capacité de nuisance et de 'projection d'image': petits-dejeuners, tête à tête à la campagne, invitations spéciales aux voyages officiels, confidences "off the record", facilités d'accès aux réunions réservées, (...). Il n'y a pas corruption ou domestication mais cooptation et connivence, avec toutes les ambigüités propres à une relation qui mêle de part et d'autre l'intérêt à l'amitié. Car la séduction personnelle n'est pas plus désintéressée que ne l'était jadis l'éducation collective et civique. Elle instrumentalise ceux et celles qu'elle flatte." (R. Debray, L'Etat séducteur)
2.) J. Attali est une notabilité intellectuelle.
Il ne dément pas sur son qu'il pourrait accepter une mission du président de la République, et confirmait cette absence de démenti ce matin 6 juin sur France inter, en indiquant qu'il se donnait le temps de la réflexion. Il y a une forme d'habileté à jouer la montre dans notre culture de l'immédiateté. (Tiens, Big bang blog parle de l'effet jogging, théorisé par Debray. Je n'en parlerai donc pas).
3.) Jack Lang est un leader d'opinion (et oui).
"L'entourage de Jack Lang dément catégoriquement l'information publiée par Le Parisien, lundi 4 juin, selon laquelle l'ancien ministre socialiste serait prêt à accepter une mission culturelle confiée par Nicolas Sarkozy." (Le Monde)
Quelle idée de le traiter comme une notabilité intellectuelle...
Mais j'aime surtout la mise en perspective suivante, qui montre que le cynisme de l'analyse de Debray ("le but de l'opération est l'opération elle-même") peut être transcendé d'un cynisme au carré, qui est sans doute l'explication de l'étonnante longévité politique de Lang:
"Interrogé par Le Monde.fr, le député strauss-kahnien Jean-Christophe Cambadélis propose une piste de lecture : "Jack Lang peut utiliser une ambiguïté dans le cadre de sa campagne législative, à Boulogne-sur-Mer. La rumeur d'une mission donnée par Nicolas Sarkozy ne fait qu'une brève dans Le Parisien mais sera beaucoup relayée dans sa circonscription. Cela montre qu'il a du poids, qu'il peut être aussi utile à la région de Boulogne-sur-Mer que son adversaire UMP. C'est un peu comme quand il est allé voir Nicolas Sarkozy au moment de la composition du gouvernement [le 17 mai]"."
09:50 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Jack Lang, Debray, Jacques Attali
mardi, 05 juin 2007
le suffrage, tout le suffrage, rien que le suffrage?
Le besoin impérieux des ministres d'obtenir l'onction du suffrage universel en se présentant aux élections législatives continue de me laisser songeur. J'ai bien compris qu'on était dans la rupture, dans l'anti-Villepin. Je comprend aussi que le gouvernement ait intérêt à obtenir une majorité à l'assemblée, puisque c'est la condition à terme de sa pérennité. Mais les ministres ont l'ambition de rester ministre et vont donc démissionner de leur mandat éléctoral s'ils gagnent. Contrairement à ce que souhaite Fillon le gouvernement n'a pas à aller "devant le peuple pour lui demander sa confiance": le gouvernement va devant l'assemblée nationale pour lui demander sa confiance, en engageant sa responsabilité.
Eolas a écrit un très bon papier la-dessus , et relève par exemple que "les habitants de Brûlon, Loué, Malicorne sur Sarthe, Sablé sur Sarthe, La Suze sur Sarthe, Le Mans Ouest, et Allonnes ont un droit de véto sur le premier ministre : qu'ils n'élisent pas François Fillon, et le Président de la république ne pourra pas le rappeler à Matignon, puisque le premier ministre a annoncé que les ministres battus ne seraient pas repris, cette règle s'appliquant à lui-même."
1.) La mystique du suffrage universel
me parait donc étrange, dans notre cadre constitutionnel actuel (qui est lui-même étrange, mais la prise de position gouvernementale n'arrange rien). Comme le notait Lefred-Thouron dans le Canard enchainé, tant qu'on y est, pourquoi Sarkozy ne se présenterait pas lui aussi aux législatives, dans plusieurs circonscriptions?
Le suffrage universel est évidemment quelque chose de formidable. Mais il devrait plutôt servir à faire élire des gens qu'à faire valoir qu'ils sont différent de Villepin, non?
Cet épisode me rappelle un peu la geste Boulangiste de 1888-89: le général Boulanger se présente personnellement à toutes les élections partielles, dans les Bouches du Rhône, l'Aude, la Dordogne, le Nord, la Charente-inférieure... A chaque victoire il démissionne, afin de pouvoir se présenter à nouveau. Une façon comme une autre d'exister politiquement? Plutot un dévoiement plébiscitaire du suffrage universel.
2.) Deuxième élément gênant: le clientélisme décomplexé.
"c'est plutôt une chance d'avoir la ministre de la Santé pour défendre la première circonscription [du Maine-et Loire]" dixit Mme Bachelot, qui pour la petite histoire était député européen jusqu'à sa nomination au gouvernement, et dont le nom de domaine du site officiel www.bachelot-europe.com est à vendre.
"Sablé est la commune où je vis et je veux lui apporter tout ce que je peux", dixit le premier ministre F. Fillon le 19 mai 2007.
Formidable brouillage des cartes.
Un membre du gouvernement est-il là pour aider Sablé ou la première circonscription du Maine-et-Loire? Non. En toute logique, ce n'est pas non plus le mandat d'un parlementaire, qui doit excercer les fonctions pour lesquelles il est élu: voter les lois, contrôler le gouvernement. Ceci implique rarement d'obtenir le financement par l'Etat d'un rond-point à la Suze sur Sarthe ou d'un service de gériatrie à Thorigné d'Anjou.
3.) Plus généralement, c'est l'idée du cumul des fonctions (élu et ministre) pour "garder la réalité du terrain" qui me parait critiquable. Au dela des ministres députés qui démissionneront de l'assemblée, parce qu'ils y sont obligés, on se dirige semble-t-il vers une remise en cause de la "doctrine Jospin" consistant à interdire aux ministres de présider un exécutif local, une règle, qui allait plus loin que la loi ne l'impose.
Pour remettre en cause cette pratique, on nous ressort donc que garder l'écoute du terrain est essentiel à la bonne gouvernance. Je veux bien croire qu'avoir sur son CV une expérience passée de management local est une étape interessante dans la perspective de responsabilités nationales.
Mais pourquoi privilégier le cumul? Si ce cumul est le seul moyen pour un responsable national de garder les pieds sur terre (en gros: en présidant un conseil municipal tous les samedi matin, avant d'aller serrer des pognes sur le marché place de l'église), on a des inquiétudes à se faire sur la capacité de nos gouvernants à rester dans le réel...
brouillage des institutions, clientélisme, cumul des mandats: vous avez dit rupture?
13:25 Publié dans politique , Politiques publiques | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : cumul des mandats, suffrage universel, fillon, bachelot, clientélisme
samedi, 02 juin 2007
Le jogging est-il de droite? (le business du narrative)
Cette question ferait un bon sujet de colloque à l'assemblée nationale, mais elle ne m'intéresse pas vraiment.
Dans son comptage des blogs de gauche qui conchient le jogging sous prétexte de critiquer Nicolas Sarkozy (à moins que ce ne soit le contraire), Jules de What's next passe avec candeur ("si on vous écoutait, on est en dictature) sur un aspect souligné à juste titre par G. Birenbaum, à savoir que la mise en scène de la vie privée est une façon de passer à coté de l'essentiel.
Les médias, c'est du show. Je suis même prêt à accepter l'idée que l'information c'est du show. J'aime assez cette formule de Reuven Frank (mutatis mutandis l'équivalent pour NBC de Arlette Chabot pour France 2, il y a trente ans) en 1963:
“Every news story should, without sacrifice of probity or responsibility, display the attributes of fiction, of drama. It should have structure and conflict, problem and denouement, rising and falling action, a beginning, a middle, and an end. These are not only the essentials of drama; they are the essentials of narrative. We are in the business of narrative because we are in the business of communication."
Mais la formule indique bien que si l'on raconte une histoire quand on fait de l'info, c'est sans sacrifier la probité et la responsabilité.
Sans ça, on entre dans les "tyrannies de l'intimité", pour reprendre le titre français d'un ouvrage du sociologue Richard Sennett, cité par R. Debray dans "l'Etat séducteur":
"le refus de la vie impersonnelle est un facteur d'effritement, sinon d'effondrement de la res publica (...). C'est un fait que les tyrannies de l'intimité n'ont jamais fait du bien aux libertés civiques, ni à la vertu de responsabilité. Le sociologue Richard Sennett a décrit les effets sur la société américaine de la 'séduction incivile' ou du 'charisme sécularisé', propre à tous ceux qui veulent établir avec leurs concitoyens une 'relation immédiate qui cache le contenu de leurs actes et leurs conséquences futures'. L'idolâtrie intimiste a l'avantage d'escamoter les réalités désagréables mais l'exhibition des personnalités joue clairement, dit-il, en faveur du conservatisme 'en empêchant les gens de réfléchir à ce qu'ils pourraient obtenir ou changer socialement".
La formulation est peut-être un peu datée, mais le propos ne me parait pas négligeable: si l'actualité a besoin de prendre la forme de la fiction, le risque n'est-il pas que la fiction de l'intimité prenne le pas sur l'information?






12:15 Publié dans miroir des médias | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : jogging, sarkozy, richard sennett, debray, reuven frank




