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mercredi, 26 septembre 2007

Hourrah pour la simplification du droit (et les camions bazars)!

Extraordinaire exercice de simplification compliquée que nous propose M. Warsmann,  vice-président de l’Assemblée nationale, à travers sa proposition de loi de simplication du droit (via Authueil, qui considère que "le grand ménage commence"). Il y a peut-être des choses utiles, mais une lecture cursive permet, sur des points essentiels, quelques remarques démoralisantes :

a) d’abord la proposition phare, qui consiste à ajouter à la loi du 12 avril 2000 un article ainsi rédigé :

« « Art. 16-1 – L’autorité administrative est tenue, d’office ou à la demande d’une personne intéressée, d’abroger expressément tout règlement illégal dont elle est l’auteur. /« Il en est de même lorsque le règlement, par l’effet de circonstances de droit ou de fait postérieures à sa publication, est devenu sans objet. »

Fort bien me direz-vous, mais introduire dans l’ordonnancement juridique une faculté pour le particulier et une obligation pour l’administration qui existe déjà depuis 1989 au moins, et depuis 1930 pour certains aspects : c’est l’arrêt Alitalia du Conseil d’Etat de 1989, dont le député propose de reprendre la formulation.

Sous couvert de simplifier le droit et de réduire le volume des lois, on ajouterait donc une disposition inutile, puisqu'existant déjà.

b) deuxième exemple : il est proposé que les deux derniers alinéas de l’article L. 533-1 du code de la sécurité sociale sont remplacés par un alinéa ainsi rédigé :

« Un décret définit les conditions dans lesquelles est produite cette justification. »

Fort bien encore, mais cette disposition est totalement inutile : en effet, le pouvoir réglementaire d’exécution des lois est prévu par la Constitution (article 21). Il est donc  inutile de préciser qu’un décret définit les mesures d’applications de la loi: ce n'est que logique. 

c) dernier exemple : il me tient à cœur, car il faisait l’objet du deuxième billet publié sur ce blog, et a dû être lu par environ 3 personnes, en me comptant 2 fois (à la maison et au bureau): les camions bazars.

M. Warsmann est obsédé par la réglementation inutile et tatillonne qui empoisonne la vie des camions bazars. 

Il propose (comme il l'avait déjà fait en avril 2006) que "soient et demeurent abrogés" :

 Le décret du 30 octobre 1935 portant réglementation de la vente par camions bazars ; La loi du 14 novembre 1936 portant réglementation de la vente par camions bazars ; Le décret du 25 août 1937 portant réglementation de la vente par camions bazars ; La loi du 18 mars 1939 tendant à proroger les dispositions du décret du 30 octobre 1935 réglementant la vente par camions bazars.

En réalité, comme je le relevais dans mon précédent billet, ces textes ont cessé de produire leurs effets en 1940: M. Warsmann le reconnaissait d'ailleurs dans son premier exposé des motifs. Il s'agissait d'une règlementation disparaissant automatiquement au bout d'un an, qui a été prorogée trois fois. Au terme de la dernière prorogation, elle a donc disparu (en langage moderne, on appelle cela une "sunset legislation" (cf. ici, p. 124). Voici mon commentaire de l'époque:

« sous prétexte de simplification administrative, on propose de supprimer un texte qui n’a plus de force légale depuis le 1er avril 1940.
Autrement dit : un texte non applicable, dont personne n’a entendu parlé, qui n’est pas codifié, qui n’est au demeurant pas appliqué, nécessite une loi pour être vraiment bien abrogé ? Et si cette proposition de loi est adoptée, on l’abrogera un jour, lorsqu’on aura constaté d’elle a épuisé ses effets juridiques ? »

 

Et il y a évidemment quelque chose de savoureux, encore une fois dans une perspective de lutter contre l’inintelligibilité et l’inflation normative, à juger utile de préciser qu’une disposition abrogée « demeure abrogée ». Est-ce à dire que sans cela, il y a désabrogation implicite ?

On est donc dans le pur gadget, l’affichage. Précisément une des causes contemporaines de la crise de la loi et de son inflation incontrôlée…

14:30 Publié dans droit public | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : warsmann, simplification du droit, sunset legislation, camions bazars, alitalia, abrogation

dimanche, 23 septembre 2007

victimes de l'anaphore (les discours béguaient)

1.) Jean Veronis poursuit son exploration passionnante des anaphores, c’est-à-dire la répétition des débuts de phrases dans des discours (cf. ce billet, et les liens vers 5 billets précedents, en attendant la suite!).

Il fait notamment l'hypothèse que dans les discours du candidat UMP devenu président, l'usage (parfois jusqu'à la corde) de l'anaphore trahit la plume d'Henri Guaino. C'est très convaincant, mais je le suis moins quand il évoquait l'hypothèse que Guaino puisse écrire aussi les discours de Fillon, au motif que celui-ci a recouru massivement aux anaphores dans ses discours de mai-juin 2007.  

La dernière déclaration du premier ministre est certes Guainoesque dans la forme mais pas dans le fond et c'est elle qui m'a donné l'idée de ce billet:

Je suis à la tête d'un Etat qui est en situation de faillite sur le plan financier,
je suis à la tête d'un Etat qui est depuis 15 ans en déficit chronique,
je suis à la tête d'un Etat qui n'a jamais voté un budget en équilibre depuis 25 ans. Ça ne peut pas durer.

 

(au delà de la figure de style, marteler 'je suis à la tête d'un Etat' relève-t-il de la méthode Coué pour le 'collaborateur' du président?)  

 

2.) Il est en effet difficile de lier systématiquement la pratique de l'anaphore à une parenté, stylistique ou de pensée.

La pratique est ancienne, et très appropriée à la rhétorique "victimaire":

Je pense bien-sûr à Mitterrand dans son célèbre discours de Cancun (prononcé à Mexico, le 20 octobre 1981):

A tous les combattants de la liberté, la France lance son message d'espoir. Elle adresse son salut aux femmes, aux hommes, aux enfants mêmes, oui, à ces "enfant héros" semblables à ceux qui dans cette ville, sauvèrent jadis l'honneur de votre patrie et qui tombent en ce moment-même de par le monde, pour un noble idéal.
- Salut aux humiliés, aux émigrés, aux exilés sur leur propre terre qui veulent vivre et vivre libres.
- Salut à celles et à ceux qu'on baillonne, qu'on persécute ou qu'on torture, qui veulent vivre et vivre libres.
- Salut aux séquestrés, aux disparus et aux assassinés qui voulaient seulement vivre et vivre libres.
- Salut aux prêtres brutalisés, aux syndicalistes emprisonnés, aux chômeurs qui vendent leur sang pour survivre, aux indiens pourchassés dans leur forêt, aux travailleurs sans droit, aux paysans sans terre, aux résistants sans arme qui veulent vivre et vivre libres.
- A tous, la France dit : Courage, la liberté vaincra. Et si elle le dit depuis la capitale du Mexique, c'est qu'ici ces mots possèdent tout leur sens.

 

Je pense bien-sûr à Malraux,  dans son célèbre discours pour le transfert des cendres de Jean Moulin (19 décembre 1964):

entre ici, Jean Moulin,
avec ton terrible cortège.
Avec ceux qui sont mort dans les caves, sans avoir parlé, comme toi ; et même, ce qui est peut-être plus atroce, en ayant parlé ;
avec tous les rayés et les tondus des camps de concentration, avec le dernier corps trébuchant des affreuses files de Nuits et brouillard enfin tombés sous les crosses ;
avec les huit milles françaises qui ne sont pas revenues des bagnes,
avec la dernière femme morte à Ravensbruck pour avoir donné asile à l'un des notres. 

 

Je pense bien-sûr à De Gaulle, à l’Hôtel de ville de Paris le 25 août 1944:

Paris! Paris outragée ! Paris brisée ! Paris martyrisée ! mais Paris libérée !

 

Et je pense bien-sûr à Ségolène Royal, dans son discours du Gymnase Japy de Paris du 13 novembre 2006  :

"Femmes voilées, femmes mutilées, femmes excisées, femmes violées, femmes infériorisées"

 

(comme pour Fillon, au delà de la rhétorique, on ne peut faire l'impasse sur la dimension personelle  de l'anaphore)

Pour cette dernière, on trouve d'ailleurs des commentateurs pour relever une filiation Gaullienne ET Mitterrandienne.

 

 3.) en réalité, et en conclusion, l'anaphore a sans doute été remise à la mode par la campagne présidentielle et par les discours rédigés par Guaino. J. Veronis a raison d'indiquer : "La pensée unique tant critiquée ferait-elle place à la parole unique ? En tout cas, en imposant ainsi son style au plus haut de l'État, Guaino a fait très phore !". Mais malheureusement, j'ai bien peur que l'influence de Guaino sur l'appareil d'Etat ne se borne pas à anaphoriser les discours des membres du gouvernement.

On aura sans doute dans les mois et les années qui viennent de plus en plus de discours, et même de déclarations spontannées, qui fileront l'anaphore, dans une "inspiration" Guainoesque.  Guaino lui-même s'inspirait (notamment) de Malraux et Bouchet-Petersen (la plume de Royal) avait certainement en tête le discours de Cancùn et celui de De Gaulle en écrivant le discours de Japy. 

Tous les rédacteurs de discours  ont accès à la bibliothèque des discours publics, voire au formidable outil "discours 2007" de Veronis. 

 

Madames et Messieurs les politiques, si vous voulez être originaux,

j'ai bien peur que les artifices de la forme ne suffisent plus,

j'ai bien peur que les braconnages de discours anciens ne passent plus, 

j'ai bien peur qu'il vous faille vous attaquer au fond.

10:05 Publié dans pendant ce temps | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : anaphore, guaino, discours

vendredi, 21 septembre 2007

La Breizh touch: alter-weltanschauung de la fiesta?

1) L'appelation Breizh touch a un coté cool, mais certains voient dans l'accolade d'un terme anglais à un terme breton une opération de marketing identitaire. Drôle de rebond publié par Libération (on approche le point Godwin)... Mais bon, c'est vrai que la "vente flash" pour le" 1er  Fest Noz mondial high tech" a un drôle de goût.

2) Le français est la langue de la République.  On ne peut saisir le juge administratif par une requête en breton. C'est ce que rappelle en 1985 un des arrêts les plus courts (en tout cas en formation plénière) du Conseil d'Etat

"Considérant que la requête de M. Quillevère n'est pas rédigée en langue française ; qu'elle n'est, dès lors, pas recevable". Je ne sais pas si aujourd'hui le CE se contenterait d'une rédaction aussi ramassée.

La Cour de cassation est plus prolixe, dès un arrêt de 1859 Giorgi contre Masaspino:

« S’il est vrai que la règle de nullité expressément portée dans divers édits et arrêts du conseil …] ne se trouve pas de même écrite dans l’ordonnance d’août 1539, et si elle n’a pas été non lus répétée dans l’arrêté du 24 prairial an XI, cette peine, ici, est une sanction nécessaire de la règle et s’attache d’elle-même à l’infraction ; qu’en effet, il ne s’agit pas d’une de ces formes secondaires et de ces nullités de procédure auxquelles s’applique l’article 1030 du code de procédure civile, mais d’un principe essentiel et de droit public qui importe, à un haut degré, à la bonne administration de la justice et garantit l’unité de la langue nationale" 

De façon interessante, cet arrêt se rapporte à un exploit d'huissier rédigé en "langue italienne", que l'on qualifierait aujourd'hui de langue corse. Evolution de la perception des particularités...

Je vous renvois à une interessante étude sur "le corpus juridique des langues de France" (notamment p. 74 et sv), publiée par le ministère de la culture et disponible ici.  

09:30 Publié dans droit public , pendant ce temps | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : breizh touch

mardi, 18 septembre 2007

Tendre l'autre joue, mais pas la sienne (ségolène et jospin)

"Au fond ce qui me vient à l'esprit c'est peut-être cette parole de la Bible +pardonnez-leur parce qu'ils ne savent pas ce qu'ils font+. Donc, je pardonne à tous ceux qui m'agressent parce que d'abord je pense qu'ils me font moins de mal à moi qu'aux socialistes, qu'à toute la gauche", a déclaré Mme Royal.

Drôle de façon de pardonner, non? Ils me font moins de mal à moi qu'au PS, donc je pardonne, parce que le mal fait à la gauche, ce n'est quand même pas aussi grave que le mal fait à ma personne...

Selon Jospin, Ségolène Royal aurait notamment commis l’erreur, d'être "enfermée dans un face-à-face narcissique avec l’opinion".

Au dela du "racisme" anti-gourde (what else?) que semble déverser Jopsin dans son pamphlet "l'impasse", il me semble que cette idée de face à face narcissique est cardinale pour expliquer l'échec de Royal. C'est finalement la thèse centrale de "la femme fatale": on y voit Royal refuser le concours des hommes forts et le professionnalisme des petites mains du PS, et  s'entourer de personnages douteux (comment BHL pourrait-il être un gourou pour gagner une élection? glaçante anedocte du chignon) ou inexpérimentés (pathétique surinvestissement dans la ségosphère de Thomas Hollande: quelqu'un qui a 20 ans sait-il faire gagner une élection présidentielle?).

Une question de méthode plutot que d'idées ou de personnes?

Cela étant, la contribution de Lionel au débat des camarades de l'automne 2007 aura-t-elle un effet plus bénéfique que sa contribution à l'automne 2006? "D’une façon ou d’une autre, je m’efforcerai de contribuer à la victoire contre la droite"

 

08:50 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : l'impasse, jospin, ségolène, PS

mardi, 11 septembre 2007

A la télé: mieux que le rugby

... la réforme constitutionnelle.

14:45 Publié dans droit public | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

un régime spécial de réforme des retraites?

1.) Qu'est-ce qui a été fait?

1993 : Le gouvernement Balladur réforme « en douce » les retraites du secteur privé. 3 séries de mesures :

-        passage de 150 à 160 trimestres de cotisation pour avoir une retraite à taux plein (il faut travailler 40 ans au lieu de 37,5, mais on peut toujours prendre sa retraite à 60 ans)

-        le calcul de la retraite se fait en fonction des 25 meilleures années de la carrière au lieu de 10 (à moins d’avoir toute sa vie le même salaire, la base de calcul est donc plus faible)

-        les retraites servies sont désormais indexées sur les prix et non sur les salaires (comme les prix augmentent moins vite que les salaires, les retraites augmentent moins vite).

 

1995, Juppé, droit dans ses bottes se plante dans la réforme des régimes spéciaux.

1997-2002, Jospin ne fait pas de réforme, mais crée le conseil d’orientation des retraites (COR).

2003, Raffarin - Fillon fait une réforme:

-        pour tous (sauf régimes spéciaux) en faisant passer l’age de départ effectif à la retraite de 60 ans à 61 en 2012 et 62 ans en 2020.  

-        Pour les fonctionnaires (toujours sauf régimes spéciaux) en alignant pour l’essentiel le régime applicable à celui mis en place par la réforme Balladur.

 

2.) quel a été l’effet de ces réformes ?

Depla et Wyplosz en se fondant sur des données du COR, estiment qu’en l’absence des réformes Balladur-Raffarin, la dette implicite correspondant au service des retraites pour la période 2007-2057 serait de 4 550 milliards d’euros, soit 245% du PIB.

La réforme Balladur a permis de réduire cette dette de 2500 milliards (plus de la moitié)

La réforme Raffarin a permis de réduire encore cette dette de 550 milliards.

La dette restante est de 1500 milliards, soit 80% du PIB.

 

3.) quelle leçon ?

la méthode Balladur a été la plus efficace : il n’y a pas eu de protestation, de grèves, de débat et bing ! la collectivité réduit le poids des retraites de 2500 milliards.

Mais cette méthode est un one shot : elle a réveillé les syndicats et l’opinion publique qui ont subi la réforme. Elle explique l’échec de Juppé et l’inertie de Jospin, ou plutôt son obligation de relancer le dialogue par la création du conseil d’orientation des retraites.

La méthode Raffarin  Fillon a combiné dialogue dans la fonction publique et fermeté face à la rue. Elle a bien réussi, parce qu'il y avait de la volonté, un vrai effort de pédagogie, notamment grâce au travail préparatoire du COR.

 

A l’occasion de cette réforme de 2003, l’attitude du PS a été indigne d’un parti de gouvernement, en appelant à son abrogation. J’imagine que beaucoup de gens comme moi ont été désorientés par cette attitude irresponsable qui s'est poursuivi jusqu'au trop fameux "projet socialiste". Et je suis convaincu qu’elle a favorisé l’émergence de S. Royal comme alternative à un socialisme dinosauresque. (et Royal proposait simplement la "remise à plat des lois Fillon", plutot que leur abrogation: quelle révolution!)

Le PS a mis trop de temps pour ce rendre compte que sa posture démago était à coté de la plaque. DSK (comme beaucoup d’autres) n’a exprimé clairement sa posture réformiste sur la question des retraites qu’en septembre 2006, juste avant les primaires socialistes. Grosse erreur, qui a contribué à la désignation de Ségo par les adhérents PS.

 

La présidentielle 2007 semble avoir permis au PS et au pays de comprendre l’importance du problème des retraites. Les réactions mesurées des membres du PS à la perspective d’une réforme Fillon sont de bonne augure.

 

Toujours est-il que les régimes spéciaux ne sont qu’un élément de la réforme encore devant nous (la vrai réforme implique, pour tous, d’augmenter progressivement l’age du départ à la retraite à 65 ans). Une clause de rendez-vous avait été prise en 2003 pour 2008. A hâter les choses aujourd’hui, sur la question secondaire des régimes spéciaux, Fillon ne fait-il pas une erreur de méthode ?

09:10 Publié dans Politiques publiques | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : réforme des retraites, conseil d'orientation des retraites, fillon, PS

lundi, 10 septembre 2007

métaphore administrative?

- On a par ici ce proverbe, peut-être le connais-tu : « Les décisions administratives sont timides comme des jeunes filles”.

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- c’est une bonne observation, dit K. qui prit la chose encore plus sérieusement qu’Olga. C’est une bonne observation et

les décisions pourraient avoir encore d’autres qualités en commun avec les jeunes filles.


- Peut-être, dit Olga. Mais je ne sais pas trop dans quel sens tu l’entends. Peut-être même que c’est un compliment dans ta bouche.

(Kafka, le Chateau) 

09:00 Publié dans pendant ce temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : kafka, décisions administratives, le Chateau

vendredi, 07 septembre 2007

quelques remarques sur les sujets du concours de l'ENA 2007

Les candidats au concours d'entrée de l'ENA passent leur cinquième et dernière épreuve  écrite de 5 heures cet après midi. Quelques mots sur les 3 premieres épreuves du concours externe.

1°) sujet de dissertation de droit public: "L'emprise de la construction européenne sur le droit public français".

Comme fréquemment, le sujet de droit public est corrélé avec le sujet des considérations générales du rapport annuel du Conseil d'Etat: le rapport 2007 était intitulé "L'administration française et l'Union européenne: quelles influences? quelle stratégie?".

 Le rapport 2006 portait sur "Sécurité juridique et complexité du droit", le sujet de l'ENA de 2005 était "Principe de légalité et principe de sécurité juridique"

Le rapport 2005 portait sur "Responsabilité et socialisation du risque", le sujet de l'ENA de  2004 était "L’action de l’administration face aux différents droits de la responsabilité."

Dans ces 2 cas, le sujet de l'ENA était antérieur à la publication du rapport. D'où la recherche par nombres de préparationnaires du thème du futur rapport du CE...

On constatera qu'à chaque fois, le sujet posé ne se présente pas comme une pure question de cours. Tout l'art d'une bonne copie consistera à délimiter le sujet. Logiquement, le travail du jury est de bien poser le sujet, pour ne pas laisser la place à l'arbitraire. Et je reste géné par un sujet comme celui-ci, pour lequel, par exemple l'intitulé "construction européenne" ne permet pas de deviner si le jury souhaite voir traiter largement la place de la CEDH. Je tends à penser que oui (sinon pourqoui ne pas mettre "droit communautaire"?), mais c'est presque du pile ou face.

De la même façon: je trouve plus sain pour un sujet juridique d'employer des termes juridiques. Que vient faire le mot "emprise" ici? faut-il lui donner le sens du jugement du tribunal des conflits Sté Rivoli-Sébastopol, s'agissant d'une emprise irrégulière, avec cette idée de dépossession? Faut-il lui donner un sens psychologique? Un ancien secrétaire général de la cour européenne des droits de l'homme qualifiait la CEDH de "surmoi contre les pulsions liberticides des Etats"...

 

2 °) le sujet d'économie "Une politique industrielle est-elle encore possible dans l'Union européenne ?"

Sujet "bateau" par essence pour qui prépare ce type de concours.

Les correcteurs vont certainement lire de nombreuses copies qui maitrise le sujet et vont donc s'ennuyer beaucoup à lire 300 fois la même chose et à chercher des éléments discriminants.

 

3°)  le sujet de culture général: "La décision est souvent l'art d'être cruel à temps (H. Becque)".

Ce sujet inspire la toile. Melle Coco relève que l'auteur (obscur théatreux) a également écrit "L'élite, c'est la canaille", et je partage son avis que c'était un sujet plus amusant. 

Sur le forum sc-po on relève: "Et vous avez pris la décision de disserter 5 heures là-dessus ? C'est cruel, effectivement". Un autre  :"Tout le monde à égalité. Vous avez fait un an de prep ? Elle sert à (presque) rien."

Je trouve que le sujet n'est pas bon: encore une fois, on ne peut pas savoir ce qu'attend le correcteur. Je ne vois pas trop ce que viens faire la cruauté dans l'affaire. Il est toujours plus risqué de commenter une proposition boiteuse qu'une phrase plus neutre. L'epreuve de culture général étant une des plus clivantes sur le plan social, je pense que le jury devrait se montrer plus attentif à en limiter l'arbitraire.  

En revanche, j'aime assez le sujet de culture général du concours interne: "trahir le Prince".  Il fait écho à mon précendent billet et présente une certain actualité.

 

Bon, tout cela pour dire que le mode de selection par la dissertation ne me satisfait pas, comme je l'indiquais lors du concours 2006. Ceci changera-t-il bientot?

 

13:40 Publié dans Politiques publiques | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : sujets ENA 2007, ena, concours administratifs

mercredi, 05 septembre 2007

Conseiller du Prince ou homme de cour? (entourage)

J'ai lu ce bouquin, là, celui qui raconte de l'intérieur la campagne et la vie auprès du président.

Il pose la question grave de l'entourage du président, de la question du "bon" conseiller (p.534 et sv.) : est-ce le flatteur, le yes man, ou l'emmerdeur, celui qui sera capable,  à la question du Président "alors c'était comment mon discours?", de répondre : "C'était à chier, Président, nul, grotesque".Un tel agresseur, nous dit l'auteur, est l'hypothèse impossible, car si l'on ne veut pas protéger le président, on n'est pas de "l'entourage"... On fait bloc autour du président, c'est sain et malsain. Laisser entrer les miasmes du dehors: c'est risquer de faire le jeu de l'ennemi. Telle est la dynamique abêtissante et chaleureuse des entourages.

L'auteur cite alors cette superbe lettre d'un héros de la resistance, Pierre Brossolette, adressée au général de Gaulle à Londres le 2 novembre 1942.  J'en reproduit un extrait à mon tour:

"Je vous parlerai franchement. Je l'ai toujours fait avec les hommes, si grands fussent-ils, que je respecte et que j'aime bien. Je le ferai avec vous, que je respecte et aime infiniment.
Car il y a des moments où il faut que quelqu'un ait le courage de vous dire tout haut ce que les autres murmurent dans votre dos avec des mines éplorées. Ce quelqu'un, si vous le voulez bien, ce sera moi. J'ai l'habitude de ces besognes ingrates, et généralement coûteuses.

Ce qu'il faut vous dire, dans votre propre intérêt, dans celui de la France combattante, dans celui de la France, c'est que votre manière de traiter les hommes et de ne pas leur permettre de traiter les problèmes éveille en nous une douloureuse préoccupation, je dirais volontiers une véritable anxiété.

Il y a des sujets sur lesquels vous ne tolérez aucune contradiction, aucun débat même. Ce sont d'ailleurs, d'une façon générale, ceux sur lesquels votre position est le plus exclusivement affective, c'est-à-dire ceux précisément à propos desquels elle aurait le plus grand intérêt à s'éprouver elle-même aux réactions d'autrui. Dans ce cas votre ton fait comprendre à vos interlocuteurs qu'à vos yeux leur dissentiment ne peut provenir que d'une sorte d'infirmité de la pensée ou du patriotisme. Dans ce quelque chose d'impérieux que distingue ainsi votre manière et qui amène trop de vos collaborateurs à n'entrer dans votre bureau qu'avec timidité, pour ne pas dire davantage, il y a probablement de la grandeur. Mais il s'y trouve, soyez-en sûr, plus de péril encore. Le premier effet en est que, dans votre entourage, les moins bons n'abondent que dans votre sens; que les pires se font une politique de vous flagorner; et que les meilleurs cessent de se prêter volontiers à votre entretien. Vous en arrivez ainsi à la situation, reposante au milieu de vos tracas quotidiens, où vous ne rencontrez plus qu'assentiment flatteur. Mais vous savez aussi bien que moi où cette voie a mené d'autres que vous dans l'Histoire, et où elle risque de vous mener vous-même."

 

 Une telle critique de l'intérieur est rare. Il est d'ailleurs interessant de constater que cette lettre n'est reproduite à ma connaissance que sur des sites qui cherchent à démontrer que De Gaulle était un mauvais président, en s'appuyant en l'occurence sur l'autorité morale de Brossolette. C'est évidemment absurde, mais révélateur de la difficulté à porter la critique, à être conseiller du Prince plutot que courtisan. Car l'exemple est à méditer, que l'on soit le conseiller de De Gaulle, Mitterrand, un préfet, un ambassadeur, un directeur d'administration centrale, un chef d'entreprise...

L'auteur conclut ce passage ainsi:

"il va sans dire que mutatis mutandis, je n'aurais jamais eu la vaillance d'envoyer à mon président bien-aimé, sous pli TTU, un aussi rigoureux et altruiste réquisitoire. Je suggère néanmoins ceci à nos autorités: qu'un fac-similé de cette lettre soit affiché dans les couloirs et bureuax des palais. Non qu'elle oblige le conseiller à se comparer, donc à s'inquiéter. Les circonstances ne sont plus les mêmes, les temps. Se faire tuer pour un chef dont on a percé au radar toutes les faiblesses, comme le fit Brossolette arrêté en se jetant par la fenêtre de la Gestapo en 1944 - qui peut le demander à qui? Il ne serait pas raisonnable de tabler sur l'exception pour fonder les comportements de l'honnête moyenne. On ne fait pas un clergé avec des saints et des martyrs. Mais que deviendraient, que vaudraient les fidèles et les clercs sans, au-dessus de leur tête, l'image du surhumain?" 

Au fait, le bouquin dont je tire ces reflexions (il y en en beaucoup d'autres, de grande qualité, lisez-le), c'est "Loués soient nos seigneurs" de R. Debray. Il a obtenu en 1996 le prix novembre (qui se veut "l'anti-Goncourt"). De la grande littérature.

 

 

09:15 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Loués soient nos seigneurs, debray, courtisan, brossolette

lundi, 03 septembre 2007

le mois sans Sarko

Tiens, un éclair hier: et si je ne parlais pas de N. Sarkozy pendant un mois?

Il y a a à peu près 60 petites phrases par jour de président ("A quoi sert-il d'expliquer à nos enfants que Vichy, la collaboration, c'est une page sombre de notre histoire, et de tolérer des contrôles fiscaux sur une dénonciation anonyme, ou des enquêtes sur une dénonciation anonyme?") ou de ses collaborateurs (C. Gueant hier: "Nous essayerons de faire en sorte que la croissance soit dopée et je peux vous dire que Nicolas Sarkozy ne se contentera pas d'une croissance de l'ordre de 2%") qui justifieraient un commentaire, une analyse ou un coup de gueule.

J'avais commencé une analyse de détail du discours au MEDEF. Comment, sur la forme, les impros de Sarko me font penser à Molière (usage de la négation en "ne ..point", dialogues rhétoriques, etc. cf. la première scène des fourberies de Scapin). Sur le fond, la question des marges arrières (Sarkozy a déjà demandé en 2004 un rapport à ce sujet), et douze autres points, mineurs et majeurs d'un discours intéressant.

Intéressant comme toujours avec Sarko.
Ca fait plus d'un an que je regarde et analyse des discours de Sarkozy.
Et là, boom, overdose. Donc le mois de septembre sera, sur ce blog, un mois sans Sarko. Et il y a pleins d'autres sujets intéressants sur lesquels écrire. J'espère bien le faire.

08:45 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy